27/03/2021 18:31
La confrontation entre la Chine et les pays occidentaux s'est accentuée vendredi 26 mars au sujet du sort des musulmans ouïghours du Xinjiang, avec de nouvelles sanctions de Pékin contre des personnalités britanniques et plusieurs marques étrangères désormais plongées dans la tourmente sur le marché chinois.
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Un magasin H&M à Pékin le 25 mars.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Les États-Unis condamnent la campagne menée par l'État chinois sur les réseaux sociaux, et le boycott de sociétés et consommateurs visant les entreprises, notamment américaines, européennes et japonaises, pour leur décision de ne pas utiliser" du coton "du Xinjiang en raison du travail forcé", a déclaré à la presse une porte-parole de la diplomatie américaine, Jalina Porter, apportant le "soutien" de Washington à ces marques.

Selon des études publiées par des instituts américain et australien, réfutées par Pékin, au moins un million de Ouïghours ont été internés dans des "camps" au Xinjiang, dans le Nord-Ouest de la Chine, et certains soumis à du "travail forcé", notamment dans des champs de coton. Washington estime que la répression de cette minorité musulmane constitue un "génocide".

Plusieurs entreprises de prêt-à-porter comme le Suédois H&M, l'Américain Nike, l'Allemand Adidas ou le Japonais Uniqlo se sont engagées l'an passé à boycotter le coton du Xinjiang - une région qui représente près d'un cinquième de la production mondiale et fournit de nombreux géants de l'habillement.

Crise diplomatique

Les communiqués de ces entreprises sont opportunément réapparus cette semaine sur le réseau social chinois Weibo, déclenchant une polémique. Signe d'une possible intervention de l'exécutif chinois, c'est la Ligue de la jeunesse communiste, affiliée au parti au pouvoir, qui a lancé les hostilités. Première entreprise visée, H&M avait déjà vu mercredi 24 mars ses produits retirés des principaux sites chinois de vente en ligne. Ses magasins restent toutefois ouverts.

Le Premier ministre suédois Stefan Löfven a apporté vendredi 26 mars son soutien au numéro deux mondial de l'habillement, qui fait plus de 5% de son chiffre d'affaires en Chine. "C'est très bien quand les entreprises prennent leurs responsabilités sur les conditions de travail des salariés partout dans le monde", a-t-il déclaré. La polémique a enflé jeudi  25 mars avec l'annonce par plusieurs acteurs et chanteurs chinois qu'ils coupaient tout lien avec Nike, Adidas, Uniqlo, Converse ou encore Calvin Klein, dont ils ou elles étaient les ambassadeurs.

Des drapeaux chinois à Londres.
Photo : AFP/VNA/CVN

Mais au-delà de cette polémique, le bras de fer a pris l'allure d'une crise diplomatique au sujet des Ouïghours, principalement musulmans et parlant une langue turcique, qui représentent un peu moins de la moitié des 25 millions d'habitants du Xinjiang.

"Atteintes grossières"

Les États-Unis, l'Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada ont imposé lundi 22 mars des sanctions coordonnées contre des dirigeants passés ou actuels de cette région où Pékin impose depuis quelques années une surveillance policière drastique, officiellement en réponse à des attentats attribués à des séparatistes ou des islamistes ouïghours.

La Chine, qui assure que les "camps" dénoncés par les Occidentaux sont des "centres de formation professionnelle" destinés éloigner la population de l'extrémisme, a répliqué en sanctionnant d'abord dix personnalités européennes, dont cinq élus du Parlement européen. Toutes sont accusées "de propager des mensonges" en s'appuyant sur des études que la Chine estime biaisées.

Vendredi 26 mars, Pékin a étendu ses sanctions à neuf Britanniques, dont des parlementaires de haut rang, ainsi que quatre entités. Sur la liste noire chinoise figurent désormais la Commission des droits de l'Homme du Parti conservateur du Premier ministre Boris Johnson, ainsi que l'ancien chef de cette formation, Iain Duncan Smith. Londres, avec qui les tensions ne cessent de s'accumuler sur des sujets comme la 5G ou Hong Kong (Chine), n'a pas tardé à réagir.

Les Britanniques visés par ces sanctions jouent un "rôle vital" pour dénoncer "les atteintes grossières" aux droits humains, a estimé Boris Johnson. Son ministre des Affaires étrangères, Dominic Raab, a annoncé la convocation de l'ambassadeur chinois pour "lui expliquer en termes très clairs la position" de Londres.

Tant que Pékin "refusera" de donner accès au Xinjiang à la Haute Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Michelle Bachelet, a-t-il averti, "la pression internationale continuera de s'accroître". Une porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying, a toutefois accusé les Occidentaux d'être à l'origine des hostilités. La Chine ne peut "traiter avec eux que d'une manière qu'ils comprennent et dont ils se souviennent", a-t-elle estimé.

AFP/VNA/CVN

 

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