05/06/2020 23:46
Autrefois paisible bourgade, Vung Tàu, la porte d’entrée de l’estuaire menant à Hô Chi Minh-Ville, est devenue sous l’impulsion du commerce de la pêche et du tourisme une ville importante du Sud.
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Le chantier naval de Phuoc Tinh conserve sa charpenterie de marine traditionnelle.

À Hô Chi Minh-Ville, lors d’une conversation dans l’emblématique restaurant Nhu Lan, avec mon amie Huyên, fine connaisseuse de son pays, je demandais où je pourrais bien aller pour continuer mon voyage. "Avec mon mari et les enfants, nous aimons bien l’atmosphère de Vung Tàu".

Sans connaître, comme souvent quand je voyage, l’importance géographique, économique, historique du lieu…, j’ai attendu mon arrivée pour mesurer sa grandeur et sa douceur de vivre. De Hô Chi Minh-Ville à Vung Tàu à l’embouchure du fleuve, le voyage dans des catamarans "hydrojet" confortables, en compagnie de bonzes plongés dans la lecture du journal Thanh Niên (La Jeunesse), permet d’observer l’activité économique maritime du pays.

Vraquiers embarquant du charbon dans des nuages noirs, méthaniers à l’ancre, portes-containers faisant cap vers l’embouchure. Tout ce trafic laisse pourtant impassible un butor étoilé perché sur les débris de végétaux dérivant au beau milieu du fleuve. Après la zone portuaire, une mangrove fluviale garnie les deux rives avant d’atteindre l’estuaire et le terminal de Vung Tàu. Le Cap-Saint-Jacques, ainsi appelé au XIVe siècle par les marins portugais, trouvant là une anse protégée favorable au mouillage, a conservé sa végétation endémique sur la colline accessible en téléphérique.

Coquillages et crustacés sur la plage 

L’anse est toujours une zone de mouillage pour les pêcheurs locaux. Plus au large, le nombre impressionnant de tankers à l’ancre, attendant un bateau-pilote pour entrer au port, marque encore une fois le dynamisme économique du pays.
La route côtière courant de l’embarcadère maritime à la grande plage, passe par le vieux centre-ville. Il garde avec son parc arboré et ses quelques vieilles maisons, son église, son caractère désuet de petite ville balnéaire. En poursuivant la route côtière, une fois le Cap-Saint-Jacques franchit, au pied de la colline où le Christ géant, les bras en croix accueille les marins, c’est un chapelet interminable d’immenses immeubles balnéaires qui longent la longue plage de sable blanc.

Si au hasard d’un marché aux puces, on trouve une carte postale touristique des années de l’occupation coloniale de Vung Tàu, la villégiature du Cap Saint-Jacques attirait selon l’image d’Épinal de l’époque, pour ces quatre éléments touristiques : les pêcheurs, les pêcheurs à la ligne, le coucher de soleil, la plage de cocotiers. Quatre-vingt ans après, tout est encore là. Les modestes pêcheurs à la ligne postés, on ne sait comment, sur une balise du chenal à plus d’un mile nautique de la côte.

La plage et sa myriade de coquillages.

Les pêcheries éloignées du bord, avec ces poteaux de bois espacés dotées de cabanes suspendues au-dessus de l’eau, entre lesquelles s’activent des silhouettes occupées à démêler les filets tendus entre les poteaux. Le modeste combat quotidien pour survivre et avoir une vie meilleure côtoie les navires de la guerre économique mondialisée.

Derrière la pêcherie et les pêcheurs à la ligne, dans le lointain un énorme porte-container de la compagnie française maritime, sorte d’immense ville flottante de containers, rentre au port. Si la petite bourgade d’antan, alors tellement stratégique pour le commerce maritime et la stratégie militaire est devenue une ville touristique très construite de nombreux buildings, c’est certes pour le tourisme. 

