16/09/2020 08:51
Avec ses camions électriques et à hydrogène, Nikola affirme vouloir révolutionner le secteur des transports. Un investisseur soutient que le groupe repose sur du vent. Résultat : le titre en Bourse fait des montagnes russes depuis une semaine.
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Photo fournie le 11 septembre par Nikola Motors d'un modèle de camions du groupe.
Photo : Nikola Motor/CVN

Fondée en 2015 par Trevor Milton, la société Nikola travaille principalement sur le développement de camions et pick-up fonctionnant avec des batteries électriques ou des piles à combustible hydrogène, ainsi que sur des stations de recharge à hydrogène.

Il n'a encore rien fabriqué mais a noué des partenariats stratégiques avec plusieurs groupes industriels réputés, dont le géant allemand de l'ingénierie Bosch, l'italien CNH Industrial et, tout récemment, le constructeur automobile américain General Motors.

L'annonce d'un accord avec ce dernier le 8 septembre avait fait bondir le titre de 41% à la Bourse de New York, où le groupe est arrivé en juin via le rapprochement avec une société fondée par un ancien haut-responsable de GM, VectoIQ.

Comme Tesla, Nikola profite à Wall Street d'un engouement des investisseurs pour le secteur des véhicules électriques, considéré comme l'avenir de l'automobile.

Mais la société d'investissement Hindenburg Research a publié le 10 septembre un rapport accusant la start-up d'être une "fraude complexe" reposant sur les multiples mensonges de son fondateur et d'avoir "induit ses partenaires en erreur (...) en prétendant faussement disposer d'importantes technologies".

Elle a en conséquence parié sur la baisse du titre en Bourse, qui s'est écroulé de 36% en trois jours.

Nikola a immédiatement réfuté les accusations avant de diffuser un démenti plus conséquent lundi 14 septembre, et de reprendre dans la foulée 11% à Wall Street. La start-up a saisi l'autorité américaine des marchés financiers (SEC) pour discuter de ce rapport destiné, selon elle, à manipuler le prix de son action.

Mais cette dernière a rechuté de 8% mardi alors que, selon le Wall Street Journal, la SEC et le ministère de la Justice ont bien ouvert des enquêtes, mais sur Nikola.

Mise en scène 

Nikola ne dément pas complètement une des attaques les plus spectaculaires de la société d'investissement, à savoir la mise en scène d'une vidéo montrant en 2017 un de ses prototypes en action. 

Nikola Motors d'une station à hydrogène du groupe. Photo : Nikola Motor/CVN

Selon Hinderburg, le camion a "été tracté au sommet d'une colline sur une route isolée et simplement filmé en train de descendre la pente". Nikola rétorque juste "n'avoir jamais dit que le camion fonctionnait avec son propre système de propulsion dans la vidéo" mais avoir simplement indiqué que le véhicule était "en mouvement". Pour Hindenburg, le démenti de Nikola sur ce point, comme sur d'autres, est "complètement inadéquat".

Le directeur financier de la start-up, Kim Brady, a de son côté estimé lundi que le rapport était "offensant" pour leurs partenaires. Avant de s'engager avec Nikola, "Bosch a détaché un certain nombre d'ingénieurs pour étudier le dossier pendant plusieurs mois", a-t-il par exemple souligné lors d'une conférence organisée par la banque RBC.

Et GM a été accompagné par les plus grandes banques et cabinets de conseils avant d'accepter de prendre 11% des parts de l'entreprise, a-t-il ajouté.

Pour Daniel Ives, analyste chez Wedbush, l'avenir de Nikola dépend de la façon dont le groupe déploiera sa stratégie d'ici 2023. "Si Trevor et son équipe parviennent à construire leur usine en Arizona, à transformer les prototypes en modèles (à la fois le pick-up Badger et les camions), à installer les bases de son réseau de charge (à hydrogène) et à attirer les commandes de camions en proposant une marge brute attractive, alors Nikola a une réelle opportunité et l'action reflétera cette dynamique", a-t-il souligné dans une note.

Le groupe peut-il devenir le prochain Tesla, le fabricant de véhicules électriques fondé par le fantasque Elon Musk qui vaut désormais bien plus cher en Bourse que les constructeurs traditionnels alors qu'il vend bien moins de voitures?

Probablement pas, répond Dan Ives. Comme Apple ou Amazon domine de loin leur secteur respectif, "il n'y a qu'un seul Tesla", avance-t-il auprès de l'AFP. "Mais sur le marché des véhicules électriques, des centaines de milliards de dollars vont être dépensés dans la prochaine décennie. Il y aura plusieurs gagnants", explique le spécialiste en estimant que Nikola pourrait en faire partie.
AFP/VNA/CVN
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