16/07/2021 16:25
Le bilan des violences en Afrique du Sud s'est alourdi jeudi à 117 morts, alors que Johannesburg, la plus grande ville du pays, retrouvait un calme relatif après le déploiement de soldats et commençait à déblayer les gravats des destructions.
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Des soldats sud-africains à l'entrée d'un centre commercial de Vosloorus, dans la banlieue de Johannesburg, le 14 juillet.
Photo : AFP/VNA/CVN

La mégalopole est "largement calme", a affirmé la ministre de la présidence Khumbudzo Ntshavheni, attribuant la diminution du nombre d'incidents au déploiement de soldats en renfort de la police.

Au total 117 personnes ont été tuées, dont 91 dans la province du Kwazulu-Natal (Est) où les violences ont commencé il y a six jours.

Quelque 2.203 personnes ont été interpelées. La police enquête sur 12 personnes soupçonnées d'être derrière le déchaînement de violence de ces derniers jours. "L'une d'entre elle a déjà été arrêtée et la surveillance a été accrue sur les 11 autres", a déclaré Mme Ntshavheni, dénonçant "un sabotage économique".

Les premiers incidents ont éclaté la semaine dernière au lendemain de l'incarcération de l'ex-président Jacob Zuma, condamné à 15 mois de prison ferme pour outrage à la justice. Ils se sont étendus sur fond de chômage endémique et de nouvelles restrictions anti-COVID.

À plusieurs endroits, des Sud-Africains parfois armés ont décidé de faire justice eux-mêmes contres les pillards, au risque d'augmenter les violences.

"Tensions raciales"

Plus tôt dans la journée, le ministre de la Police avait confirmé qu'il y a eu 20 morts à Phoenix, un township près de Durban (Est) où des membres de la communauté indienne s'en sont pris à des pillards présumés. Et affirmait que la situation y restait tendue.

Bheki Cele avait noté la veille que des "tensions raciales ont entaché ces troubles" à Phoenix, liés à des groupes cherchant à "protéger leur quartier des pillards".

Deux policiers s'efforçent de disperser des pillards à Vosloorus, le 14 juillet.
Photo : AFP/VNA/CVN

Des vidéos d'une violence inouïe circulent sur les réseaux sociaux, repérés notamment via le mot-dièse #PhoenixMassacre. Elles montrent des hommes d'origine indienne battre brutalement des jeunes hommes noirs à terre.

Ailleurs, comme dans le township de Vosloorus, au sud de Johannesburg, d'autres se substituent aux forces de l'ordre, passant à tabac des présumés pillards avant d'en remettre certains, menottés, aux forces de l'ordre, selon une équipe de l'AFP sur place.

La ministre Khumbudzo Ntshavheni a appelé à "ne pas prendre la loi à son compte". "Certains brandissent des armes à feu, en réponse apparente aux incidents. S'ils ont le droit de protéger leur propriété, leur vie, leur quartier", ils doivent s'assurer de ne pas agir "en désaccord avec la loi".

De nombreux Sud-Africains, ne comptant que sur eux-mêmes, ont également commencé à déblayer et réparer. La présidence sud-africaine a twitté jeudi 15 juillet ses remerciements à "ceux qui s'engagent dans les opérations de nettoyage".

Dans le centre de Johannesburg, beaucoup de magasins sont fermés. Des rues restent bloquées par des barricades calcinées.

L'armée pour pacifier

"Le plus terrible, c'est que de nombreux commerçants ne sont pas assurés, il ne peuvent espérer aucun dédommagement", souligne auprès de l'AFP Michael Sun, politique dans l'opposition municipale.

L'armée va multiplier ses effectifs sur le terrain, pour stabiliser Johannesburg et pacifier les zones plus tendues, notamment les grandes villes du Kwazulu-Natal, le port de Durban et sa capitale Pietermaritzburg.

Le président Cyril Ramaphosa avait autorisé lundi 12 juillet le déploiement de 2.500 soldats, doublés deux jours plus tard. La ministre de la Défense a dit souhaiter jusqu'à 25.000 soldats pour faire face à l'urgence.

"Tous les réservistes doivent se présenter à l'aube" jeudi 15 juillet "dans leurs unités respectives", leur avait annoncé la veille le chef de l'armée.

Sur le terrain, ces annonces sont reçues avec soulagement.

"Les militaires c'est une bonne chose, car chez nous, les gens ont bien plus peur d'un soldat que d'un policier", explique Musa Mbele-Radebe, 30 ans, parmi les centaines qui déblaient le Centre commercial ravagé de Jabulani (réjouis-toi en zoulou) à Soweto.

Mais selon la Société de conseil en risques Pangea-Risk, "il est peu probable que la situation sécuritaire au KwaZulu-Natal soit maîtrisée dans les jours à venir".
 
 AFP/VNA/CVN 
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