01/01/2019 07:00
Le delta du fleuve Rouge, berceau de la civilisation du riz irrigué, dispose de nombreuses caractéristiques architecturales. Ses maisons anciennes font partie des patrimoines inestimables imprégnés de culture et de traditions vietnamiennes. Elles doivent être conservées.

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La maison est non seulement une habitation mais aussi l’âme des Vietnamiens.

Depuis longtemps, les paysans du delta du fleuve Rouge construisent eux-mêmes leurs maisons qu’ils adaptent au climat, à la culture et à la vie quotidienne. Ces maisons, anciennes et traditionnelles, sont emblématiques de la plaine du Nord.

La maison est l’endroit où la famille voue le culte aux ancêtres, c’est également l’endroit où tous les membres se rassemblent. À l’image du proverbe vietnamien "An cu lac nghiêp", il est dit qu’un bon logement est à l’origine de tout épanouissement personnel, professionnel ou familial. Ainsi, la question de l’habitation occupe une grande place chez les Vietnamiens. La construction d’une nouvelle maison notamment, représente une des choses les plus importantes à réaliser dans la vie d’une personne et symbolise la richesse de son propriétaire. Au Vietnam, il n’est pas rare de voir trois ou quatre générations d’une même famille cohabiter sous le même toit.

Dans cette région, les maisons sont essentiellement rurales et les familles vivent principalement de l’agriculture, ainsi les bâtisses sont majoritairement construites à base de bois, de bambou, de canne et de rotin.

La structure d’une maison traditionnelle peut suivre de nombreux styles, mais il existe deux types de conception communs: le premier, le plus courant, suit le style dit d’une maison principale et d’une cuisine; le deuxième est le style des familles plus aisées, avec une maison principale au centre, entourée de deux autres secondaires sur chaque côté.

Au fil du temps, les Vietnamiens ont développé une architecture respectueuse de la nature. 

La demeure idéale

Au fil du temps, les Vietnamiens ont développé une architecture respectueuse de la nature. Il est ainsi important d’exploiter les trois éléments majeurs, à savoir: homme, terre et eau pour stabiliser l’environnement et recréer l’équilibre naturel dans la demeure. C’est la raison pour laquelle la maison traditionnelle typique consiste en une maison principale, un jardin, un étang à poissons, un lieu d’élevage bovin et/ou de volailles, un enclos de séchage, une clôture et un portail.

La maison principale est la partie essentielle de l’habitation. Elle se dote généralement de trois, cinq ou sept travées. Le nombre de travées est toujours impair (1, 3, 5 ou 7) et respecte impérativement les règles de la symétrie. La pièce principale se trouve au milieu de la maison et abrite l’autel des ancêtres; sur les côtés se situent les chambres à coucher ou les salles servant d’entrepôt aux ustensiles de cuisine, de ménage, au matériel agricole ou au paddy.

Au cœur de la maison traditionnelle se trouve la salle de l’autel des ancêtres qui représente la partie la plus importante en termes d’attention et de soins. L’autel occupe la place d’honneur, au centre de la travée principale, entouré de panneaux transversaux et de sentences parallèles.

L’autel des ancêtres représente la partie la plus importante en termes d’attention et de soins.

Hélas, aujourd’hui, les zones rurales s’urbanisent à grande vitesse et la demande en logements augmente considérablement. Les maisons anciennes se perdent et se voient peu à peu remplacées par des bâtisses en béton. Par conséquent, la gestion et la conservation des valeurs architecturales traditionnelle exigent des autorités et de la population locale une responsabilité et un engagement plus importants afin de restaurer et préserver ces maisons pleines de charme.

Selon les statistiques, actuellement, au Nord, il ne reste plus que 5% des maisons anciennes datant du XVIIe siècle et environ 10% datant du XVIIIe siècle. La plupart des grandes maisons anciennes ont été détruites ou sont tombées en ruines, dégradées et endommagées par les vicissitudes du temps et de la guerre.

Dans le delta du fleuve Rouge, les maisons sont essentiellement rurales et les familles vivent principalement de l’agriculture. 

D’après une étude de l’Association des architectes du Vietnam, les maisons anciennes de Hanoï possèdent des caractéristiques de base similaires à celles des maisons traditionnelles du delta du Nord. Ces caractéristiques sont particulièrement visibles dans les maisons en bois aux toits en pente. Outre les maisons anciennes de son  Vieux quartier, il existe de nombreux districts en banlieue où on peut les trouver, notamment celui relevant de la province ancienne de Hà Tây (qui fait partie aujourd’hui de Hanoï). Il s’agit d’un endroit réputé abritant une pléthore de villages anciens, villages de métiers, temples et autres pagodes. En particulier, l’ancien village de Duong Lâm, dans le chef-lieu de Son Tây, compte plus de maisons anciennes qu’ailleurs dans le pays. Ici, portes de village, ruelles et maisons traditionnelles datent de plusieurs centaines d’années et demeurent intactes à ce jour. Ces ravissantes maisons anciennes peuvent également se trouver dans d’autres villages tels que Cu Dà (district de Thanh Oai), Da Si et Van Phuc (arrondissement de Hà Dông) notamment.

Ces maisons sont devenues des attractions fascinantes pour les touristes vietnamiens comme étrangers.

Sensibiliser la population

Au dire d’architectes et d’experts en gestion urbaine, la question de la conservation et du développement des maisons anciennes est urgente et doit être exécutée sur le long terme, mais elle est aussi très difficile et compliquée à réaliser. "La conservation doit aller de pair avec l’amélioration des conditions de vie de la population locale dans ces maisons", a indiqué Nguyên Thê Hung, du Département du patrimoine culturel du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme. Il a cité comme exemple l’ancien village de Duong Lâm. Les populations locales ont en effet exigé le droit de construire de nouvelles maisons ou de réparer leurs anciennes maisons qui sont devenues insalubres et dégradées après plusieurs centaines d’années sans rénovation.

Plusieurs solutions ont été proposées comme, notamment, la consultation d’experts nationaux et étrangers, une campagne de sensibilisation de la population à la valeur de ces sites patrimoniaux, une meilleure implication des jeunes écoliers dans leur protection et leur développement ou encore un accroissement plus important des produits touristiques afin de venir en aide aux populations locales. 

De ce fait, la conservation devrait se situer à plusieurs niveaux: les maisons qui n’ont pas besoin de rénovation, celles qui ont besoin de rénovation partielle et enfin, celles qui nécessitent une rénovation totale tout en suivant le style architectural ancien. Cependant, plusieurs voix se font entendre et expriment le désir de conserver certains villages anciens de manière intacte et intouchée comme ceux de Duong Lâm, Dông Sang, Mông Phu et Cam Thinh à Son Tây (Hanoï) à l’instar des musées vivants. Il est vrai que ces villages sont devenus des attractions fascinantes pour les touristes vietnamiens comme étrangers.
 
Texte et photos: Thúy Hà/CVN
 






 
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