03/02/2020 10:46
À l’occasion du 90e anniversaire de la création du Parti communiste du Vietnam, Jean-Pierre Archambault, secrétaire général de l’Association d’amitié franco-vietnamienne, a accordé une interview à la correspondante de l’Agence Vietnamienne d’Information en France.
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>>Diverses activités célébrant les 90 ans du Parti communiste du Vietnam

Jean-Pierre Archambault, secrétaire général de l’Association d’amitié franco-vietnamienne (AAFV). 
Photo : Linh Huong/CVN

Quel est le contexte historique de la fondation du Parti communiste du Vietnam ?

La création du Parti communiste du Vietnam (PCV) en 1930, à Hong Kong, a réalisé l’unification des différents groupes communistes qui existaient à l’époque. C’est l’œuvre de Hô Chi Minh, de son influence personnelle et de son autorité reconnue de tous. Lui seul était en mesure de l’obtenir.

C’était le temps de la colonisation française, de l’oppression barbare et de la répression féroce des colonialistes. La nation vietnamienne était placée devant une tâche historique à accomplir : conquérir son indépendance et sa liberté. Et le PCV est la force politique qui, dirigeant la lutte révolutionnaire du peuple, accomplira ce devoir. C’est son honneur pour toujours.

Pour Hô Chi Minh, révolution anticoloniale et révolution communiste constituent un processus unique. En juin 1919, alors en France, il adresse aux grandes puissances capitalistes réunies à Versailles les Revendications du peuple annamite en la circonstance des libertés élémentaires et de simples droits à une existence humaine : amnistie en faveur de condamnés politiques, justice égale pour tous, liberté de la presse et d’opinion, d’association et de réunion, accès à l’instruction, etc. Mais ces revendications sont en elles-mêmes une accusation écrasante du système colonial. Aucune délégation ne daignera y répondre. Hô Chi Minh comprend que ce régime est inamendable. Il en tire la conclusion que les nations opprimées doivent d’abord compter sur leurs propres forces. Il prend connaissance des thèses de Lénine sur les questions nationales et coloniales. Avec Marcel Cachin et Paul Vaillant-Couturier, révolutionnaires français, il se rend compte que la IIIe internationale et les thèses de Lénine correspondent à ses aspirations les plus profondes. Il lit Lénine et Marx. Il devient communiste. Délégué au Congrès de Tours en 1920, il est l’un des fondateurs du Parti communiste français, plus sûr allié des colonisés avec l’Internationale communiste.

Votre vision sur les contributions du PCV aux mouvements révolutionnaires du Vietnam et dans le monde ?

Le Vietnam, sous la direction de son Parti communiste et dans une politique de large rassemblement de tous les patriotes, va remporter deux victoires historiques qui vont marquer profondément le XXe siècle.

En 1941, le Viêt-minh (Front de l’indépendance du Vietnam) est créé. Hô Chi Minh déclare l’indépendance le 2 septembre 1945 à la place Ba Dinh à Hanoï. La guerre d’Indochine contre le colonialisme français se terminera à Diên Biên Phu (Nord du Vietnam), la seule victoire militaire d’un peuple colonisé sur le colonisateur. Ferhat Abbas, président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), en dira que ce fut "le Valmy des peuples colonisés" (bataille de Valmy, 20 septembre 1792, la première victoire décisive de l’Armée française sur les Prussiens, essayant de marcher sur Paris, pendant les guerres de la révolution ayant suivi le renversement de la monarchie des Bourbons).

Mais les Accords de Genève (juillet 1954) ne seront pas appliqués. Il faudra encore pour le peuple vietnamien 21 ans d’une lutte héroïque et victorieuse contre les agresseurs américains, coupables de crimes de guerre et contre l’humanité, et au prix de souffrances inouïes, pour qu’enfin le pays soit réunifié et l’indépendance nationale totale.

Le Vietnam a été dévasté par les deux guerres. Mais avec la politique du Renouveau initiée il y a une trentaine d’années, il a accompli des progrès. Qu’en pensez-vous ?

