13/03/2021 17:15
Il n'était pas favori, il inquiète les ONG de défense de l'environnement, mais l'Australien Mathias Cormann va devenir le nouveau secrétaire général de l'OCDE, qui entend peser dans une région Asie-Pacifique dominée par la Chine.
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Mathias Cormann, ancien ministre australien des Finances, va prendra ses fonctions le 1er juin.
Photo : AFP/VNA/CVN

L'ancien ministre des Finances australien, 50 ans, a été élu vendredi 12 mars "à une courte majorité" par les ambassadeurs des 37 États membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), s'imposant face à la Suédoise Cécilia Malmström, ancienne commissaire européenne au Commerce, selon des sources proches interrogées par l'AFP. "C'est une immense déception (...). C'est peu dire que nous n'avons pas confiance dans sa capacité à conduire l'OCDE pour qu'elle affronte la crise climatique", a réagi l'ONG Greenpeace sur Twitter.

Le vote doit être validé formellement mardi 16 mars par le Conseil, l'organe directeur de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Le nouveau secrétaire général succédera au Mexicain Angel Gurria, qui a enchaîné trois mandats de cinq ans, et prendra ses fonctions le 1er juin.  La lutte contre le changement climatique, en particulier au moyen de la fiscalité, sera au coeur de son mandat à la tête de ce "club des riches" - les membres de l'OCDE pèsent 60% du PIB mondial - qui s'est ouvert ces dernières années sur l'Amérique latine mais ne compte encore que quatre pays d'Asie et Océanie : la République de Corée, le Japon, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Fondée en 1948 pour administrer le plan Marshall pour la reconstruction de l'Europe, financé par les États-Unis, l'OCDE a réussi sous le mandat d'Angel Gurria à faire reculer les paradis fiscaux et le secret bancaire, et conduit actuellement de vastes négociations pour réformer la fiscalité des multinationales. Dix candidats étaient sur la ligne de départ il y a six mois, dont deux anciennes commissaires européennes et un proche de l'ancien président Donald Trump, qui a jeté l'éponge après la défaite de ce dernier.

"Il s'agit de la nomination d'un candidat australien au plus haut poste d'un organisme international depuis des décennies", s'est félicité dans un communiqué le Premier ministre australien Scott Morrison. "Au moment où l'économie mondiale se remet du COVID-19, le rôle de l'OCDE dans la politique économique, fiscale et climatique internationale sera plus décisive que jamais", a-t-il souligné.

Des "gages" sur l'environnement

Mathias Cormann partait avec un lourd handicap : un bilan jugé peu flatteur sur l'environnement. Sans attendre l'élection, plusieurs ONG de protection de l'environnement avaient exprimé leur "grande préoccupation" quant à l'éventualité de sa nomination. Dans un communiqué vendredi, l'intéressé a réaffirmé sa détermination à "encourager et promouvoir une action ambitieuse et efficace à l'échelle mondiale en matière de changement climatique afin de parvenir à zéro émission nette dans le monde d'ici 2050".

Ce fervent défenseur des bienfaits du libre-échange, né en Belgique, y plaide également pour "finaliser une approche multilatérale de la fiscalité du numérique". Il défend l'idée de "saisir les opportunités et mieux gérer les risques dans l'économie numérique" et de "promouvoir des politiques basées sur le marché et un ordre international fondé sur des règles".

Sur la question climatique, les ONG ont rappelé qu'il avait estimé l'an passé que l'objectif de neutralité carbone était "téméraire et irresponsable" et qu'il avait approuvé, en tant que ministre des Finances, un projet gazier de nature à fortement augmenter les émissions annuelles de gaz à effet de serre de l'Australie. Toutefois, soutenu notamment par les États-Unis, il a su "donner des gages en matière environnementale", a indiqué une source haut placée dans l'organisation. "De toute façon il n'a pas le choix, car l'OCDE doit se positionner sur le changement climatique."

Le choix de Mathias Cormann s'explique aussi "par le fait que l'OCDE a besoin d'être projetée dans l'espace Pacifique qui est la région la plus dynamique du monde avec les problématiques géopolitiques les plus structurantes". Et où la Chine pèse d'un poids écrasant. La politique volontariste de l'Australie face aux mastodontes technologiques américains, au moment où l'OCDE tente d'accoucher d'une réforme de la fiscalité du secteur numérique, aurait aussi pesé en faveur de l'élection de son candidat. Lequel a également, de même source, bénéficié d'un manque de consensus, y compris entre Européens, autour de la candidature de Cécilia Malmström.

AFP/VNA/CVN


 

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