21/09/2016 09:29
Au Vietnam, quand ça mouille, ça mouille ! Mais quand le soleil reprend ses droits, on regrette que ça ne mouille plus, au point de se mettre la tête dans l’eau... jusqu’à plus soif.

Après les violents orages des derniers jours, l’azur a repris ses droits. Et selon le principe physique qui veut que rien ne se crée, tout se transforme, sous l’effet de la canicule retrouvée, l’eau que les cieux nous ont si généreusement dispensée se répand en une sournoise humidité.

La ville n’est plus qu’un immense sauna où la moiteur règne en maîtresse absolue. Les corps exsudent à ne rien faire, et le moindre effort tâche de suer les vêtements. Les fronts dégoulinent, les mains poissent, les peaux suintent. Le linge peine à sécher malgré les rayons ardents du soleil. Les feuilles de papier pour ma photocopieuse deviennent serpillières et le papier hygiénique atteint le stade de l’éponge. Tout se ramollit, tend à revenir à l’état originel d’une matière informe de laquelle renaîtra peut-être une nouvelle vie… Mais pour l’heure trop, c’est trop ! Quitte à être humide, autant être trempé.

 

Rien de tel qu’un bon bain pour se revigorer.


De quoi être en nage

Voilà pour quoi je me trouve sur le chemin de la piscine. Si Hanoï compte de nombreux lacs, pour des raisons esthétiques et sanitaires, nous ne sommes pas autorisés à y faire trempette. Par contre, la capitale peut s’enorgueillir d’un parc de piscines impressionnant. En comptant les piscines d’hôtels ouvertes aux visiteurs, les parcs nautiques et les piscines municipales, ce sont près d’une quinzaine de bassins qui s’offrent à la joie des nageurs, débutants ou confirmés.

Pour l’heure, c’est à l’entrée d’une piscine municipale, cachée dans un petit parc, à côté du lac de l’Ouest, que je pénètre avec ma famille-tribu. À peine les billets en mains, la troupe se scinde en deux : les baigneurs qui se précipitent dans les vestiaires pour se mettre en tenue, et les non baigneurs, ou plutôt le non baigneur, votre serviteur, qui se précipite sur deux ou trois chaises en plastique qui traînent au bord du bassin pour se constituer une tour de garde, d’observation et de poste de secours.

La tour de garde, c’est pour avoir à l’œil les petites corbeilles de plastique débordantes de sacs et effets civils dont les baigneurs se sont délestés lors de leur passage au vestiaire. Car ici, pas de consignes, avec ces bracelets clefs que l’on garde au poignet, qui s’entortillent à longueur de longueurs et qui finissent en garrot que l’on est obligé de cisailler pour récupérer
ses affaires et sa circulation sanguine ! 

 

Une baingoire, ou une pataugeoire ?


Les corbeilles s’entassent sur une chaise, tandis que l’autre hérite d’un sac gesticulant duquel émerge la tête du bébé chihuahua, dont ma fille s’est entichée depuis un mois. Sa mère ayant rejeté le chiot, la procédure d’adoption a eu lieu en un tour de main : celui qui a été nécessaire pour s’emparer de l’abandonné qui gémissait dans son coin. Après accord scellé entre l’ex-propriétaire et le nouveau, un nouveau membre a intégré mon domicile. Je ne désespère pas d’ouvrir un parc animalier dans ma rue ! En attendant cette inauguration, pas question pour ma fille de sortir sans sa bestiole, même à la piscine. J’avoue avoir été inquiet au moment d’entrer dans l’établissement, mais à ma grande surprise, les deux oreilles pointues et le museau chafouin n’ont pas semblé interloquer le préposé aux billets, ni les autres utilisateurs du lieu…

Je suis donc installé entre mes deux chaises à sacs, les uns inanimés, l’autre très animé, bien décidé à ne pas perdre une miette de ce qui se passe autour de moi. Car, ici, le spectacle est autant dans le bassin que sur les bords.

De la friture sur l’onde

En effet, ici, pas de chichis ! C’est l’ambiance saucisses frites. À quelques mètres de moi, une jeune fille grille consciencieusement des saucisses snacks, tandis que rissolent des frites dans un gros bouillonnement d’huile. Attention, sensibles du nez s’abstenir ! Le mélange d’odeur de l’eau chlorée du bassin, du graillon de la charcutaille et des relents de friture pourrait provoquer des nausées intempestives.

 

Saucisses-frites en bord de bassin !


En tout cas, mon voisin ne semble pas importuné, puisqu’il croque à pleines dents dans un sandwich de saucisse chili, tout en surveillant d’un œil attentif un garçonnet qui barbote dans le bain des petits. Un peu plus loin, un grand-père aux cheveux blancs sirote une chope de bière, tandis que sa descendance boit la tasse dans le grand bain.

J’aime cette ambiance bon enfant. Ici, pas de nageurs qui s’exercent à enchaîner des traversées de bassin en dos crawlé, en nage papillon, en brasse coulée, ou en crawl rattrapé. Loin de toute considération olympique, on patauge, on flotte, on joue au ludion. C’est de la nage entre deux eaux, pour le plaisir d’être dans le bain.

Les maîtres nageurs, reconnaissables à leurs polos verts, sont avachis au fond de chaises basses, prunelles rivées sur leur écran de téléphone ou de tablette. C’est vous dire le niveau d’alerte et d’inquiétude qui règne en ces lieux. Moi-même, je regarde d’un œil amorphe ma fille qui s’amuse à couler avec une bouée, empruntée à une fillette qui, bon gré mal gré, se sent obligée de couler à sa suite.

 

La couler douce.


Non loin, le petit de 4 ans passe son temps à sauter dans l’eau pour récupérer un vieux seau qui lui sert d’épuisette à poissons imaginaires. À chaque fois, il disparaît sous l’eau, remonté en surface par des brassières salvatrices, crachant et toussant, sans que cela ne perturbe qui que ce soit, et surtout pas lui. D’ailleurs, les mamans respectives, dont les têtes bavardent au milieu du grand bain, n’y prêtent qu’une attention décontractée. Alors, pourquoi s’en faire?

Du coup, je me concentre sur le chien qui s’est échappé du sac, et qui tient absolument à se jeter à l’eau pour sa jeune maîtresse. Tandis que je joue au maître-chien, ma fille vient vers moi et me dégouline dessus en me demandant une saucisse et une portion de frites. La faim serait-elle contagieuse ? En quelques secondes, tout ce qui flottait selon le principe d’Archimède se retrouve autour de la table à friture, et bientôt je suis encadré par des mastications qui prouvent que le bain ouvre l’appétit !

L’après-midi tire à sa fin. Le chien s’est oublié dans son sac, ma fille a oublié de rendre la bouée à la fillette qui est partie, la piscine se vide avant d’être vidée. Il est temps de partir…

Finalement, un vrai bain de Jouvence, cet après-midi, à la piscine !


Texte et photos : Gérard Bonnafont/CVN

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