15/03/2019 08:49
Les autorités américaines ont résisté jusqu'à la dernière minute avant de clouer au sol à leur tour le 737 MAX, une résistance qui pourrait s'expliquer par les liens étroits avec Boeing et sa puissante machine à lobbying.
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Un Boeing 737 MAX de la compagnie American Airlines sur le tarmarc de l'aéroport de LaGuardia, le 13 mars à New York.
Photo: AFP/VNA/CVN

"La sécurité des Américains, et de tous les passagers, est notre priorité absolue", s'est finalement résolu à prononcer Donald Trump, quatre jours après l'écrasement d'un 737 MAX 8 d'Ethiopian Airlines ayant fait 157 morts au sud-est d'Addis-Abeba.

Pourquoi avoir laissé le leadership sur une crise d'une telle ampleur aux Chinois et avoir tant attendu, alors que des syndicats de personnels navigants, d'éminents parlementaires de son propre camp et des passagers paniqués réclamaient des mesures?

"Parce que la FAA (l'agence américaine de l'aviation, NDLR) et Boeing ont des relations trop étroites", estime Jim Hall, ancien président du NTSB, l'autre régulateur aérien du pays.

Le fait que ce soit M. Trump et non la FAA qui ait annoncé l'immobilisation du 737 MAX est, selon lui, la preuve, de ces relations "incestueuses" du gouvernement fédéral avec Boeing, qualifié d'"entreprise emblématique" en 2015 par Barack Obama.

Une commission parlementaire présidée par un démocrate a promis d'examiner "le processus de prise de décision de la FAA", qui fonctionne "en toute indépendance", a assuré mercredi 13 mars son patron par intérim.

Le régulateur installé chez Boeing 

Il reste que la FAA dispose de bureaux dans les usines Boeing, notamment à Renton, dans l'État de Washington, où est assemblé le 737 MAX, et en Caroline du Sud, fief du long courrier 787 Dreamliner, selon des sources concordantes.

Ali Bahrami, le patron de la FAA depuis juillet 2017 pour la sécurité de l'aviation civile, a longtemps eu des rapports avec Boeing quand il était en charge de la certification de leurs 787 et 747-8.

Confronté à des coupes budgétaires, le régulateur a changé il y a une dizaine d'années ses procédures de certification d'avions et des pilotes, décidant de déléguer cette fonction importante à des experts externes.

Cette nouvelle procédure permet à des constructeurs aéronautiques comme Boeing de désigner leurs propres employés pour aider à l'approbation, affirment plusieurs sources industrielles.

Ce processus a été critiqué par un rapport du ministère des Transports en 2011, selon le New York Times.

"Comment la FAA a autorisé Boeing à faire voler un avion (le 737 MAX) équipé d'un système antidécrochage auquel de nombreux pilotes n'étaient pas formés", interroge pour sa part John Samuelsen, président du syndicat de pilotes TWU.

Trump, Pelosi et Clinton 

Boeing a toujours courtisé les présidents américains. L'entreprise a par exemple fait une contribution d'un million de dollars aux comités d'investiture de Barack Obama et de Donald Trump.

L'usine Boeing où est assemblé le 737 MAX, le 12 mars à Renton, dans l'État de Washington.
Photo: AFP/VNA/CVN

Le Pdg Dennis Muilenburg a noué une amitié avec le milliardaire républicain, à qui il a rendu visite dans sa résidence de Mar-a-lago (Floride) après la menace du président de retirer à Boeing la fabrication d'Air Force One, l'avion présidentiel, dont il jugeait le prix exorbitant.

Il a également téléphoné au locataire de la Maison Blanche mardi 12 mars pour retarder l'immobilisation du 737 MAX, a indiqué une source proche.

"Que Dieu bénisse Boeing!", avait lancé le milliardaire, lors d'une visite d'une usine de l'entreprise en février 2017 en Caroline du Sud.

D'anciens dirigeants du constructeur aéronautique ont rejoint l'administration Trump, à l'instar de Patrick Shanahan, le ministre de la Défense intérimaire, qui a fait quasiment toute sa carrière chez Boeing, où il était responsable des opérations et de la chaîne logistique.

Boeing est également l'un des principaux fournisseurs du Pentagone et bénéficie de ses nouveaux contrats: l'armée de l'air vient d'octroyer à Boeing un contrat évalué à 14 milliards de dollars pour des chasseurs F-15EX.

Tim Keating, le "Monsieur Lobby" du groupe, a travaillé pour le président Bill Clinton (1993-2001) et dirige une équipe d'environ 12 personnes ayant dépensé 15,1 millions de dollars dans des opérations de lobbying l'an dernier, selon le Center for Responsive Politics, organisation spécialisée dans le financement électoral.

En 2018 toujours, Boeing a versé 2,15 millions de dollars aux élus des deux grands partis (démocrate et républicain) pour financer leurs campagnes, dont Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants.

"Cela fait partie de la politique de Boeing (...) quand il estime que de telles contributions servent ses intérêts et ceux de ses actionnaires", se défend le groupe.
 
AFP/VNA/CVN
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