20/07/2019 07:23
La salinisation des terres arables et l’affaissement des sols menacent la vie quotidienne des habitants du delta du Mékong. Deux exemples des effets extrêmes du dérèglement climatique auxquels fait face cette région importante du pays.

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Le changement climatique qui se produit dans le delta du Mékong est féroce.
Photo: VNA/CVN

Le delta du Mékong, appelé le grenier à riz du Vietnam, est l’un des quatre deltas du monde les plus vulnérables au changement climatique. Les aléas climatiques menacent sérieusement la vie et les moyens de subsistance des habitants. Les conséquences sont déjà bien visibles.

Lors d’une récente conférence consacrée au développement durable de cette région, organisée à Hô Chi Minh-Ville, Trân Hông Hà, ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement, a tiré la sonnette d’alarme sur la situation: "Le changement climatique qui se produit dans le delta du Mékong est féroce. On observe des effets plus précoces et de manière plus rapide que nos scénarios prévisionnels".

Le Premier ministre Nguyên Xuân Phuc n’a pu s’empêcher de constater la tendance préoccupante de l’exode migratoire de la population. "De récentes statistiques montrent qu’au cours de ces dix dernières années, 1,7 million de personnes ont quitté la région", a-t-il déclaré.

Haute teneur en sel

Nguyên Quang Thanh, domicilié dans le district de Kiên Luong, province de Kiên Giang, exploite 5 ha de rizières. Ces dernières années, ses revenus de production agricole ont fortement baissé en raison de la salinisation. "En 2016, j’ai perdu la totalité de mes cultures. Cette année, l’intrusion de l’eau salée fait son retour. Bien qu’elle ne soit pas aussi intense qu’il y a trois ans, elle est tout de même présente et frappe une grande partie de mes champs. Je suis obligé de reconvertir la moitié de mes terres en étangs à crevettes", a-t-il confié.

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                                                      Le delta du Mékong comprend 13 ville et provinces,
                                                                  couvrant près de 4 millions d’hectares. 
                                                               Il compte environ 20 millions d’habitants
                                                                    et contribue à 20% du PIB national.

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L’Institut de recherche sur les ressources en eau du Sud constate qu’après le pic historique de sécheresse et de salinisation des terres de 2016, l’intrusion de l’eau salée en saison sèche de l’année en cours est considérable avec une teneur en sel élevée. En avril, la salinité maximale a atteint 5,8‰(soit 5,8 grammes de masse de sel dans un kilogramme d’eau), contre 4,5‰ mesurée lors de la saison sèche de l’an dernier, à l’embouchure de Bên Luc de la rivière Vàm Co Dông (province de Long An).

Sur la rivière Vam Co Tây, à la station de Tân An, le taux de salinité le plus élevé a atteint 4,9‰, contre 4,4‰. L’institut estime que l’eau salée est apparue deux mois plus tôt et s’est répandue davantage en amont des rivières. Dans certaines régions, elle s’est infiltrée jusqu’à 70-90 km à l’intérieur des terres, soit 20-30 km de plus que les années précédentes. Kiên Giang, Bac Liêu, Cà Mau et Long An sont les provinces les plus touchées.

Des paysannes travaillent dans une rizière ravagée par l’intrusion de l’eau salée dans la province de Tiên Giang (delta du Mékong). 
Photo: Công Tuong/VNA/CVN

D’après le vice-ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Nguyên Hoàng Hiêp, la salinisation réduit la quantité d’eau douce et affecte gravement la vie de la population locale. Les habitants des districts d’An Biên, An Minh et Kiên Luong de la province de Kiên Giang doivent notamment forer des puits de 90 m de profondeur pour obtenir de l’eau douce.

Affaissement des sols

Dans le delta du Mékong, les autorités locales et les experts ont également alerté sur l’affaissement des sols. En effet, du fait de l’intrusion de l’eau salée et de la baisse de la fréquence des crues, les nappes phréatiques pour l’irrigation des cultures et la vie quotidienne sont surexploitées.

