17/11/2019 09:57
Pour une oreille occidentale, la musique et le chant vietnamiens peuvent surprendre. Mais qu’elle soit pentatonique ou heptatonique, dans tous les pays du monde, l’émotion portée par l’harmonie touche au cœur.
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"Truong Chi - My Nuong", une triste histoire d'amour.
Photo : CTV/CVN
Si l’on veut faire un petit tour des mélodies, le Vietnam offre l’embarras du choix : musique de Cour royale, musiques rituelle, cultuelle, folklorique…, autant de notes qui se conjuguent pour exprimer les sentiments humains. Et n’oublions pas le chant, compagnon indispensable de la musique, qui l’habille des mots de l’âme. Aujourd’hui, c’est d’un chant dont naquit l’amour que nous raconte une légende ancestrale. Comme toutes les histoires, elle commence encore par "Il était une fois…"

Beauté du corps

Il était une fois, un puissant seigneur qui avait une fille unique d’une beauté exceptionnelle. Au rang des pierres précieuses, elle aurait été la plus brillante, la plus prestigieuse. Comme toutes les jeunes filles de son rang, elle ne pouvait pas se mêler au peuple et vivait cloîtrée dans son palais. Elle consacrait tout son temps à la peinture, la broderie et la poésie, tous ces arts qu’elle devrait maîtriser pour faire une parfaite princesse.

Comme distractions, elle avait des promenades autour des étangs couverts de nénuphars dans les jardins du palais. Mais ce qu’elle préférait, c’était se mettre à la fenêtre de sa chambre pour admirer le paysage et regarder le fleuve s’étirer dans la vallée. Le prénom de cette magnifique jeune fille ? My Nuong.

Une aube de printemps, elle entendit un chant mélodieux et mélancolique qui montait dans le Ciel. C’était la voix d’un pêcheur qui tirait son filet depuis la rive du fleuve pour ramener sa pêche matinale. Chaque jour, avant le lever du soleil, elle s’accoudait à la fenêtre pour écouter cette voix de Truong Chi qui berçait si harmonieusement son esprit et son âme.

Un matin, elle n’entendit rien. La voix s’était tue. Il n’y avait plus que le silence. Comme si l’on avait soufflé la flamme d’une chandelle, elle tomba gravement malade. Aucun médecin ne réussit à la soigner et ne parvint à déterminer la cause de ce mal étrange. Puis, un jour, la voix s’éleva de nouveau. Ce chant était si pur et si mélodieux que My Nuong reprit des forces et retrouva sa beauté légendaire. Elle reprit goût à la vie, et sa mine heureuse revint au soulagement de son père.

Cependant, à chaque fois que la voix se taisait, elle retombait dans une langueur incompréhensible. Intrigué par ces soudains changements d’humeur, le seigneur observa attentivement ce que faisait sa fille et découvrit la raison de sa faiblesse. Il décida alors de faire chercher le pêcheur Truong Chi, qui avait envoûté sa fille avec sa voix miraculeuse et le fit amener auprès de sa fille alitée.

Mais, si la voix du pêcheur était une merveille, son aspect physique était d’une laideur repoussante. Et, à la vue du pauvre pêcheur, My Nuong, effrayée par son visage, le fit mettre à la porte du palais. Aussitôt, le charme de la voix fut rompu. My Nuong oublia définitivement le chant mélodieux qui l’avait tant séduite et retrouva son existence normale.

Beauté du cœur

Tout aurait pu finir bien pour chacun, mais il en fut tout autrement. Truong Chi menait jusqu’à présent une vie paisible et n’avait d’autre souci que celui de pêcher suffisamment chaque jour pour arriver à subsister. Il chantait parce qu’il était heureux de vivre, même modestement. Mais le jour où Truong Chi rencontra pour la première et unique fois la magnifique My Nuong, il en tomba fou amoureux.

Et ce jour-là, il reçut un coup au cœur et fut terriblement blessé par la réaction de celle-ci. Il savait bien qu’il était laid et trop pauvre pour espérer éveiller le moindre sentiment de la part de My Nuong. Mais sa douleur fut plus forte que sa raison. Et, de retour dans sa misérable paillote, il se mit à verser de lourdes larmes de désespoir. Il commença à négliger son travail, et cessa de se rendre au fleuve pour sa pêche quotidienne.

 
L’histoire d’amour entre Truong Chi et My Nuong constitue le scénario de nombreux spectacles de théâtre. 
Photo : CTV/CVN

D’accablement, le pauvre homme tomba malade et se laissa mourir. Quand on le découvrit, son corps fut enterré près d’un arbre au bord du fleuve, là où il avait pour habitude de pêcher. Et puis, le monde sembla l’oublier. Quelques années plus tard, lors d’une crue violente, les berges furent ravagées par le fleuve. La tombe de Truong Chi fut détruite. Le beau temps revenu, on trouva tout près de l’arbre une grosse pierre de jade d’une pureté céleste. Selon les habitants des environs, il s’agissait certainement du corps du pauvre pêcheur désespéré que le Ciel avait transformé. On décida d’offrir cette pierre splendide au père de My Nuong.

Fasciné par son éclat, le seigneur voulut faire don de cette beauté à une autre beauté : il la fit tailler en forme de tasse et l’offrit à sa fille adorée. Celle-ci reçut le présent paternel avec émotion et s’empressa de commander à ses servantes de préparer la cérémonie du thé dans sa chambre. 

Quand My Nuong versa du thé dans la précieuse tasse, elle vit se dessiner le visage de Truong Chi dans le fond. Et aussitôt, résonna dans la pièce la voix mélodieuse qu’elle avait tant aimée. Son cœur fût profondément ému et elle se rappela combien elle avait été méchante avec le pêcheur. Prise de remord, My Nuong commença à pleurer. Son chagrin, à la hauteur de sa pitié, semblait ne pouvoir s’arrêter. Ses larmes tombèrent abondamment dans la tasse.

Comme par enchantement, la tasse se désagrégea et disparut en fumée. C’était l’âme du pêcheur qui fut enfin libérée de son désespoir et put monter dans l’azur éternel, grâce au sentiment de compassion que My Nuong avait enfin exprimé à son égard.

Une belle histoire qui montre que la beauté du cœur est sans doute plus importante que la beauté du corps. Et quoi de mieux qu’un chant mélodieux et une musique sublime pour nous la raconter.

Ông Ngoai/CVN

 
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