Effectivement, il faut absolument bien avoir à l’esprit qu’en 1975, le Vietnam était le pays le plus pauvre au monde, complètement dévasté après 30 ans de guerre, avec des millions de morts, des millions de victimes de l’agent orange/dioxine (une quarantaine d’années après la réunification du pays en 1975, ce défoliant tue encore, on en est à la 4e génération de victimes), un écocide.

Les chiffres sont effrayants. Au Nord, 28 capitales provinciales avaient été bombardées ; 3.000 écoles, 500 hôpitaux, des dizaines de milliers d’habitations, d’édifices divers détruits, totalement ou partiellement. Au Sud, les campagnes avaient énormément souffert : napalm, dioxine, bombes...

Et les conflits n’allaient pas être finis avec les guerres de défense des frontières Nord et Sud-Ouest, puis la lutte contre le génocide khmer rouge pour la libération du Cambodge. Et il y eut l’embargo des États-Unis et des pays occidentaux jusqu’en 1994.

À partir de 1986, le Dôi moi (Renouveau) va enclencher un développement et des progrès remarquables, et ce dans les conditions particulièrement difficiles que l’on vient de rappeler et malgré ces difficultés. Quelques chiffres qui en attestent.

La grande pauvreté a significativement reculé. Elle touchait 58% de la population en 1993, contre 5% en 2015. Le revenu par habitant et par an était de 2.300 USD en 2017, multiplié par 11 par rapport à 1986.

En 2010, le Vietnam a quitté le groupe des pays les plus défavorisés pour intégrer celui des pays à revenu intermédiaire (2.100 USD par habitant et par an). En 2017, le taux de chômage était de 2,5%.

Le Vietnam affiche une croissance de 6% à 7% depuis une dizaine d’années.                                                                                                   Photo : VNA/CVN

Le Vietnam affiche une croissance de 6% à 7% depuis une dizaine d’années. Avec 7,03% en 2019, il devrait redevenir l’économie la plus dynamique d’Asie du Sud-Est. Ce taux impressionnant résulte des perspectives optimistes de l’industrie manufacturière et de la bonne croissance du secteur des services (essor de la consommation intérieure et du tourisme). L’inflation est en baisse. Le pays vise 300 milliards d’USD d’exportations en 2020. Étant une destination d’investissement prometteuse, il a attiré en 2019 un volume record de capitaux étrangers.

Tous ces résultats permettent bien d’affirmer sans conteste que le Vietnam, dans des conditions particulièrement difficiles, a accompli des progrès remarquables.

Cela étant, il y a des défis à relever. Aller vers un développement "durable" au sens où le rendement de la production et la compétitivité des entreprises seront améliorés car ils restent actuellement modestes, cela suppose de poursuivre les efforts de formation, notamment professionnelle. Le développement est inégal entre les villes et les campagnes, confrontées à des problèmes d’eau potable, de sécurité alimentaire, de pesticides et de déchets (sacs plastiques le long des routes par exemple). Faire bénéficier pleinement toute la population de la politique du Renouveau. Autres défis : fléaux sociaux (corruption, inégalités entre riches et pauvres), changement climatique, montée du niveau de la mer, salinisation des eaux du Mékong.

Et une intégration réussie dans la communauté internationale ?

Colonisation, guerre, embargo occidental : en découlait une forte volonté politique du Vietnam d’intégrer pleinement la communauté internationale, volonté qui effectivement a réussi.

Résultat particulièrement significatif de ce point de vue, lors de la 73e Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU), le Vietnam a été élu membre non permanent du Conseil de sécurité, mandature 2020-2021, avec un nombre record de voix (192 sur 193). Cette élection à la quasi-unanimité illustre le nouveau positionnement international du pays, conforté par ses acquis d’une trentaine d’années de réforme et d’ouverture, ainsi que la confiance manifestée par la communauté internationale à l’égard de sa politique extérieure.

Dans un contexte marqué par de nouveaux défis en termes de paix, de sécurité et de développement, il est plus que jamais nécessaire de plaider pour le multilatéralisme, la primauté du droit et la coopération internationale. La présence vietnamienne au sein du Conseil de sécurité est bénéfique pour le pays lui-même dans la mesure où ses actions et ses contributions y aideront certainement à la promotion d’un environnement international de paix, de stabilité et de coopération, gage de croissance partagée et de développement durable. Le Vietnam se joindra évidemment aux efforts communs en matière de prévention et de règlement des conflits par voie de moyens pacifiques et dans le respect du droit international.

