26/01/2021 16:36
"Un procès symbolique et historique» constitue une évaluation de la presse de France ces derniers jours sur le procès tenté par Trân Tô Nga contre 26 multinationales agrochimiques ayant produit ou commercialisé l’agent orange pendant la guerre du Vietnam qui s’est tenu lundi 25 janvier à Évry, au sud de Paris". L’article sur cet événement a été paru à la Une de Humanité, le 25 janvier, avec une série d'articles connexes.
L’article ayant le thème "Récit d'un crime de guerre américain au Vietnam jugé 55 ans plus tard en France" a écrit : cette action en justice est souvent comparée au combat de David contre Goliath. Et pour cause, elle se révèle extrêmement coûteuse puisque la trentaine d’avocats des multinationales, dont Dow Chemical et Bayer-Monsanto, ont déployé tous les stratagèmes pour ralentir le déroulement du procès et épuiser Trân Tô Nga. Ils disposent de la force de frappe nécessaire : il y a quelques années, le chiffre d’affaires de Dow Chemical dépassait allègrement le PIB du Vietnam. L’enjeu est de faire reconnaître par une juridiction française le lien entre l’exposition aux produits phytosanitaires  dont a fait usage l’armée américaine et l’ensemble des pathologies développées par les Vietnamiens. Si c’était le cas, les millions de victimes pourraient prétendre à des indemnités pour des soins extrêmement lourds et onéreux. 

Capture d'écran de l'article du journal Humanité. Photo : VNA/CVN
 
Le Monde a eu un reportage soulignant que Trân Tô Nga sait cependant qu’il va lui falloir tenir le coup au tribunal. Il y aura sûrement un appel, et toutes sortes d’expertises, pour établir s’il y a bien un lien entre son état de santé et l’épandage de pesticides sur son pays natal. Mais pour toutes les victimes, l’ultime espoir de voir reconnaître leur préjudice repose sur cette décision de la justice française. Il n’y a plus d’autres poursuites engagées contre les firmes agrochimiques, qui avaient conscience de la toxicité des produits vendus à l’armée américaine.   

Selon le journal  Nouvel Observateur, soutenue par de nombreuses associations, Trân Tô Nga espère que ce procès fera jurisprudence et contribuera à créer un crime international d’écocide. En France, il pourrait aider les victimes de la chlordécone dans les Antilles ou encore du glyphosate... En cas de victoire, la jurisprudence reconnaîtrait en effet la responsabilité de ces grandes firmes dans l’atteinte à la vie des personnes et de l’environnement.

Le journal Libération, pour sa part, a cité que  ce défoliant extrêmement puissant et d’une «exceptionnelle toxicité», selon les mots même de Dow Chemical, était au cœur de la plus importante guerre chimique du XXe siècle que les Américains livraient au Vietnam, mais également au Laos et au Cambodge voisins. Ses effets durables se font encore ressentir aujourd’hui.

Le journal Politis a également souligné que de tous les défoliants détruisant la végétation, l’agent orange est le plus nocif à cause de la dioxine qu’il contient, polluant infiniment petit et toxique, classé comme substance cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé, et qui perdure longuement dans l’organisme. La ténacité, la patience et la douceur de Trân Tô Nga sont devenues des armes redoutables contre les multinationales de l’agrochimie se pensant intouchables. Ce marathon judiciaire et cette médiatisation visent aussi à fissurer, voire à briser, le tabou qui entoure cette tragédie. 

Le journal Franceinfo a écrit que ‘’Mais derrière cette apparence fragile, cette grand-mère de bientôt 80 ans, qui vit en France depuis 1992, a montré toute sa vie qu’elle avait l'âme d'une combattante. Trân Tô Nga a perdu sa première fille. La deuxième souffre d’une malformation. Et ses petits-enfants ont des problèmes respiratoires. Pendant des années au Vietnam les maladies liées aux épandages étaient cachées par les familles. C’est aussi l’enjeu de cette affaire, rendre visible cette part d’histoire en reconnaissant la nature et l’ampleur des dégâts’. ’
 
Quant au journal Reporterre, les effets de l’intoxication se font aujourd’hui ressentir jusqu’à la quatrième génération : au moins 100.000 enfants sont atteints d’anomalies congénitales sérieuses. Ainsi, ce procès au civil n’est pas seulement un combat individuel et pourrait avoir des répercussions importantes sur l’ensemble des victimes. Quelle que soit l’issue de l’audience, il y aura un appel. Soit des firmes chimiques, qui ne peuvent pas se permettre de perdre. Soit de Trân Tô Nga, qui n’a plus rien à perdre.

Le 26 janvier, la presse d’Allemagne comme la radio Deutschlandfunk, le journal Spiegel,  le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung, a également réservé des articles sur cet événement, soulignant la détermination de Trân Tô Nga  dans la lutte pour des millions de victimes de l’agent orange/dioxine.

Capture d'écran de l'article du journal Reporterre. Photo : VNA/CVN

Trân Tô Nga, une Viêt kiêu de France, née en 1942, est originaire de Soc Trang (Sud). Elle a été reporter de l'Agence d'Information de Libération - Thông tân xa giai phóng, un des deux organes prédécesseurs de l’Agence Vietnamienne d’Information (VNA en abréviation anglaise).  Elle-même victime de ce produit toxique. Le procès intenté par Trân Tô Nga contre des firmes américaines productrices de produits toxiques, a débuté en avril 2014.

À côté de nombreux vétérans français, Trân Tô Nga a participé à de nombreuses activités philanthropiques pour soutenir les enfants démunis, construire des écoles dans des régions reculées. Elle est une véritable «passerelle d’amitié» entre le Vietnam et la France. Elle s’est vu décerner la Légion d’honneur par le gouvernement français. Trân Tô Nga a consacré des années de sa vie à mener cette action en justice, une action qui pourrait être couronnée de succès. Lors de la 19e audience du procès, tenue fin juin dernier, le juge a décidé d'ouvrir le 12 octobre une autre audience devant le Tribunal de Grande instance d’Evry, en banlieue de Paris. Ce procès a été reporté jusqu’au 25 janvier 2021. De 1961 à 1971, l’armée américaine a déversé 80 millions de litres de défoliants au Vietnam, lesquels contenaient près de 400 kg de dioxine, un produit hautement toxique qui perturbe les fonctions hormonales, immunitaires et reproductives de l'organisme.

Selon l’Association des victimes de l'agent orange/dioxine du Vietnam (VAVA), le pays compte plus de 4,8 millions de personnes directement exposées au défoliant, dont 3 millions en subissent encore les séquelles. Des centaines de milliers d’entre eux sont décédés dans la douleur. D’autres continuent de combattre tant bien que mal leurs maladies, souvent incurables. De nombreux enfants sont nés malformés ou condamnés à une vie végétale…

VNA/CVN
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