14/11/2020 11:08
Attaché de coopération pour le français depuis 2018 à Hô Chi Minh-Ville, Christophe Legris a vite trouvé ses marques dans la mégapole et ses provinces voisines. Il s’est rapidement rendu compte que son pays d’adoption est un terrain fertile pour sa grande passion : la photographie.
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La beauté d’une nature sauvage remodelée par l’activité humaine.

Après la parution de son ouvrage sur Sa Pa, Grammaire des hauteurs, et l’exposition photos "Framed", l’artiste explique l’origine de sa passion et raconte son parcours professionnel qui l’a emmené de New York, Kaboul, Bombay à Hô Chi Minh-Ville, dans un entretien qui prend de la… hauteur.

Depuis combien de temps faites-vous de la photo et qu’est-ce qui vous inspire ?

J’ai commencé la photo après le lycée et avant la reprise de mes études à l’université. Ma copine de l’époque était étudiante dans une grande école d’Arts appliqués parisienne et j’en ai profité pour assister aux cours de photographie qu’elle suivait. C’est ainsi que j’ai découvert la photo et les mystères de la chambre noire. J’ai aussi participé à quelques cours de la société française de photographie. En parallèle, je me suis aussi beaucoup intéressé à l’art en général : peinture, sculpture, cinéma et théâtre. J’ai fréquenté assidument les musées. Pour moi, il n’y a rien de mieux qu’un face à face fréquent avec les œuvres d’art. Il est également important d’explorer une œuvre seule, hors des explications de l’exposition. Les musées, avec leurs efforts pour souligner écoles, mouvements et parcours artistiques, gomment souvent la singularité de chaque œuvre.

Le cinéma a aussi été pour moi une belle école de photographie. Paris est une ville magique pour cela : c’est la seule ville au monde où près de 400 films sont projetés par semaine. Quel bonheur, un lundi matin, dans le gris et le froid glacial de l’hiver, de se retrouver dans une petite salle de cinéma devant un Bergman, un Hitchcock ou un John Ford. J’allais aussi beaucoup aux Halles, à la Vidéothèque de Paris, le Netflix de l’époque en quelque sorte.

La prise de vue à l’époque était une discipline exigeante. La photo argentique coûtait cher et il était hors de question de prendre des dizaines de clichés similaires. Il était impossible de vérifier si les réglages et la composition étaient corrects. Il fallait donc investir beaucoup de temps et un peu d’argent, domestiquer cet engin mécanique et former son œil à la composition pour espérer faire des photos plus ou moins réussies.

Mon orientation, c’est sans doute la photographie humaniste, un mouvement photographique français qui réunit des photographes ayant un intérêt pour l’être humain dans sa vie quotidienne. C’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît, surtout avec la photographie argentique. Depuis l’avènement du numérique, la photographie humaniste a perdu de son aura parce que prendre des photos ne relève plus aujourd’hui d’une passion mais d’un réflexe.

Je reste fidèle à la vieille école et je m’attache à cette pratique simple mais exigeante de la photographie ancrée dans le quotidien avec ses petites histoires. Lorsque je travaillais en Afghanistan, j’ai pu sortir un livre de photos qui mettait ainsi en lumière la vie quotidienne des habitants de Kaboul notamment, en tentant de m’éloigner le plus possible de l’exotisme et du sensationnalisme de la guerre et de la misère.

Sa Pa est un paradis pour les randonneurs, les photographes et les Instagrameurs.

Pouvez-vous nous parler de votre expo-photos "Framed" à Hô Chi Minh-Ville ?

"Framed" est un titre difficile à traduire en français puisque qu’il joue sur la polysémie du mot anglais. "Framed", ce sont des clichés argentiques et numériques, où se superposent par un jeu de reflets lors de la prise de vue, avec des miroirs ou des vitrines par exemple, des éléments disparates. Mais "Framed", c’est aussi surprendre et capturer les sujets, personnes de mon entourage ou inconnus à des moments particuliers. Le but est de les emprisonner dans une posture, en quelque sorte.

Une partie de mon travail se tourne vers les paysages mais jamais les paysages pour eux-mêmes seulement, leur beauté n’a pas besoin d’être reproduite, elle se suffit à elle-même. Mes paysages sont toujours marqués, même de manière infime, par la main de l’homme. C’est d’ailleurs dans cette perspective que j’ai réalisé le livre Grammaire des hauteurs que j’ai présenté lors de mon exposition. Je voulais confronter dans chaque cliché, l’activité humaine et les paysages vertigineux de cette région du Nord du Vietnam.

On dit souvent que le Vietnam est un excellent terrain de jeu pour les photographes. Partagez-vous cet avis ?

Le Vietnam est effectivement formidable parce que les couleurs, les lignes et les formes artificielles et naturelles s’allient pratiquement toujours entre elles en une subtile harmonie. Visuellement, il y a une sorte d’omniprésence au Vietnam : l’omniprésence des couleurs rarement tonitruantes mais incessamment présentes, l’omniprésence des détails, avec les boutiques et les rues semblables à des cavernes d’Ali Baba par exemple, et une capacité naturelle des Vietnamiens à s’arrêter et simplement poser, sans artifices, à exister simplement devant l’objectif.

À mes yeux, se pose donc la question de savoir comment photographier le Vietnam ? Quel angle prendre pour montrer autre chose que cette évidente disponibilité esthétique à la photographie ?

Une nature exubérante et des personnages incrustés sur des murs de verdure.

Outre les deux recueils photos, vous avez d’autres projets artistiques n’est-ce pas ?

J’ai écrit un roman il y a une vingtaine d’années ainsi que des pièces de théâtre dont deux ont été interprétées il y a longtemps. Je n’ai jamais encore écrit sur le Vietnam. Je suis pourtant tenté de le faire mais la question reste quand !

À côté de la photographie, je travaille aussi sur le graphisme numérique, sur un projet très pop-culture. Lors de mon expo, j’ai aussi présenté mon ouvrage Popaganda !, un détournement de vignettes de bandes-dessinées américaines rétro. On peut retrouver des extraits de cette collection et l’ensemble des photographies sur mon portfolio en ligne : www.christophe-legris.com.
 
Propos recueillis par Hervé Fayet/CVN
Photos : Christophe Legris/CVN




 
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