Le Vietnam commerce avec plus de 200 pays et territoires, et sa balance commerciale est excédentaire. Il a signé des partenariats stratégiques avec une trentaine de pays dont la France. Il est l’un des rares pays à en avoir signé avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Jouant un rôle actif dans l’ASEAN, le Vietnam est l’une des économies les plus dynamiques de la région, elle-même force motrice principale pour l’économie du monde.

Les Assises de la coopération décentralisée avec la France ont lieu tous les trois ans. Une entrée réussie dans les organismes internationaux même s’il est difficile de négocier avec les États-Unis, comme ce fut le cas pour intégrer l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le Vietnam a reçu bon nombre d’aides des amis et partenaires étrangers, dont votre Association d’amitié franco-vietnamienne (AAFV). Pourriez-vous préciser des initiatives de coopération avec  la communauté vietnamienne et des projets visant au renforcement des relations bilatérales ?

Une vieille histoire, l’AAFV ayant été créée en 1961. Soutien au peuple vietnamien pendant la guerre américaine puis lors de l’embargo. Solidarité avec les victimes de l’agent orange/dioxine et les populations pauvres. Actions pour une meilleure connaissance du Vietnam en France et le développement des relations entre nos deux pays. Des exemples…

Le colloque "France - Vietnam : une nouvelle dynamique de coopération", coorganisé le 18 novembre 2016 au Sénat par l’AAFV et l’ambassade du Vietnam, avec le soutien du Groupe d’amitié France - Vietnam du Sénat.

2018 a été l’année du 45e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et le Vietnam, suite aux Accords de Paris prélude à la paix, à l’indépendance totale et à la réunification du Vietnam, un acte historique majeur. Parmi les initiatives cette année-là, une exposition et une table ronde organisées à la Mairie du 5e arrondissement de Paris par l’AAFV, l’Union générale des Vietnamiens de France (UGVF) et le Foyer Vietnam.

L’AAFV propose régulièrement avec l’UGVF des conférences culturelles, historiques et politiques.

Lors de sa visite d’État en France les 26 et 27 mars 2018, Nguyên Phu Trong, secrétaire général du PCV, a invité l’AAFV à le rencontrer. De même, lors de sa visite officielle en France du 30 mars au 3 avril 2019, Nguyên Thi Kim Ngân, présidente de l’Assemblée nationale du Vietnam, nous a aussi invités à la rencontrer. Ce fut aussi le cas de Trân Quôc Vuong, membre du politburo et permanent du secrétariat du PCV, en visite officielle en France du 25 au 29 octobre 2019.

La Vietnamienne Trân Tô Nga a intenté un procès à 18 firmes américaines, dont Monsanto, ayant fourni l’agent orange à l’Armée américaine pendant la guerre du Vietnam (1954-1975). Pour elle et pour toutes les victimes vietnamiennes pour qu’enfin justice leur soit rendue. En mai 2017, un comité de soutien à Trân Tô Nga dans son procès a été créé, à l’initiative notamment de l’UGVF, de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) du Village de l’amitié de Vân Canh, du Collectif Vietnam-Dioxine et de l’AAFV.

Dans la période qui vient, les initiatives ne vont pas manquer. Ainsi le comité de soutien organisera-t-il le 22 février cette année "8 heures pour les victimes de l’agent orange avec Trân Tô Nga et Watermelon Slim", chanteur de blues internationalement connu, vétéran de la guerre du Vietnam et victime de l’agent orange, qui a toujours soutenu toutes ces victimes. Et, comme en 2019, le comité de soutien de Trân Tô Nga participera à l’organisation de la marche contre Monsanto-Bayer qui aura lieu le 16 mai 2020.

Est en projet, organisée par l’ambassade du Vietnam et l’AAFV, une journée des Associations d’amitié et de solidarité avec le Vietnam, dans la ville de Malakoff, avec pour thème "Vietnam : réchauffement climatique, environnement, coopération et solidarité". En 2015 à Montreuil, une journée analogue avait réuni plus d’une soixantaine d’associations.

Et plein d’autres initiatives !

Propos recueillis par Linh Huong/CVN

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