19/02/2018 15:26
Le gouvernement français lance lundi 19 février le chantier ultra sensible de l'avenir de la SNCF, en recevant direction de l'entreprise publique et syndicats, quatre jours après la remise du rapport Spinetta vécu par les cheminots comme une "attaque" contre le service public ferroviaire.
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Le logo de la SNCF sur un TGV stationné gare de Lyon à Paris, le 15 février.
Photo : AFP/VNA/CVN

"La casse du service public, c'est de laisser perdurer la situation actuelle !", a répondu dimanche 18 février la ministre française des Transports, Elisabeth Borne. "Nous allons aborder des sujets très sensibles. Il y a des inquiétudes et forcément beaucoup de questions, c'est légitime. Nous allons dialoguer, y répondre", a-t-elle promis, en indiquant que "la méthode et le calendrier seront annoncés le 26 février à Matignon".

Un mois plus tard, le 22 mars, jour de grève dans la fonction publique, cheminots et usagers se rassembleront à l'appel de la CGT-Cheminots (1er syndicat) pour une "manifestation nationale" à Paris visant à défendre "un service public SNCF de qualité". La France insoumise sera à leurs côtés, a indiqué le député Alexis Corbière.

La première phase de concertation s'ouvre ce lundi 19 février : Guillaume Pepy, président du groupe et PDG de SNCF Mobilités, Frédéric Saint-Geours, président du conseil de surveillance, et Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau, seront reçus à Matignon pour évoquer les profondes réformes préconisées par le rapport remis jeudi 9 février au Premier ministre.

Le président de la SNCF, Guillaume Pepy, lors de l'inauguration de la nouvelle ligne à grande vitesse Paris-Rennes, le 1er juillet 2017 à Rennes.
Photo : AFP/VNA/CVN

Les quatre syndicats représentatifs à la SNCF (CGT, Unsa, SUD et CFDT) seront, eux, reçus séparément au ministère des Transports. Le Premier ministre Edouard Philippe rencontrera les représentants des usagers et des régions le reste de la semaine.

Parmi les pistes évoquées dans le rapport commandé à l'ex-président d'Air France Jean-Cyril Spinetta : une transformation en "sociétés nationales à capitaux publics" des deux principales composantes de l'entreprise, SNCF Mobilités et SNCF Réseau, aujourd'hui établissements publics à caractère industriel et commercial (Epic), et la fin du statut de cheminot à l'embauche.

Une ouverture à la concurrence est prévue fin 2020 pour les TGV et fin 2023 pour les TER. Les syndicats dénoncent à l'unisson un "sabordage du chemin de fer français" selon les mots de la CGT-Cheminots, avec "des mesures de rentabilité visant exclusivement à la rationalisation du transport ferroviaire" selon l'Unsa-Ferroviaire (2e syndicat).

Ils préviennent qu'une remise en cause du statut de cheminot à l'embauche serait un casus belli. C'est la politique ferroviaire développée ces dernières décennies, entre grands projets dispendieux et mauvais entretien du réseau, qui a généré la crise actuelle, pas ce statut, disent-ils, quand le délégué général de LREM Christophe Castaner estimait vendredi 18 février qu'il faut "oser assumer de mettre sur la table les tabous et les privilèges".

"Fracture territoriale"

Dans le cadre de leur transfert éventuel vers de nouveaux opérateurs, les cheminots doivent pouvoir emporter des éléments de leur statut avec eux, dans un "sac à dos social", a estimé Mme Borne dimanche 18 février. "Cela leur permettra de rester au même endroit, d'exercer le même métier et de préserver leurs droits".

Mais pour les syndicats, les mesures préconisées ne régleront pas le problème numéro un, celui de la dette de SNCF Réseau qui devrait dépasser les 50 milliards d'euros en 2018. Elle "doit être intégralement reprise par l'État" car "elle provient des choix d'investissements publics et n'a pas à être supportée" par les cheminots, souligne la CFDT-Cheminots (4e syndicat).

Image d’un train de la SNCF, prise le 6 avril 2017 à la gare de l'Est à Paris.
Photo : AFP/VNA/CVN

La question d'un risque de "rupture d'égalité des citoyens" et d'un accroissement de la "fracture territoriale" est aussi sur la table, avec la fermeture conseillée de milliers de kilomètres de lignes secondaires et le désengagement de l'État au profit des régions. Ces dernières, "très préoccupées", s'opposent en particulier à une recommandation invitant selon elles "l'État à ne pas respecter les Contrats de plan État-Régions" (CPER).

Qui sera responsable de l'aménagement du territoire, aujourd'hui dévolu à l'État, si l'entreprise devient une société privée ?, a aussi interrogé dimanche 18 février Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France, déplorant, à l'aune des fermetures de lignes préconisées, que les usagers soient "les grands oubliés" du rapport.

Matignon a assuré que la "discussion étroite avec les régions et les territoires" se ferait "dans le respect" des CPER. La CGT rappelle, elle, que "de nombreux rapports ont fini dans les archives des ministères. Il reste encore de la place dans les armoires".

AFP/VNA/CVN

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