19/05/2019 08:53
Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je vous propose une chronique en forme de jeu. J’ai beaucoup de contacts avec les minorités ethniques du Vietnam. Palette de couleurs, de modes de vie, de dialectes même, qui étonnent souvent, intriguent parfois, et intéressent toujours.
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Des femmes et des filles H'mông en tenue traditionnelle.
Photo: Ngoc Hà/VNA/CVN

Justement, bien peu sont les visiteurs du Vietnam qui connaissent toute la richesse culturelle et les particularités des minorités ethniques de ce pays du Sud-Est asiatique. Donc, cette semaine, j’apporte ma modeste contribution à la rencontre de ces minorités que la légende nous dit être issues de l’union de Âu Co (la déesse des montagnes) et de Lac Long Quân (le grand dragon).

Bien sûr, je n’ai pas la prétention de vous emmener dans les villages des 53 minorités ethniques. Il faudrait un livre que d’autres ont écrit pour cela, mais je voudrais simplement vous présenter certaines qui m’ont particulièrement ému, soit par leur mode de vie, soit parce que leur population est si peu nombreuse que les rencontrer est une chance extraordinaire.

Le savez-vous?

Ils vivent dans la province de Kon Tum (hauts plateaux du Centre), et un de leur village se nomme Dak Mê. L’homme porte le cache-sexe et la femme revêt une jupe. Tous ont habituellement le torse nu. Ils se percent aussi la peau du visage et d’autres régions du corps. Qui sont-ils? 

Chez eux, les jeunes femmes peuvent choisir leur mari. Les hommes vont vivre chez leur épouse après les noces. Vous les rencontrerez dans les provinces de Lâm Dông (hauts plateaux du Centre) et Binh Thuân (Centre). Qui sont-ils?

Ils habitent essentiellement dans la province de Hà Giang et Lào Cai (Nord-Ouest). La famille du marié doit offrir aux parents de la jeune femme la somme d’argent qui fut nécessaire à son éducation, ce qui veut dire qu’une jeune fille bien éduquée doit coûter beaucoup d’argent à son futur époux. Qui sont-ils?

Ils  ont pour coutume de scier leurs dents, de percer leurs oreilles et de porter beaucoup de colliers. Vous le vérifierez en les rencontrant dans la province de Lâm Dông. Qui sont-ils?

Certainement, l’ethnie la moins nombreuse. Leur langue est tombée dans l’oubli, et leur calendrier est particulier. Vous les verrez peut-être dans la province de Nghê An (Centre). Qui sont-ils?

Encore une ethnie qui comporte très peu d’individus. Là-bas, dans la province de Hà Giang, ce sont les seuls à se servir encore de tambour de bronze, différents selon les hommes et les femmes. Qui sont-ils?

Dans la province de Lai Châu (Nord-Ouest), on peut admirer le costume particulier des femmes de cette minorité ethnique: la partie supérieure du devant de la veste est d’une couleur différente du reste de l’ensemble et décorée de pièces de monnaie en argent et en aluminium. Qui sont-ils?

Richesse du cœur

Tous m’ont offert leur hospitalité, avec tellement de simplicité qu’à chaque fois j’avais quelque difficulté à les quitter. Certes, pour un Occidental, il y a des propositions culinaires qui demandent quelques efforts gustatifs. Certes, le confort des couches n’a rien de comparable aux matelas rembourrés. Certes, il m’est arrivé d’être impoli au point de refuser l’épouse que l’on avait choisie pour moi.

Certes, il m’a fallu trouver des subterfuges pour ne pas avaler l’alcool des jarres collectives, bu au chalumeau de paille. Certes, j’ai attrapé des crampes à rester accroupi des heures durant pour de longues palabres, où les regards valent plus que des mots. Mais toujours, j’ai eu ce sentiment unique de rencontrer des personnes qui offraient ce qu’elles avaient, sans arrière-pensées. Et, je veux témoigner aussi mon admiration pour ces jeunes qui décident de se consacrer aux soins ou à l’enseignement auprès de ces minorités ethniques. Ils acceptent de quitter le confort douillet de la ville et les facilités de la vie moderne pour exercer leur métier dans des régions lointaines où les conditions de vie ne sont pas toujours faciles.

Représentation de gongs lors d’une fête traditionnelle des Êdê, sur les hauts plateaux du Centre. Photo: Ngoc Hà/VNA/CVN

Souvent, quand nous arrivons à l’improviste dans un de ces villages, loin des sentiers battus, ce sont eux qui nous servent de guide pour nous permettre d’entrer en contact avec les gens. J’ai tissé ainsi, tout au long du Vietnam, une grande chaîne d’amitié, dont chaque maillon est une aventure humaine surprenante. D’ailleurs, c’est sans doute cela, la véritable aventure lorsque l’on va à la rencontre des minorités ethniques.

Je ne terminerai pas cette tranche de vie sans évoquer cette naissance dans une petite maison du côté de Than Uyên (province de Lai Châu). Petite cabane à pièce unique, abritant une famille de H’mông que mon épouse avait prise en affection. À chaque passage dans ce coin, nous nous arrêtons pour remettre quelque nourriture et vêtements pour les enfants. Ce jour-là, une agitation inhabituelle avait lieu devant la porte d’entrée. Des femmes étaient regroupées et bavardaient entre elles, d’autres entraient et sortaient très affairées.

Voyant un Occidental, le silence s’est fait et le rideau humain qui bouchait la porte s’est dégagé. Là, sur l’unique paillasse de la maison, aidée par une de ces aides-soignantes qui se donnent tout à ces populations, la mère de famille venait de donner naissance à un troisième enfant, blotti contre son sein. Par pudeur, nous nous apprêtions à ressortir quand le bébé s’est mis à crier, d’un beau cri de petit garçon en bonne santé. Rompant avec la tradition, on me tend le bébé pour que je lui porte bonheur. Rude tâche (pas de porter le bébé, mais de lui porter bonheur), gros moment d’émotion.

Dans ce train qui m’emmène à plus de 300 km à l’heure à l’autre bout du monde, je regarde le paysage qui défile, kaléidoscope de champs, forêts, villages. Peu à peu, mon reflet dans la vitre s’efface et je vois les sourires de tous ces gens, qui, tout là-bas au Vietnam, savent encore donner du temps au temps et qui gardent en eux la sagesse de la mémoire ancestrale. Une richesse qui manque à tant.

Gérard Bonnafont/CVN

* Réponses dans l’ordre des questions: Les Brâu, les Chu Ru, les La Chi, les Ma, les O Du, les Pu Peo, les Si La.
 

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