07/01/2018 15:47
Autrefois, le village de Dai Yên (arrondissement de Ba Dinh, Hanoï) était réputé par sa culture de plantes médicinales et son métier d’herboriste. Et pourtant, la profession est de moins en moins pratiquée, et aujourd’hui, il n’en reste qu’un jardin médicinal.
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Hoàng Van Thuoc, propriétaire du dernier jardin médicinal du village de Dai Yên (Hanoï), en compagnie d’un Don tuong quân (Excoecaria cochinchinensis) centenaire.  Photo : TT/CVN

Le jardin appartient à Hoàng Van Thuoc, 85 ans. Il est le dernier villageois à entretenir ainsi le jardin médicinal qu’il a hérité de ses ancêtres."Ma famille habite à Dai Yên depuis une dizaine de générations. Mes parents et grands-parents étaient tous apothicaires. D’après mon grand-père, le métier existe ici depuis un millier d’années. Mes enfants et moi-même vivons de ce métier. La vie change, et la plupart des habitants ont quitté la profession pour gagner leur vie autrement", partage-t-il.

Petite parenthèse. La médecine traditionnelle vietnamienne diffère de celle chinoise, qui sont aussi appelées respectivement Thuôc Nam et Thuôc Bac. Si la médecine de Thuôc Bac privilégie les plantes d’origine chinoise, celle de Thuôc Nam utilise celles du pays. Elles consistent à l’utilisation de plantes, herbes et légumes médicinaux comme ingrédients principaux. 

Déterminé à préserver cet héritage

Enfant, Hoàng Van Thuoc suivait ses parents au marché vendre des produits médicinaux pour acheter riz et épices. Son père était un praticien compétent et très connu. Il était tellement apprécié des gens que certains se rendaient chez lui même dans la nuit pour lui demander des remèdes pour leurs proches qui étaient malades. "Une fois la maladie guérie, les gens revenaient pour le remercier et nombreux étaient ceux qui offraient même des cadeaux", se souvient-il.

S’étendant sur une superficie de plus de 1.000 m2, le dernier jardin médicinal de Dai Yên compte une grande variété de plantes telles que la Khô xâm (Croton tonkinensis), Côi xay (Abutilon indicum) et Don tuong quân (Excoecaria cochinchinensis) entre autres.

Hoàng Van Thuoc est père de dix enfants. La majorité des Vietnamiens lèguent leurs biens à leurs enfants comme capital quand ces derniers deviennent adultes afin qu’ils lancent leur propre affaire. Ne suivant pas ces mœurs, Thuoc a décidé de garder le terrain.   

"Certains m’ont proposé d’acheter ma parcelle afin que je puisse offrir la recette à mes enfants. Mais vendre c’est perdre. Qui dit jardin perdu dit métier perdu. Je n’ai pas pu m’y résoudre, alors j’ai décidé de garder mon terrain. Mes enfants ont été compréhensifs et ne me l’ont pas reproché“, confie-t-il.

Selon cet octogénaire, la culture des plantes médicinales et le métier d’herboriste se fanent au fil du temps, du fait d’une part de l’urbanisation, et d’autre part, de l’impossibilité de faire fortune avec ces professions. Elles assurent juste un revenu moyen. En effet, le prix des Thuôc Nam est si bas que l’herboriste ne fait souvent pas payer les poignées d’ingrédients que certains de ses clients viennent se procurer. 

Un métier prestigieux à maintenir

Des produits médicinaux sont vendus au villagede Dai Yên (Hanoï) tous les jours de 14h00 à 17h00. Photo : TT/CVN

Dans le passé, l’apothicaire était considéré comme le métier traditionnel du village de Dai Yên. "Tous les villageois savaient en effet cultiver les plantes et pratiquer la médecine traditionnelle. On vendait ainsi nos produits au village ainsi qu’à plusieurs autres marchés, comme ceux de Ngoc Hà, Hàng Da et Nghia Tân", déclare Tinh, 65 ans, l’une des rares villageoises qui travaille encore comme herboriste. "Quand j’étais jeune, tous les matins nous allions, moi et les gens de mon âge, cueillir des feuilles médicinales pour ensuite les apporter au marché et les vendre. Tous ceux qui, comme moi, s’adonnent à ce travail ont des mains enlaidies, usées, et pourtant nous nous réjouissons de pratiquer cette profession car il s’agit d’aider les autres", ajoute-t-elle.

"En 2005, un homme est venu me demander de l’aide pour se débarrasser d’une verrue tenace sur son derrière. Il avait déjà subi, en vain, une opération chirurgicale qui lui avait coûté 20 millions de dôngs. Quand je lui ai dit le prix du remède, qui ne s’élevait qu’à quelques milliers de dôngs, il m’a regardé d’un air dubitatif. Clairement, il avait l’air de douter de son efficacité ! Il décida tout de même de me faire confiance et, une semaine plus tard, la verrue avait complètement disparu, il était guéri. Il est retourné me voir pour me remercier. Nous sommes depuis devenus bons amis et nous nous voyons régulièrement",  se réjouit-elle.  

Tout comme bon nombre de villageois, Chinh, ancienne apothicaire, est actuellement à la retraite. Cependant, quand des patients lui demandent de leur prescrire une ordonnance, elle s’exécute et va acheter les ingrédients nécessaires. Hông Phu, quant à elle, est herboriste au marché de Huu Tiêp (arrondissement de Ba Dinh).

Ses clients sont les mêmes depuis des dizaines d’années, certains sont devenus ses amis. Baignant dans le monde des plantes médicinales depuis l’âge de 14 ans, elle continue ses activités professionnelles malgré son âge avancé. Son travail lui permet non seulement de proposer des recettes et ingrédients médicinaux aux personnes dans le besoin, mais aussi de revoir ses amis et passer du temps avec eux. 

Cette dame passionnée est grand-mère d’un petit qui, pour l’instant, suit une formation de médecine orientale. Son plus grand souhait, c’est qu’il reprenne le métier traditionnel de la famille. Hoàng Van Thuoc, quant à lui, transmet le métier à sa belle-fille.

À l’heure actuelle, on peut encore trouver de petits étalages de plantes médicinales au village de Dai Yên entre 14h00 et 17h00. Plus qu’un gagne-pain, le métier d’apothicaire est un trait culturel à préserver dans ce village qui se trouve au cœur de la capitale.

Mai Quynh/CVN
 
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