05/04/2018 14:32
Outre les impacts du réchauffement climatique, la construction des barrages hydroélectriques en amont du Mékong entraîne des inquiétudes concernant la sécurité et l’hygiène de l’eau en aval de ce fleuve en général et du delta du Mékong du Vietnam en particulier.
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Un tronçon du Mékong qui traverse la province de Soc Trang (Sud).
Photo : An Hiêu/VNA/CVN

Grâce aux alluvions du Mékong, surtout pendant la saison des crues, la région deltaïque du fleuve est, depuis des dizaines d’années, un des deux greniers à riz les plus importants du Vietnam.

En réalité, cette région abrite plus de 20 millions de Vietnamiens et fournit une grande quantité de produits agricoles tant au Vietnam qu’à l’étranger. Elle est réputée pour la richesse de sa faune et de sa flore.

Ces dernières années, le delta du Mékong a été frappé par de nombreuses intempéries dues aux changements climatiques. Plus concrètement, la forte diminution de la pluviosité cause une pénurie ainsi que la salinisation des eaux.

Un autre problème est la présence des barrages hydroélectriques bâtis en amont du Mékong. Un problème qui pose les questions sur la sécurité de l’eau dans le delta du Mékong du Vietnam en particulier, mais également en aval de ce fleuve plus globalement. Les risques de la pénurie d’eau et de la réduction de la réserve de l’eau souterraine dans cette région deltaïque sont réels et doivent être pris au sérieux.

Au Vietnam, les besoins en eau au service de la production agricole demeurent importants. La source d’eau pour arroser les 2,9 millions d’hectares de terre cultivable du delta du Mékong provient de ce fleuve. Comme d’habitude, pendant la saison de crues, le fleuve alimente environ 475 km3 par an, dont 332 km3 requis pour la riziculture.

Cependant, le volume d’eau de la saison de crues 2015-2016 n’a atteint qu’environ 220 km3, soit moins de la moitié de la moyenne annuelle. En effet, pendant cette période, le delta du Mékong du Vietnam, du Sud du Laos, du Cambodge et du Nord-Est de la Thaïlande fait face à une sécheresse historique.
En conséquence, la totalité des 13 provinces et villes viet-namiennes dans le delta du Mékong a été frappée par cette sécheresse qui a causé une perte matérielle estimée à 5.500 milliards de dôngs.

Au dire d’experts et scientifiques, il s’agissait de conséquences causées par le phénomène El Niño et des barrages construits en amont du Mékong.

Impacts sur l’écosystème

La Compagnie par actions d’eau et d’environnement du Vietnam, consultante du projet d’alimentation en eau du delta du Mékong à l’horizon 2030, vision 2050, analyse que ce projet ne prend pas en compte les conséquences causées par le réchauffement climatique telles que la montée de l’eau maritime et l’invasion de l’eau salée notamment.

Au Vietnam, les besoins en eau au service de la production agricole demeurent importants.
Photo : Trung Kiên/VNA/CVN

Outre les effets sur la sécurité et l’hygiène de l’eau, le développement des barrages hydrauliques en amont du Mékong entraînera des conséquences néfastes sur l’environnement et l’écosystème de la région. Tels étaient les soucis exposés dans le cadre du forum ayant pour thème "Bassin du Mékong face aux défis de protection des habitants et de l’écosystème dans le contexte de fluctuation". Ce forum a été  organisé le 20 mars à Cân Tho par l’association International Rivers, en partenariat avec PanNature (ONG à but non lucratif pour la protection de la nature et de la biodiversité) ainsi que d’autres organisations.

Les participants ont affirmé que les projets de construction des centrales hydroélectriques sur le Mékong aggraveraient l’érosion de ses berges et son lit, surtout dans la région du delta, ce qui influera sur la production agricole, menaçant notamment la sécurité alimentaire.

"Les réservoirs d’eau du fleuve se verront transformer, en grande majorité, en petits lacs uniquement adaptés aux espèces de petite taille comme la grenouille ou l’escargot… Les autres espèces aquatiques vivant dans le Mékong vont disparaître peu à peu", souligne le Docteur Naruepon Sukumasvin, du Secrétariat de la Commission du Mékong.

Avertissements d’experts

D’après M. Sukumasvin, les études dans le cadre du projet de gestion et de développement durable du bassin du Mékong montrent que le volume d’alluvions de ce fleuve est passé de 97% en 2007 à 30% en 2020, et à 4% en 2040. La production de la pêche de cette zone pourrait se voir réduite d’environ
1,57 milliard de dollars.

"Afin de minimiser les pertes dues à la pénurie d’eau, le delta du Mékong devrait éviter la culture en saison sèche et construire des réservoirs d’eau, surtout à Dông Thap Muoi (Plaine des joncs) et Tu Giac Long Xuyên (Quadrilatère de Long Xuyên), au service de la vie quotidienne de la population", conseille l’écologiste Nguyên Huu Thiên.

Pour sa part, le Docteur Lê Anh Tuân, chef adjoint de l’Institut chargé des questions sur le changement climatique, relevant de l’Université de Cân Tho, analyse que ce sont les barrages hydroélectriques qui causent la pénurie d’eau dans cette région. La chute du débit du Mékong favorisant fatalement l’invasion de l’eau salée.

Il ajoute cependant qu’on peut attendre les pluies pour recueillir l’eau douce, et ainsi transporter l’eau vers les régions sèches, celles qui en ont le plus besoin. ''Les ouvrages hydroélectriques empêcheront totalement la formation d’alluvions du Mékong. Ainsi, les risques concernant les effondrements, la montée des eaux, la salinisation des eaux… sont plus importants", explique-t-il.

Les scientifiques font appel aux pays riverains du Mékong dans l’exploitation de l’énergie renouvelable ainsi que l’élaboration d’un plan de développement commun.

"Non seulement le Vietnam, mais encore le Laos, la Thaïlande, et le Cambodge se heurtent à des difficultés concernant la source d’eau et le changement de l’écosystème par les répercussions des barrages hydroélectriques, du réchauffement climatique et de la pollution de l’environnement… Il faudrait proposer des mesures urgentes pour protéger le Mékong, sa source d’eau et l’écosystème de ce grand fleuve", avertit le Docteur Duong Van Ni, de l’Université de Cân Tho.
 
Hoàng Phuong/CVN
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