21/07/2021 19:42
L’art du chèo (théâtre populaire) se transmet de génération en génération dans la province de Thái Binh (Nord). Rencontre avec ces artistes populaires, agriculteurs le jour, acteurs le soir.

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À l’ombre des haies de bambou, dans le village de Khuôc, commune de Phong Châu, district de Dông Hung, et celui d'An Phu dans la commune de Quynh Hai, district de Quynh Phu, c’est régulièrement que l’on entend raisonner les airs de chèo. Ces villages font partie de la province de Thái Binh, située à environ 110 kilomètres au Sud-Est de Hanoi. Si elle est connue pour sa production de riz, elle l’est tout autant pour sa tradition du chèo, art théâtral et musical populaire. 
 

Le "chèo" fait partie de la vie quotidienne des villageois de Khuôc, à Thái Binh.
Photo : DK/CVN


«Les spectateurs se retrouvent dans leur jeu»

L’apparition du théâtre populaire au village de Khuôc est un mystère que personne ne sait expliquer. Hà Quang Tiêt, septuagénaire, musicien retraité de la Troupe centrale de chèo, a raconté que «cela fait plusieurs siècles que le théâtre populaire se transmet de génération en génération».
 

Le chèo (théâtre populaire) est un art scénique populaire du delta du fleuve Rouge. Autrefois produit uniquement pendant les festivités à la campagne et par des troupes et des corporations du théâtre chèo, il connaît aujourd’hui encore un grand succès.

Khuôc est le village d’origine de nombreux interprètes de chèo tels que Trùm Dao, Trùm Thuong, Huyên Doan et Kép Muc, aujourd’hui disparus. Cet art populaire fait partie de la vie quotidienne des villageois et est même devenu un sujet de conversation courant. Nguyên Thi Minh, une villageoise, a témoigné: «J’aime les mélodies de chèo, elles font partie de ma vie. Toute ma famille peut interpréter la pièce +Luu Binh Duong Lê+ car nous  pratiquons cet art depuis de nombreuses générations».

Quách Van Sau, spécialiste des questions culturelles dans la commune de Phong Châu, district de Dông Hung, a confié : «Le chèo fait partie de la vie des villageois depuis leur enfance. Un bébé est bercé par les mélodies de chèo qui  s‘inscrivent dans l'esprit et le cœur de chacun».

La scène à même le sol permet aux artistes et au public d’interagir. Les artistes ont seulement besoin de quelques simples accessoires comme une boîte, une chaise ou un éventail. Selon Nguyên Van Ro, chef du Club du chèo du village de Khuôc, le chèo est simple et sincère, à l’image des habitants : «Le chèo est effectué d'une manière très professionnelle et naturelle. Les interprètes ont du succès car les spectateurs se retrouvent dans leur jeu».
 

Des répétitions jusqu’à la tombée de la nuit
 

Malgré la difficulté de leur travail dans les champs, les agriculteurs montent sur scène à la fin de la journée.
Photo : VPT/CVN


Les villageois de Khuôc sont maintenant capables d’interpréter des centaines de mélodies chèo, dont les classiques Kim Nham et Tông Trân Cúc Hoa. Ils ont même créé de nouvelles versions des pièces classiques tels que Luu Binh Duong Lê - une histoire d'amitié désintéressée, et Thi Kính - l'histoire de la miséricorde.

Quách Van Sau a poursuivi : «Les artistes de chèo de Khuôc sont bons pour l’improvisation et interagissent avec les spectateurs. Il n'y a aucune frontière entre eux et le public. Les interprètes sont encouragés et reçoivent du public applaudissements et cadeaux».

Malgré les années, le chèo du village conserve son authenticité.

Un autre village est aussi très réputé pour ses interprétations, il s’agit d'An Phu. Sa maison commune possède sa propre scène et peut accueillir un millier de spectateurs.

Le groupe d’agriculteurs qui pratique cet art a été recréé en 2003 par des amoureux de cette tradition. S'ils aiment chanter, ils cherchent avant tout à amener les autres à également pousser la chansonnette. 
 

L’art du "chèo" se transmet de génération en génération dans la province de Thái  Binh (Nord).
Photo : Thanh Tâm/CVN


Avant 1954, la province comptait quatre troupes de chèo qui étaient souvent invités à se produire dans d'autres provinces. Toutefois, pendant la guerre, nombre d’artistes sont partis au front et les troupes se sont dissoutes pour ne revoir le jour que récemment.

Malgré la difficulté de leur travail dans les champs, les agriculteurs montent sur scène à la fin de la journée. Ils se transforment alors en artistes. Hông Nhan est l’une d’entre eux. Le jour, elle vend des légumes au marché, et le soir, lorsque les deux paniers posés sur son vélo sont vides, elle prend le chemin de la maison commune. Elle s’y entraîne avec ses amis et ne rentre chez elle qu’à la tombée de la nuit.

Le plaisir pour seule rémunération

Grâce à un entraînement sans relâche, le groupe d’An Phu a déjà pu représenter des dizaines de pièces telles que Quan Âm Thi Kính, Luu Binh Duong Lê, ou encore Tâm Cám, transmettant leur passion aux jeunes générations du village.

Plusieurs autres clubs de chèo ont vu le jour dans les districts de Dông Hung, de Thái Thuy et de Quynh Phu. Selon une enquête, les paysans-acteurs de chèo sont omniprésents dans les communes et les villages.

Les artistes ne manquent pas une occasion d’organiser une représentation. Les enfants qui y assistent dès leur plus jeune âge grandissent au rythme du chèo. C’est ainsi que cette passion, ayant pour seule rémunération le plaisir, devrait se transmettre encore et encore.

Thúy Hà/CVN

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