Hoàng Van Bây, directeur du Département de la gestion des ressources en eau relevant du ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement, a informé que la subsidence des sols du delta du Mékong était complexe. Les résultats des calculs menés par ledit ministère montrent qu’entre 2005 et 2017, seule 6% de la surface de la région était considérée comme stable tandis que 29% était touchée par un affaissement de moins de 5 cm, et 20% de 5 à 10 cm. En particulier, 8% de la surface a observé un affaissement de plus de 10 cm dans neuf ville et provinces. Le 1er quartier du chef-lieu de Bac Liêu de la province du même nom a connu une baisse de sol de 62,6 cm. La commune de Vinh Hai du chef-lieu de Vinh Châu de la province de Soc Trang, de 53,1 cm.

"L’an passé, le delta du Mékong recensait 562 points à risque dans les rives d’une longueur de 786 km. Ce phénomène se produit non seulement en saison des pluies mais également en saison sèche", a précisé Hoàng Van Bây. En particulier, Cà Mau et Bac Liêu partagent une zone à risque longue de 14 km. Environ 200 km de berges traversant les provinces de Soc Trang, Trà Vinh, Bên Tre et Tiên Giang se trouvent également en état d’urgence. 

"Cà Mau est la localité la plus touchée à la fois par l’eau salée et l’instabilité des sols", a  affirmé le président du Comité populaire provincial Nguyên Tiên Hai. En effet, "rien qu’entre fin 2015 et début 2016, l’intrusion saline a ravagé près de 53.000 ha de culture de riz et de crevettes. Plus de 43.000 ha de forêts de cajeputiers ont été complètement desséchées. Plus de 112 km de routes et de rives se sont effondrées. Une grande partie de la population pauvre a dû émigrer pour chercher du travail d’ailleurs", a-t-il précisé.

Mesures globales

Les experts signalent que sans mesures ni interventions, d’ici 2100, les remontées d’eau de mer pourraient inonder 40% des superficies de la région et influenceraient la vie de 55% des habitants, menaçant ainsi la sécurité alimentaire nationale. Selon le Professeur Nguyên Kim Dan, de l’Université Paris-Est, "afin de sauver le delta du Mékong, il est primordial de rechercher une solution globale pour atténuer de manière proactive les risques". Seront prioritaires les mesures respectueuses des conditions naturelles et de l’environnement de la région. Le Professeur ajoute que de nombreux scientifiques vietnamiens d’outre-mer et experts étrangers sont "prêts à contribuer aux recherches au service du développement durable" du delta du Mékong.

À long terme, le gouvernement a notamment décidé de passer à des cultures plus appropriées, de développer des plantes résistantes à la sécheresse et à l’intrusion saline, de poursuivre les recherches pour créer de nouvelles variétés ainsi que de renforcer les infrastructures techniques. Il a également appelé les pays riverains du Mékong à bien gérer les ressources en eau et les organisations internationales à financer des projets d’aide publique au développement.

En 2018, le delta du Mékong recensait 562 points à risque dans les rives d’une longueur de 786 km. Photo: Huy Hai/VNA/CVN

Quant à la lutte contre l’affaissement des sols, le gouvernement la définit comme étant sa mission prioritaire dans les années à venir. L’an passé, en plus d’allouer un budget conforme au plan annuel pour la construction d’ouvrages de consolidation, il a versé 1.500 milliards de dôngs afin de traiter en urgence des lieux à haut risque situés dans les rives des 13 ville et provinces du delta du Mékong.

Avec le soutien de plusieurs organisations internationales, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural déploie 35 projets de traitement de l’érosion des rivières et des côtes du delta. Dans le même temps, il est demandé d’établir un ensemble de données sur les impacts de l’assèchement des eaux et l’affaissement des sols à l’échelle nationale, y compris la cartographie des lieux à haut risque du delta.

Espérons qu’avec ces mesures à court et à long termes, le delta du Mékong surmontera ses difficultés. Il devra tout miser sur le développement durable s’il veut gagner ce bras de fer qui l’oppose à la nouvelle donne climatique.
  
Linh Thao/CVN
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