29/06/2014 10:24
Les bonzes entrent dans l’ère du numérique et qui sait le prochain Bill Gates est peut être parmi eux. Précurseur dans le domaine, le bonze Chau Hac, de la pagode Tuk Phôs, province d’An Giang (delta du Mékong), compte bien transmettre son savoir en la matière à ses fidèles.

Au pays des Bouddhas rien ne va plus, la technologie moderne semble avoir percé les murailles des derniers bastions de zénitude. Le responsable de cette petite révolution? Le bonze supérieur Chau Hac, aussi surnommé «unique chevalier informatique des Khmers», nous reçoit au pied d’un arbre, dans la cour de la pagode Tuk Phôs, en pleine méditation… Pas vraiment : il apprend aux bonzes des méthodes pour taper un texte sur un ordinateur. Depuis une dizaine d’années, la pagode est devenue le berceau du développement informatique de la commune de Châu Lang, district de Tri Tôn.

Le bonze Chau Hac apprend l’informatique aux élèves. DT/CVN


Un bonze dévoué à l’informatique

La pagode Tuk Phôs s’appuie sur Nam Qui, un des sept monts de la région Thât Son où la plupart des habitants sont Khmers. Malgré des conditions de vie qui se sont améliorées, ses habitants rencontrent encore des difficultés économiques. De nombreux jeunes de 14 à 15 ans ne savent pas encore se servir d’un ordinateur.

Aux grands maux, les grands remèdes, l’informatique aura son prêcheur : le bonze supérieur Chau Hac décide d’ouvrir une classe d’apprentissage informatique gratuite pour tous les enfants, dans et hors de la localité, souhaitant mettre à jour leurs connaissances. La classe accueille aussi les bonzes de Tuk Phôs et d’autres pagodes. Après plusieurs années d’efforts, ce lieu de culte est maintenant connecté au haut débit et dispose d’une classe dotée de 12 ordinateurs. Les bonzes de la pagode, initiés à cette technologie obscure sont devenus des connaisseurs et peuvent ainsi assister le bonze supérieur Chau Hac. «Avant, j’écoutais la radio, lisais des journaux, dans lesquels on parlait toujours de technologies de l’information en général et d’ordinateur en particulier. Je voulais m’approcher de cette chose pour d’abord développer mon savoir et ensuite aider les habitants, les bonzes à élargir leurs connaissances», précise le maître en informatique.

En 2001, grâce à une bonne récolte de mangues et à sa vente, la pagode a pu obtenir plus de 10 millions de dôngs. Après discussion, les bonzes ont décidé d’acheter un ordinateur pour apprendre l’informatique. Pour ce faire, Chau Hac s’est rendu en personne à la ville de Long Xuyên.

Exploitation du font khmer

«Depuis mon plus jeune âge, je suis la vie religieuse. Lorsque j’ai acheté l’ordinateur, le vendeur m’a demandé si je savais l’utiliser. J’ai répondu non. Alors, il m’a installé un programme d’auto-formation sur Word et Excel. J’en ai profité pour compléter mes connaissances en informatique», confie le bonze Chau Hac. Ce responsable de la pagode Tuk Phôs, que plus rien n’arrête quand il s’agit du numérique, est déterminé à améliorer son niveau via la collecte de documents, livres et journaux dans le domaine. Au milieu de ses œuvres consacrées à la religion, une revue d’un autre genre s’est faite sa place : e-Chip, spécialisée dans les technologies de l’information (TI). En 2004, la revue accorde à notre précurseur le titre de «Chevalier des technologies de l’information».

Mais Rome ne s’est pas faite en un jour, et cet apprentissage demande patience et sagesse : avec le temps, Chau Hac acquiert plus de connaissances notamment en programmation.

À An Giang, il devient un pionnier dans l’exploitation du font khmer à l’aide de documents Word. En 2003, à l’occasion de la mise en place d’ordinateurs à l’école-internat d’An Giang, le bonze supérieur a été invité à installer le fonds khmer et apprendre aux élèves à le taper.

Dans la pagode Tuk Phôs, tout le monde s’y est mis et une classe a été ouverte avec la participation de la plupart des bonzes. Dans un premier temps, il y avait seulement cinq ordinateurs. Beaucoup de bonzes ont mis à jour rapidement leurs connaissances dans ce nouveau domaine. Après un temps court d’apprentissage, ces religieux en robe monacale sont capables de taper bien des documents en khmer (langue ethnique) et vietnamien (langue nationale) et utiliser correctement ces appareils des temps modernes.

L’informatique au secours des sûtras

Le vent de l’ère numérique se répand comme une traînée de poudre. Les bonzes d’autres pagodes dans et hors de la commune, se déplacent à Tuk Phôs pour découvrir l’heureuse technologie. La classe s’agrandit en 2011, et est équipée de 12 ordinateurs pour une quarantaine d’élèves. Chaque jour, trois séances sont programmées : de 07h00 à 09h30, de 14h00 à 16h30 et de 19h30 à 22h00. Le tout, sous l’œil bienveillant du bonze Chau Hac : «Outre des connaissances sur hardware et software, les élèves sont capables de trouver les erreurs de l’ordinateur pour les réparer. Je souhaite qu’ils acquièrent des connaissances solides pour pouvoir pratiquer correctement leur métier».

Le bonze Chau Hac est en train de réaliser son rêve : la traduction d’anciens livres liturgiques bouddhistes en documents au format Word pour les préserver. «Les sources des anciennes leçons liturgiques bouddhistes des Khmers, en particulier celles écrites sur des feuilles buông (nom scientifique : corypha lecomtei beec) sont datées de centaines d’années. Grâce à l’informatique, nous pourrons préserver et propager ces écrits plus facilement. Nous créerons un site web pour leur transmission aux générations futures».

Le moine est le seul à s’être attelé à ce projet de grande ampleur. D’après Chau Hac, une fois le site web mis en service, tous les anciens documents liturgiques seront mis à jour. Les bonzes de la pagode Tuk Phôs les collectent et les traduisent pour préparer la page web. La preuve que les voies du numériques n’ont pas de limites.


Quê Anh/CVN

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