18/01/2020 07:42
La pluie est une amie du paysan, qui abreuve la terre pour que la récolte soit abondante. À condition qu’il n’en tombe ni trop, ni trop peu. Une histoire vieille comme le monde.
>>Les Génies du vent et de la foudre
>>Le Génie du riz
>>La légende du ver à soie

Couverture du conte "Cóc kiện trời" (Le crapaud se plaint de l'Empereur du Ciel). Photo : CTV/CVN
 
En Occident, les dragons crachent du feu et sont synonymes de destruction. En Asie et notamment au Vietnam, les dragons déversent une eau nourricière et sont de bons génies à qui le malin crapaud a joué un bon tour, comme nous le conte cette légende.

Bienfaits ou méfaits

Parmi des écueils désolés, au bord de la mer, vivait dans une profonde caverne un dragon nommé Génie de la pluie par l’Empereur du Ciel. Et s’il résidait à cet endroit, c’est que ledit empereur lui avait donné pour tâche d’arroser la terre. Dès que le niveau des rivières et des fleuves baissait, que l’eau disparaissait des rizières et que le sol durcissait, le Génie de la pluie sortait de sa grotte, se penchait à la surface de la mer et buvait à n’en plus finir. Puis, plein comme une outre, il prenait son envol, et recrachait cette eau sous forme d’une pluie bienfaisante partout où le besoin s’en faisait sentir. Noble mission s’il en est !

Malheureusement, ce génie avait deux gros défauts : il était fort capricieux et paresseux de surcroît. Si un jour, il décidait soudain qu’il n’avait pas envie de voler plus loin, il pouvait déverser d’un seul coup toute l’eau qui lui restait sur une région qui n’en manquait pas, et provoquer ainsi de graves inondations. Mais pire encore, il pouvait rester des semaines à ne pas mettre le nez dehors. La terre devenait bientôt aussi dure que de la pierre, plantes et animaux souffraient terriblement.

Une fois, lors d’une sécheresse dramatique, toutes les bêtes se résignaient déjà à mourir de soif. Seul le crapaud refusa de subir ce triste sort et il décida d’aller trouver l’Empereur du Ciel et de se plaindre à lui des négligences du Génie de la pluie. En chemin, il rencontra d’abord le crabe, qui cherchait un peu de fraîcheur au fond d’un trou sur une plage, puis le renard qui tirait une langue de cent pieds de long, l’ours qui suffoquait dans sa fourrure flétrie, le tigre qui se tapissait à l’ombre de la jungle et pour finir l’abeille qui ne trouvait plus de fleurs à butiner.

Tous, ils essayèrent de le faire renoncer à son projet : le voyage était périlleux, et qui pouvait assurer qu’il servirait à quelque chose ? L’Empereur du Ciel ne l’écouterait pas ! Mais le crapaud était tenace : ce fut lui qui réussit à les convaincre. "Pourquoi attendre sans rien faire que la mort nous emporte ?", leur dit-il. "Si vous m’accompagnez, nous serons plus nombreux et nos réclamations auront plus de poids auprès de l’Empereur du Ciel". Les animaux en convinrent et se joignirent à lui. Ensemble, ils arrivèrent au palais céleste.

Surprises

Devant le portail, se trouvait un grand tambour laqué de rouge. Quiconque estimait que l’injustice régnait dans le Ciel ou sur la Terre avait le droit de s’en servir. Mais, avant que les plaignants ne commencent à se taper dessus, le crapaud les arrêta. "Qui sait quel accueil nous allons recevoir ?", dit-il à ses amis. "Il serait plus prudent que vous vous cachiez à proximité et que vous sortiez quand je vous ferai signe".

Le crapaud, têtu, tente de faire entendre raison l’Empereur du Ciel.
Photo : CTV/CVN

Le crabe se traîna jusqu’à une petite mare près de la porte, l’abeille se faufila sous le seuil, le renard, l’ours et le tigre se cachèrent derrière les épaisses colonnes de l’entrée. Le crapaud hocha la tête, satisfait, et frappa le tambour de toutes ses forces. Il s’avéra aussitôt qu’il avait eu raison de se montrer prudent : l’Empereur du Ciel et les autres divinités étaient en voyage. Il envoya le Génie de la foudre qui apparut à la fenêtre.

"Qui ose troubler ainsi mon repos ?", gronda-t-il, avant d’aller voir ce qui se passait. Il vit le crapaud qui voulait se plaindre à l’Empereur du Ciel que le Génie de la pluie ne faisait pas son travail. "Quelle insolence !, s’écria le Génie de la foudre. Non contente de tambouriner à m’en crever les tympans, il a encore l’audace de venir plaider ?".

Et le crapaud de tambouriner comme un endiablé, car il espérait que l’Empereur du Ciel l’entendrait et reviendrait au palais. Empêchant l’affaire en vain, le Génie de la foudre rapporta la situation à l’Empereur du Ciel. Tout en colère, ce dernier exigea la présence du Génie de la pluie et commanda donc au coq céleste, qui se trouvait là, de voler jusqu’à la porte et de becqueter cet effronté jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le coq aiguisa ses ergots et s’en alla exécuter sa mission.

En le voyant, le crapaud fit vite un petit signe au renard, et en un tournemain, il sauta sur le coq et lui arracha une grosse touffe de plumes. Le malheureux coq se retrouva tout piteux : de sa belle queue multicolore, il ne lui restait plus que quelques plumes éparses. "Hum, il s’agit-là d’une drôle de crapaud, apparemment !", bougonna le Génie de la pluie d’un ton furieux. "Il est assis devant la porte, et il lui suffit de s’enfler pour que le coq céleste perde ses plumes ? Non, mais, je vais lui montrer qui commande ici, et lancer le chien céleste à ses trousses !"
(À suivre)
Ông Ngoai/CVN

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