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Le grand poète vietnamien Nguyên Du (1766-1820) a été reconnu par l’UNESCO comme personnalité culturelle mondiale. Parmi ses œuvres en idéogrammes chinois, l’une des plus célèbres est sans doute La Guitariste de la Cité du Dragon.
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Le site national spécial dédié au grand poète Nguyên Du dans la province de Hà Tinh, au Centre.
Photo : CTV/CVN

De Nguyên Du (XVIIIe siècle), l’on connaît le chef-d’œuvre immortel Kiêu, roman de trois mille vers écrits dans la langue écriture nationale. On ignore souvent son œuvre monumentale rédigée en hán, chinois classique. Nous ne saurions réaliser toute l’importance de cette œuvre que si nous nous rappelons que du temps de Nguyên Du, les lettrés composaient leurs principaux écrits en hán, langue et écriture officielle tel le latin en Europe au Moyen Âge.

Thang Long, l’ancienne Hanoï

Parmi les poèmes en hán de Nguyên Du, un des plus célèbres est sans doute Long Thành câm gia ca (La Guitariste de la Cité du Dragon).

Une statue du grand poète Nguyên Du.
Photo : ST/CVN
Long Thành est connu également sous le nom de Thang Long (Cité du Dragon prenant son envol), l’ancienne Hanoï où le poète a passé sa jeunesse, sous la dynastie des Lê postérieurs (XVe-XVIIIe siècles). Les Lê furent balayés ainsi que les familles shogounales Nguyên et Trinh par l’insurrection paysanne des Tây Son. Au cours d’une soirée musicale offerte à Thang Long, Nguyên Du avait vu des officiers Tây Son nimbés de gloire applaudir une guitariste rayonnante de talent et de beauté. Vingt ans se sont écoulés. La capitale a été transférée à Huê par la dynastie des Nguyên (1802-1945), vainqueurs des Tây Son. Nguyên Du, au cours d’une ambassade en Chine, fait escale à Thang Long désertée. Homme aux cheveux blancs, il se remémore la guitariste d’antan et compose ce poème mélancolique (traduit par Nguyên Kha Viên) :

"Elle était une des plus belles femmes de la Cité du Dragon
Son nom je ne m’en rappelle guère,
Elle excellait à la guitare
Toute la ville l’appelait la guitariste
Dans le palais des anciens rois, elle avait interprété l’hommage aux souverain
Un des plus purs joyaux de ce monde
C’était au temps de ma jeunesse, au lac Giam
Je me souviens de l’avoir vue, un soir de fête
Jeune, autour de ses vingt ans
Robe rose, rayonnante comme une fleur de pêcher
Rêveuse, candide, irrésistiblement belle
Les cinq sons dansaient sous ses doigts
Brise caressant une forêt de pins,
Limpides cris d’oiseau dans la nuit
Fracas du tonnerre foudroyant la stèle de Trân Phuc,
Parfois on eût dit Trang Tich fredonnant des airs du terroir natal
Tous écoutaient plongés dans l’extase
Ces airs jadis réservés au palais des rois
Les officiers Tây Son étaient là, pris sous le charme
Toute la nuit, de musique ils s’enivrèrent.
De tous côtés pleuvaient les récompenses
L’argent comptait moins que l’herbe ou la boue
Ces hommes éclipsaient ducs et marquis par leur mine altière
La jeunesse dorée de la capitale leur cédait le haut du pavé
Vingt années ont passé
Les Tây Son vaincus, au Sud, j’ai émigré
Je n’ai plus revu la Cité du Dragon et ses festivités.
Cette fois, en mon honneur, le gouverneur donna une fête
Chanteuses, musiciennes étaient de première jeunesse
Seule, au bout de l’estrade, une femme grisonnante
Teint blafard, traits desséchés, taille menue
Vêtue sans soin, visage non fardé
Qui eût pensé qu’elle fût un moment l’étoile de cette ville ?
Ces voix nouvelles sur des airs anciens m’arrachèrent des larmes
Les oreilles écoutaient, le cœur se serrait à chaque note.
Je me souvins de choses d’il y a vingt ans
Quand je l’avais rencontrée au lac Giam
La ville, les remparts et les gens ont bien changé
L’océan gronde là où ondoyaient les mûriers
L’œuvre des Tây Son a disparu
Seule restait une musicienne
Les années ont passé comme un rêve
À penser aux choses d’antan, les larmes trempèrent ma tunique
Du Sud, je suis revenu, les cheveux blancs
Comment s’étonner que sa beauté ne se fût fanée
Les yeux grands ouverts, je rêvai au temps passé
Face à face nous sommes hélas sans nous reconnaître"
.
 
Huu Ngoc/CVN
(Mars 1998)
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