05/03/2018 18:11
La présence du français est constamment remise en cause aux Jeux olympiques (JO), surtout lorsqu’ils se déroulent dans les pays non francophones. Mais aux JO d’hiver 2018 en République de Corée, nouveau membre observateur de la Francophonie, il a retrouvé toute sa place.

>>Rencontre avec des acteurs de la Francophonie à la Maison Suisse
>>Un enjeu majeur pour la Francophonie en Asie
>>Les volontaires francophones des JO d’hiver de Pyeongchang
Le Grand Témoin de la Francophonie aux JO d'hiver 2018 à Pyeongchang, Fleur Pellerin, lors de la soirée francophone tenue à la Maison Suisse. 
Photo : Dang Duong/CVN

En 2016 à Rio de Janeiro (Brésil), la langue de Molière a été mise de côté et beaucoup moins utilisée dans la cité carioca malgré son statut de langue officielle des JO. Aucun panneau d’indication n’était en français, embarrassant évidemment les quelque 3.000 athlètes francophones en compétition.

Cette histoire a inquiété la communauté francophone avant les JO d’hiver 2018 tenus en février à Pyeongchang, en République de Corée, nouveau membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). "C’est un grand défi parce que ce n’est pas forcément évident, pour les Jeux d’hiver, où il y a moins d’athlètes francophones - environ 900 sportifs- et un public en provenance essentiellement de la région", a confié le Grand Témoin de la Francophonie, Fleur Pellerin, par ailleurs ancienne ministre française de la Culture et de la Communication.

En effet, la République de Corée vient d’adhérer à l’OIF - c’était en 2016 - et la pratique de la langue française reste encore marginale chez les Sud-Coréens. Raison pour laquelle aussi certains supporters francophones présents à Pyeongchang ont eu des difficultés à avoir des renseignements en français auprès des locaux. "Il y a rarement des bénévoles francophones ici. La plupart sont anglophones. Cela ne nous empêche pas de nous débrouiller, mais bon... Et même à la Maison Canada à Gangneung, les francophones sont minoritaires. Mais entre nous, les Québécois, nous nous parlons en français évidemment", ont partagé Marjorie et Pascal, un couple canadien qui a passé ses vacances aux JO d’hiver.

Une signalétique en français au Village olympique de Gangneung, en République de Corée.
Photo : Hông Anh/CVN

Le français contre vents et marées

L’OIF est partenaire pour veiller au respect de la règle 23 de la Charte olympique en vertu de laquelle le français est, avec l’anglais et la langue du pays organisateur, la langue officielle des JO. Lors de cette édition, l’OIF - dont le Grand Témoin aux JO, Fleur Pellerin - a eu des échanges sérieux avec le COJO (Comité d’organisation des Jeux olympiques) de Pyeongchang, dans le but de renforcer l’utilisation du français au sein de ces XXIIIes olympiades hivernales.

Et les résultats sont bien visibles. À la descente à l’aéroport international d’Incheon, l’ambiance olympique était omniprésente : la République de Corée vous saluait avec l’image de Soohorang, la mascotte officielle de ces Jeux, tout en fournissant des informations, indications sur cet événement sportif planétaire avec des panneaux rédigés en français et en anglais. En se déplaçant vers les sites olympiques comme à Pyeongchang, à Gangneung, les renseignements sur l’accès aux lieux d’organisation des épreuves étaient tous marqués en langue de Molière, notamment dans le village réservé aux médias et le village olympique. L’équipe des volontaires francophones, bien qu’encore restreinte, était toujours prête à accueillir et aider les athlètes francophones ou le public francophone désireux de découvrir les épreuves olympiques.

Mais le moment le plus émouvant a bien sûr été la résonnance de la langue française à la cérémonie d’ouverture des Jeux, à Pyeongchang. "J’étais très émue, particulièrement touchée quand les annonces en français ont résonné lors du défilé de la délégation unique pour la Corée", a raconté Mme Pellerin en se rappelant l’atmosphère si particulière qui a régné durant cet instant  historique de volonté de réconciliation entre les deux Corées.

La soirée francophone s'est tenue à la Maison Suisse en présence des autorités et représentants des pays francophones, des volontaires et des artistes francophones.
Photo : Dang Duong/CVN

Pour la diversité culturelle et linguistique

Le retour au premier plan de la langue française aux JO d’hiver est le fruit des efforts continus de la communauté francophone dans le but de promouvoir la diversité culturelle et la progression de la langue française en Asie. La République de Corée, en dépit de sa nouvelle adhésion, a fait preuve d’une grande volonté de contribuer à la Francophonie. "Nous avons une autre grande raison de nous réjouir lors de ces Jeux car la République de Corée - qui vient de rejoindre l’OIF - a bien compris l’enjeu politique fondamental du plurilinguisme et le levier puissant que représente la langue française, trait d’union pour agir, échanger, établir des liens et coopérer entre 84 États et gouvernements sur les cinq continents", a affirmé Michaëlle Jean, secrétaire générale de l’OIF, lors de son séjour à Pyeongchang du 7 au 13 février 2018.

Cette relation de coopération a été concrétisée par les résultats positifs des échanges entre Fleur Pellerin et les autorités sud-coréennes au sujet des recommandations visant à intensifier la présence du français aux sites olympiques ou son utilisation dans les annonces officielles des Jeux. "On a fait du bon travail avec le COJO à Pyeongchang. Notamment, on a travaillé sur la mise en place des signalétiques, sur les volontaires interprètes francophones sur les sites olympiques. On a réalisé un bon travail aussi pour faire en sorte que des reporters de la Francophonie puissent être accueillis ici",  a-t-elle poursuivi, visiblement satisfaite.

En parallèle à cela, diverses activités culturelles ont été proposées par les pays membres de la Francophonie présents en République de Corée. Une soirée pleine d’émotion en présence des autorités, des représentants des pays membres et des artistes, des volontaires, de journalistes francophones s’est déroulée à la Maison Suisse, dans le but de resserrer la solidarité au sein de cette grande communauté.

Les Jeux d’hiver à Pyeongchang se sont clôturés. Leur réussite est totale : sur les plans politique, diplomatique comme culturel. De plus, en dépit des difficultés au départ, la communauté francophone fait preuve d’une volonté sans faille dans le but de valoriser la position du français aux Jeux olympiques. La langue et plus largement la culture sont "des reflets des identités primordiaux pour construire un monde équilibré, un monde de progrès", a conclu Fleur Pellerin, en soulignant ainsi le succès de la République de Corée en tant que nouveau membre observateur de la Francophonie. "La République de Corée partage les valeurs communes à l’ensemble de la Francophonie: à savoir la volonté d’avoir un monde pluriel, vert, multiculturel, respectueux des traditions et des cultures différentes", a ajouté l’ancienne ministre française de la Culture et de la Communication.

Au revoir Pyeongchang, et rendez-vous dans deux ans à Tokyo, au Japon, pour voir si ce vent de vigueur de la langue française et de mise en valeur de la diversité culturelle souffle encore plus fort.     

Hông Anh/CVN

 
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