31/01/2021 12:00
Les peintres de la première génération de l’École des beaux-arts d’Indochine ont développé avec maestria la peinture en laque poncée. Aujourd’hui, leurs œuvres continuent de séduire le public et d’inspirer les artistes contemporains qui innovent et recherchent de nouvelles directions.
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L’œuvre "Vuon xuân Trung Nam Bac" de Nguyên Gia Tri. Photo : Archives/CVN

La peinture en laque poncée est un processus complexe nécessitant de grandes compétences et une patience à toute épreuve. Achever une œuvre peut prendre plusieurs mois, selon la technique spécifique de l’artiste et le nombre de couches de vernis incluses. Cela implique l’application de nombreuses couches de laque sur une planche de bois préparée, avant de passer au polissage avec plusieurs pierres de grains de plus en plus fins, qui révèle toutes les couleurs que l’artiste désire dans différentes zones du tableau. Le résultat final est lisse et durable et ne se fissure pas à cause des fluctuations de température ou d’humidité.

"Père des œuvres en laque poncée modernes"

En parlant des grandes œuvres de la peinture en laque poncée vietnamienne, on se réfère immanquablement aux peintres de première génération diplômés de l’École des beaux-arts d’Indochine comme Nguyên Gia Tri, Nguyên Tu Nghiêm, Huynh Van Gâm, Nguyên Sang, Bùi Huu Hùng, Lê Quôc Lôc, Phan Kê An, Nguyên Van Ty, Nguyên Phan Chanh, Nguyên Khang, Trân Dinh Tho…

Nguyên Gia Tri (1906-1993) avec son chef-d’œuvre Vuon xuân Trung Nam Bac (Jardin printanier Centre-Sud-Nord) est la grande référence. Il est l’un des tout premiers à combiner la peinture à la laque traditionnelle et l’art occidental. Peintre fécond entre 1938-1944, Nguyên Gia Tri est l’une des quatre figures principales des beaux-arts vietnamiens modernes (à côté de Tô Ngoc Vân, Nguyên Tuong Lân, Trân Van Cân).

La peinture en laque poncée "Gióng" de Nguyên Tu Nghiêm.
Photo : Archives/CVN

Ses créations étaient très prisées par les collectionneurs d’art nationaux et étrangers. Mais, d’une personnalité très exigeante, il a peu peint. Ses amis artistes de son temps ont tous affirmé qu’il était "rarement vraiment satisfait de ses œuvres pour lesquelles il consacrait beaucoup de temps et de soins". En 2012, le peintre a reçu le prix d’État Hô Chi Minh. Il est aussi nommé "Père des œuvres en laque poncée modernes" du Vietnam. Vuon xuân Trung Nam Bac, aux dimensions de 2 m x 5,4 m, est sa dernière réalisation et aussi l’œuvre qui a coûté le plus de temps à l’artiste : 20 ans de la conception à la réalisation (1969-1989). L’œuvre a été classée dans la Liste d’objets précieux nationaux en 2013, et est actuellement exposée au Musée des beaux-arts de Hô Chi Minh-Ville.

Lauréats du prix Salon Unique

Nguyên Tu Nghiêm (1922-2016) a attiré, quant à lui, l’attention des professionnels dès sa 3e année d’étude à l’École des beaux-arts d’Indochine avec son tableau Nguoi gac Van Miêu (Gardien du Temple de la Littérature), remportant en 1944 le Grand prix du Salon Unique d’Indochine, un prix prestigieux des beaux-arts de l’époque. Durant plus d’un demi-siècle de création, il a laissé de nombreuses œuvres célèbres comme Công làng Mông Phu (Porte d’entrée du village Mông Phu), Diêu mua cô (Danse ancienne), Kim Vân Kiêu, Gióng, Muoi hai con giáp (Douze signes du zodiaque), Xuân Hô Guom (Printemps sur le lac de l’Épée restituée).

L’œuvre Xuân Hô Guom, créée en 1957, aux dimensions de 70,4 cm x 150,7 cm, décrit l’ambiance de l’arrivée du Têt à Hanoï. Au bord du lac de l’Épée restituée, les soldats en uniforme militaire, femmes en gracieuse tenue traditionnelle, enfants et parents, tous avec des sourires radieux, forment une scène animée et joyeuse. Outre les couleurs de base de la laque poncée (jaune, argent, vermillon), l’artiste a réussi à introduire de nouvelles couleurs comme le bleu, le vert ou le rose pour donner une grande vitalité à son œuvre.

Les peintures "Mùa thu trâm lang" - Automne tranquille (gauche) de Trinh Tuân et "Cô Liên" - Mademoiselle Liên de Huynh Van Gâm.
Photo : Archives/CVN

Titulaire du prix Salon Unique d’Indochine alors qu’il était encore étudiant à l’École des beaux-arts d’Indochine, Huynh Van Gâm (1922-1987) est un grand nom de la peinture en laque poncée. En 2000, il a reçu le prix Hô Chi Minh dans la catégorie "Littérature et Art". Huynh Van Gâm est réputé pour ses œuvres Cô Liên (Mademoiselle Liên), Trai tim va nong súng (Cœur et arme à feu). "On peut dire que Huynh Van Gâm a apporté à la peinture en laque poncée un effet extraordinaire quand il a introduit les lumières concentrées et les blocs flottants, deux éléments très efficaces permettant de réaliser des tableaux de grande dimension parfaitement adaptés pour transmettre l’idéologie de l’héroïsme révolutionnaire", commente le chercheur en art Quang Viêt sur les techniques de Huynh Van Gâm.

"Les mémoires tranquilles" de Trinh Tuân

Le peintre Trinh Tuân, née en 1961, et sa femme Công Kim Hoa, sont un couple de peintres très réputés de la peinture en laque poncée de Hanoï. En 2007, lors de l’exposition "Giâc mo Hanoï" (Rêve de Hanoi), il a présenté 11 œuvres sur la capitale qui ont séduit particulièrement le milieu des critiques d’art et de professionnels.  Trinh Tuân vient de clôturer son année 2020 par une exposition privée intitulée "Nhung ky uc tinh lang" (Mémoires tranquilles) avec plus de 30 œuvres, toutes réalisées ces 10 dernières années. Parlant de son art, Trinh Tuân partage qu’il aime le fait de combiner et mixer librement les couleurs pour créer sa propre palette, unique et riche en nuances. Il se trouve ainsi beaucoup plus libre de composer qu’avec une palette traditionnelle.

Ces derniers temps, les peintres vietnamiens n’ont cessé de créer de magnifiques œuvres en laque poncée avec pour résultat de faire émerger un nouveau genre. La palette de ces peintres comprenant habituellement du rouge, du noir, du jaune ou du blanc à la coquille d’œuf, s’est enrichie, avec de nouvelles couleurs comme le vert, le bleu ou le rouge écarlate.

Linh Thao/CVN

 

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