Sa merveilleuse plage de cocotiers de la vieille carte postale est toujours là. Le cap et ses environs, les différents occupants l'avaient converti en bases militaires de la cavalerie française, l'école des enfants de troupes, un centre de radio, une piste d'aviation. Puis, les Australiens et les Américains se sont installés dans les "chaussons" des Français partis pour de bon. Mais  aujourd'hui, le tourisme et la pêche sont les deux mamelles de ce trayon de terre pointant dans la mer du Vietnam.

Plus au large en mer, en "off-shore" un autre lait plus noir, le pétrole est extrait du sous-sol. Pour percevoir l’importance dans l’économie locale de la pêche, il suffit d’enfourcher une moto et de partir vers le port de pêche de Vung Tàu. Puis, pourquoi ne pas pousser jusqu’à la pagode de Long Hai. Sur toutes les plages, une myriade de petites embarcations rondes en polyester équipées d’un moteur "in-board", d’une grosse hélice partent en pétaradant à la journée. L’équipage, souvent solitaire ou avec un matelot, pêche seiches, poulpes et poissons de la côte. 

Un port de pêche dynamique

Dans le port de Vung Tàu, des unités beaucoup plus importantes sont amarrées en attente de campagnes de pêche plus longues. À quai, les bateaux gréés pour la pêche au lamparo laissent leur guirlande de grosses ampoules allumées comme une couronne autour de la timonerie. Un peu plus loin, un des quais de débarquement est le lieu d’une activité intense. Un bateau embarque son avitaillement, légumes, riz, carottes, courges.

Pendant que les pains de glace à peine sortis des camions en belles glissades se trouvent enfournés dans les cales. La "passeuse" du port, dans sa pinasse, emmène un marin à bord de son bateau ancré à quelques encablures du quai. Sa technique pour ramer est inconnue en Europe. Elle n’utilise pas ses mains mais bien ses  pieds posés sur les extrémités des  rames et pousse alternativement avec les jambes sur les avirons, sans effort apparent,  dans une grâce toute vietnamienne.

La plage et ses embarcations de la pêche artisanale.

À quai, un débarquement de poissons se fait joyeusement à la main, les femmes trient les différentes espèces pour l’expédition immédiate en camion. Les caisses traînées sont par des crochets. Dedans les vivaneaux roses et autres espèces franchissent les quelques mètres du quai humide en quelques secondes pour se retrouver chargés dans les camionnettes frigorifiques sur le départ.

Quelques kilomètres plus loin, à Phuoc Tinh, dans le chantier naval, une dizaine de grosses unités sont tirées au sec à terre. De gros madriers de bois d’un rouge exotique sont découpés pour procéder aux réparations d’hivernage tandis que des femmes enduisent de polyester le franc-bord, une hélice avec son arbre attendent d’être replacée dans la coque.

De retour à Vung Tàu, en cette période avant Noël, dans toutes les rues on ne peut que s'extasier devant l'imagination des habitants à construire des crèches de Noël somptuaires. Dans la célébration de la naissance du Christ, chacun s'ingénie à édifier d'immenses grottes avec les rois mages, mais comme aucune facétie ne peut attendre, parfois les anges et les saints descendent des cieux en hélicoptère !

Le soir, dans la brise douce, la promenade sous les frondaisons des cocotiers de l’ancienne baie de Vung Tàu, les sculptures contemporaines disposées sur les pelouses constituent pour l’esprit une intéressante évasion artistique. Puis, il faut remonter le long de l’allée de palmiers pour aller déguster les jus de chez "Bà Già".

Depuis 1968, la Mamie qui n’est pas donc "Nova" propose des goûts inédits pour le palais européen à la découverte de nouvelles sensations gustatives, idéales dans la mode des boissons bonnes pour la santé : le jus mixé frais de centella et aloe-vera, est à la carte ainsi que le centella et jus d’haricot mungo (appelé injustement soja). Mais mon préféré reste le jus de durian. Si délicieux et pourtant, un fruit si controversé dans les conversations des touristes occidentaux.
 
Texte et photos : Alain Thomas/CVN
 
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