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Beaucoup de princesses vietnamiennes ont composé des vers, comme Mai Am (1826-1904), 25e fille du roi Minh Mang (1791-1840), qui exprimait son admiration pour la bravoure des partisans de Cân Giuôc à travers ses poèmes.
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Statue monumentale des partisans de Cân Giuôc dans la province de Long An, au Sud.
Photo : CTV/CVN

La princesse Mai Am fit des vers sur les paysans et les femmes du harem. Mais c’est à l’"Oraison funèbre des partisans de Cân Giuôc" de Nguyên Dinh Chiêu (1822-1888) qu’elle consacra son poème le plus émouvant :

Trois fois mes yeux ont lu ce chant funèbre,
Trois fois mon âme s’est émue,
Tant de force héroïque, de vigueur dans les mots
Ont bouleversé mon cœur.
L’homme du peuple qui sert son roi
Sait mieux haïr son ennemi.
Le lettré amèrement regrette
De ne savoir manier d’armes.
La brume voile les remparts
Envahis par les pirates de l’Ouest.
La lune verse une pâle clarté
Sur les blancs ossements de ces champs de bataille.
Cette oraison funèbre, dans la langue du peuple
Jamais ne périra !
Tant elle empoigne nos cœurs,
Mille fois plus encore,
Que le culte rendu aux morts sans sépulture
Qui seul sèche les pleurs de ces âmes en peine.


Ce poème est loin d’avoir la force et la sublime beauté de l’oraison de Nguyên Dinh Chiêu, mais il vibre d’une sensibilité et d’une émotion vraies.

Nguyên Dinh Chiêu et les partisans de Cân Giuôc

Recueil de poèmes de la princesse Mai Am et sa sœur Huê Phô.
Photo : Archives/CVN
Nguyên Dinh Chiêu, "le poète aveugle du Nam Bô", - cette partie Sud du pays conquis par les Français dès la fin des années 1850 -, avait activement participé à la résistance populaire qui avait éclaté spontanément, malgré l’attitude de compromis et de capitulation de la Cour de Huê. Dans une célèbre oraison funèbre où la langue érudite du lettré s’allie à la force dépouillée du parler populaire, il raconte comment de simples paysans en guenilles, les pieds nus, armés de bambous, livrèrent un violent combat aux troupes d’occupation à Cân Giuôc (ancien district qui fait partie aujourd’hui de Hô Chi Minh-Ville).

Évoquons votre mémoire
Besogneuse et solitaire fut votre vie de labeur,
Souci-misère-pauvreté
Point encore familiers de l’arc et du cheval,
Jamais n’aviez foulé le champ de manœuvre
Refusant l’humiliation, vous ne vous êtes pas esquivés
Ainsi donc vous avez tout fait
Pour attraper le tigre
Ayant aux reins un lambeau de chemise,
Point n’avez attendu une gaine de sabre
Seule dans vos mains la pique de bambou du guérillero,
Vous ne demandiez même pas un couteau ou un casque,
Un brandon de paille, il ne vous en fallait pas davantage
Pour mettre le feu au repaire des hérétiques
Point ne portiez d’épée à la ceinture
Mais une lame bien affûtée
Vous suffit à régler le sort de quelque lieutenant
Nul adjudant ne s’est épuisé à battre le rappel
Les obstacles, vous les avez renversés dans votre marche en avant, ignorant l’ennemi

Les Occidentaux ont eu beau faire face
Tirant de petites balles, tirant de gros obus.
Vous avez enfoncé les portes,
Vous jouant de tous les obstacles
Vous frappiez d’estoc, vous frappiez de taille,
Les mercenaires en perdaient la raison
Vous avanciez, telles les vagues
Aux longs cris sourds, comme écho de tonnerre
Des tableaux d’étain et de cuivre
Tant aviez espéré que vos cœurs de droiture
Lutteraient à jamais pour une juste cause !
Point ne saviez hélas ! Que sitôt perdriez
Vos dépouilles mortelles !

O douleur de vieilles mères
Assises à pleurer les jeunes
Dans la nuit avancée tremble la lampe
Sous le toit de bambou
O mort dans l’âme de ces femmes fragiles
Cherchant de tous côtés de corps de leur mari,
L’ombre crépusculaire se meurt
Sur le sentier du village

Jamais ne tariront les larmes versées pour les héros
Ils aimèrent leur peuple
Comme il est doux, le parfum de la baguette d’encens
Qui brûle pour les partisans
De la cause royale.

 
Huu Ngoc/CVN
(Juillet 1999)
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