06/02/2021 12:00
Le gà gù ou "gâteau conjugal" des H’rê sert à la fois à rendre le culte au buffle, l’animal à tout faire, et à souhaiter le meilleur à la famille alliée à l’occasion du premier Nouvel An lunaire qui suit le mariage de leur enfant.
>>Gâteaux du Têt dans le Centre du pays

Les H’rê offrent le "gà gù" à leur famille alliée pour lui souhaiter bonheur, longévité et prospérité.
Photo : CTV/CVN

Pour les H’rê, une ethnie minoritaire répartie essentiellement dans les provinces de Binh Dinh, Quang Ngai (Centre), Dak Lak et Kon Tum (hauts plateaux du Centre), le Têt traditionnel est la fête la plus importante de l’année. Auparavant, il se déroulait en mars, à l’éclosion des fleurs rouge vif des kapokiers (nom botanique "Bombax ceiba", ou "hoa gao" et "hoa môc miên" en vietnamien). Depuis longtemps, cette fête a lieu en même temps que le Nouvel An lunaire des Kinh (ethnie majoritaire au Vietnam). Ses valeurs culturelles restent inchangées.

Le gà gù d’hier et d’aujourd’hui

Le gà gù - "gâteau conjugal" ou "gâteau mari-femme" - fait partie des mets immanquablement présents dans tous les foyers H’rê. C’est aussi l’une des offrandes sacrées indispensables lors des grandes célébrations comme les noces, le culte du buffle, etc. Les H’rê l’offrent à leur famille alliée à l’occasion du premier Nouvel An lunaire qui suit le mariage de leur enfant. 

Selon l’artisan Pham Van Nguyên, à cette occasion, les parents du jeune couple se rendent visite les uns aux autres et s’offrent des présents : une spathe d’aréquier de viande de porc, une autre de viande de poulet, cinq paires de gà gù et un tube de bambou de vin. Des présents qui témoignent des sentiments entre les deux familles et de l’aspiration à une vie heureuse et prospère tout au long de l’année. "Après la récolte, les femmes choisissent les meilleures gerbes de riz pour fabriquer le +gà gù+", dévoile Dinh Thi Luu, domiciliée dans la commune de Son Trung, district de Son Hà, province de Quang Ngai.

À l’approche du Têt, l’octogénaire Pham Thi Thung, du village de Teng, commune de Ba Thành, district de Ba To, toujours à Quang Ngai, prépare 5 kg de riz gluant et un d’haricot mungo, ainsi que de l’oignon et de l’ail. Puis, elle cueille des feuilles de dong (Phrynium placentarium) dans son jardin.

"+Bánh tép+, +bánh gói+ et +gâteau mari-femme+ sont des appellations différentes du +gà gù+. Ce gâteau est relié pour former des paires avant d’être placé dans une grande marmite. La cuisson dure près de quatre heures", partage Pham Thi Thung.

Le gâteau "gà gù" va toujours par paire.
Photo : CTV/CVN

Sa cour est rapidement animée par différentes activités. Rassemblées autour de la marmite, les jeunes filles du village apprennent à confectionner le gà gù dans le plaisir de découvrir un plat traditionnel de leur ethnie. Mme Thung informe qu’aucun villageois ne sait quand est apparu ce gâteau, ni qui lui a donné naissance. Ce dont on est sûr, c’est que sa fabrication s’est transmise de génération en génération, de mère en fille, de bouche à oreille…

Auparavant, le gà gù n’était concocté qu’à partir de riz gluant et emballé dans les feuilles de dong. De nos jours, les H’rê ajoutent quelques ingrédients comme le haricot mungo, l’oignon et l’ail, à l’image du bánh chung, gâteau de riz gluant traditionnel de forme carrée de l’ethnie majoritaire Kinh.

Le buffle, mascotte des H’rê

"Selon la tradition, avant la confection du +gà gù+, les familles doivent inviter un sorcier pour le culte +Ta reo quan niêm+, c’est-à-dire cérémonie de nettoyage de la maison. Les H’rê considèrent que rendre leur maison propre et accueillante permet de commencer la nouvelle année du bon pied", explique Pham Van Nguyên, 76 ans, un artisan du village de Teng.

Dans le passé, les villageois creusaient souvent un trou de 2-3 m de long, de 60-70 cm de large et de profondeur avant d’y placer la marmite du gà gù. Le bois de chauffage était des racines sèches de bambou. Lorsque le gâteau était cuit, la personne la plus âgée de la famille faisait un petit rituel baptisé "xôi menh" visant à inviter génies et ancêtres à consommer l’aliment. 

À l’aube le lendemain, dans une ambiance très brumeuse, tous les membres de la famille se rendent à l’étable du buffle pour rendre le culte à cet animal. "Le buffle est la mascotte des H’rê. Il les aide à transporter des charges lourdes, à labourer les rizières et à couper l’herbe. Son rôle est central dans notre agriculture. Cette cérémonie de culte est une reconnaissance à cet animal indispensable au paysan. Elle vise aussi à s’attirer la santé, la chance, la prospérité et un climat clément toute l’année", indique Pham Van Nguyên.

Pham Thi Hoa, 31 ans, garde en mémoire de beaux moments de culte du buffle. "Les bébés qui ne savaient pas encore marcher participaient aussi à cette cérémonie. Leurs parents les portaient dans les bras. Cela montrait que ce rituel était très important, se souvient-elle. Quand j’étais petite, les conditions de vie des villageois étaient difficiles. Les enfants attendaient avec impatience la préparation du +gà gù+. C’était, et c’est toujours, un moment privilégié pour toute la famille, qui reste gravé dans la mémoire de chacun", ajoute-t-elle. 
 
Phuong Nga/CVN


Les H’rê

Les H’rê, l’une des 53 ethnies minoritaires du Vietnam, parlent une langue issue de la famille linguistique môn-khmère, plutôt semblable à celle des Xê Dang et des Ba Na. Ils vivent essentiellement de la riziculture inondée et de la culture sur brûlis pour lesquels ils adoptent des techniques similaires à celles pratiquées en plaine. Ils élèvent des porcs, du bétail et des volailles. Concernant l’artisanat, le tissage de brocatelles est assez développé au sein de cette communauté ethnique qui pratique également la forge et la vannerie.
 

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