10/05/2022 19:27
Ces jours-ci, les locaux et les touristes de Nice peuvent non seulement profiter du ciel bleu, de la mer émeraude et du soleil brillant, mais aussi contempler des peintures, sculptures, objets et documents de Hàm Nghi, un empereur vietnamien capturé par les colonialistes français et exilé en Algérie à l’âge de 18 ans. Intitulée "L’Art en exil - Hàm Nghi, prince d’Annam (1871-1944)", cette exposition inédite invite les visiteurs à en apprendre plus sur la vie et l’art d’un empereur vietnamien méconnu du grand public.
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Une photo de l’empereur Hàm Nghi quand il vivait à Alger (Algérie).
Des pastels et peintures à l'huile dans un style impressionniste, des sculptures en bois ou en bronze, des objets, photos et images associées à sa vie en exil, son passeport, son certificat de mariage et même les vêtements qu'il portait de son vivant... environ 150 œuvres d’art, objets et documents de l’empereur Hàm Nghi sont présentés dans l'exposition intitulée "L’Art en exil - Hàm Nghi, prince d’Annam (1871-1944)" qui se déroule au Musée des arts asiatiques de Nice, dans le Sud de la France.

L'exposition est le fruit de 10 ans de recherche d’Amandine Dabat, arrière-arrière-petite-fille, descendante de 5e génération de l’empereur Hàm Nghi. Constatant que les documents historiques, les œuvres et l'héritage laissés par son arrière-arrière-grand-père ont non seulement une signification historique, mais aussi une valeur artistique, Amandine Dabat a fait une thèse de doctorat sur la vie en exil de Hàm Nghi et sur ses œuvres d’art. Elle est également l'auteur du livre Ham Nghi - Empereur en exil, artiste à Alger, publié en 2019 en France.

C’est la première exposition sur l’empereur Hàm Nghi depuis sa mort en 1944. Sa dernière exposition a eu lieu de son vivant c’était il y a quasiment un siècle, en 1926. "Nous voulons organiser cette exposition pour présenter l’œuvre de Hàm Nghi au monde, au Français et Vietnamiens, et le faire connaitre en tant qu’artiste puisque toute sa vie a été considéré comme un empereur anti-français par les Français. Alors qu’en réalité, il ne s’intéressait plus du tout à la politique et il était devenu un artiste peintre, un sculpteur qui avait travaillé avec des très grands artistes comme Auguste Rodin", a-t-elle confié. Pour réaliser cette exposition, Amandine Dabat a réuni des œuvres prêtées à la fois des musées Guimet, Cernuschi et Rodin de Paris et celles venant des collections personnelles des descendants de Hàm Nghi et de ses amis.

Pour Adrien Bossard, administrateur du Musée des arts asiatiques à Nice, l’exposition offre au public une autre vision de l'Asie. "Le sujet est touchant parce qu’il présente une figure impériale du Vietnam, liée notamment à l’Indochine, à la colonisation, des faits très présents dans l’esprit des gens", a-t-il insisté. Le responsable du musé a déclaré être "satisfait" du nombre de visiteurs, quelque 8.000 visiteurs sont venus depuis son ouverture, il y a un mois et demi, et il prévoit d'en accueillir environ 25.000 au terme de l’exposition fin juin.

Mme Amandine Dabat, la cinquième génération descendante l’empereur Hàm Nghi, qui a organisé l'exposition.

Françoise Cole, une visiteuse venant dans ce musée pour la première fois, a déclaré que cette exposition est une "découverte intéressante" qui lui donne d’occasion de voir d’innombrables objets de valeurs d'un empereur vietnamien ainsi que ses peintures et sculptures uniques.

Pour son amie Véronique, l'exposition lui donne l’impression d’un personnage "très intériorisé". "Ses peintures décrivent surtout des paysages, montrant son amour pour la nature. C’est une personne intime et familiale". C'est ce qu’elle ressent en visitant cette exposition.

Recherche de la liberté dans les arts

Hàm Nghi (1871 - 1944), de son vrai nom Nguyên Phuc Ung Lich, fut le 8e empereur de la dynastie Nguyên mais ne régna qu’un an (1884 - 1885). Après avoir agité le drapeau du soulèvement de Cân Vuong contre l'établissement du protectorat français en Indochine, il a été capturé et exilé par les colonialistes français vers la capitale algérienne d'Alger en 1888. À cette époque, il n'avait que 18 ans.

Un coin de l'exposition "L'Art en exil - Hàm Nghi, prince d'Annam (1871-1944)", à Nice.

Au cours de son exil à Alger, l’empereur Hàm Nghi trouva le bonheur et la liberté dans la littérature, la photographie et surtout dans la peinture et la sculpture auprès de peintres et de maîtres sculpteurs français de renom tels que Marius Reynaud et Auguste Rodin. C'est pourquoi ses œuvres, peintures ou sculptures sont fortement influencées par l’impressionnisme et le postimpressionnisme européen. Elles représentent essentiellement la nature et des portraits.

En 1904, l’empereur Hàm Nghi épouse Marcelle Laloe (1884 - 1974). Les deux ont eu trois enfants ensemble : la princesse Nhu Mai (1905 - 1999), la princesse Nhu Ly (1908 - 2005) et le prince Minh Duc (1910 - 1990).

Amandine Dabat est arrière-petite-fille de la princesse Nhu Ly et descendante de 5e génération de l’empereur Hàm Nghi. Elle est titulaire d'un doctorat en histoire de l'art (Université de la Sorbonne), d'une maîtrise d'études vietnamiennes (Université Paris-Diderot) et est membre du Centre Asie du Sud-Est de l'EHESS. En 2015, Amandine Dabat a soutenu avec succès sa thèse de doctorat à l'Institut national d'Histoire de l'Art (Paris) sur un sujet lié à l’empereur Hàm Nghi. Récemment, son livre intitulé Ham Nghi (1871-1944), Empereur en exil, artiste à Alger a reçu le prix littéraire de la Fondation Del Duca.
 
Texte et photos : Thu Ha NGUYEN/CVN

 
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