02/03/2020 18:00
La Grèce s'est placée dimanche 1er mars en état d'alerte "maximum" pour protéger ses frontières face à l'afflux de milliers de migrants aux portes du pays, qui provoque inquiétude et colère sur les îles et dans les localités frontalières.
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Des migrants autour d'un feu dans l'attente de traverser la rivière Maritsa pour atteindre la Grèce, à Edirne, en Turquie, le 1er mars. Photo : AFP/VNA/CVN

"Notre conseil de sécurité national a décidé de porter le niveau de protection aux frontières à son maximum", a déclaré le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis au sortir d'une réunion de crise.

La Grèce fait face à une "menace asymétrique contre la sécurité de notre pays", après la décision de la Turquie d'ouvrir ses portes vers l'Union européenne, a ajouté le porte-parole du gouvernement Stelios Petsas.

Les autorités grecques ont décidé de renforcer encore leurs patrouilles aux frontières maritimes et terrestres du Nord-Est du pays. Toute nouvelle demande d'asile sera également suspendue pour ceux entrant illégalement dans le pays, a précisé M. Petsas.

En mer Egée, au moins 500 migrants ont accosté dimanche 1er mars à bord d'une dizaine d'embarcations en différents points de l'île de Lesbos, selon le décompte de l'AFP.

Après l'arrivée de dizaines d'entre eux sur la plage de Skala Sykamineas, 150 habitants de l'île se sont rassemblés autour d'un centre d'accueil de migrants situé non loin de là, avant d'y mettre le feu, a constaté un photographe de l'AFP.

Même si ce centre, autrefois géré par le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR), avait été fermé fin janvier, ils redoutaient qu'il n'ouvre à nouveau ses portes. Il a été partiellement incendié, et environ 70 demandeurs d'asile se trouvaient toujours sur la plage, sans couvertures, en début de soirée.

"Rentrez en Turquie" 

Des militants nationalistes grecs ont convergé vers la frontière gréco-turque, à Kastanies, pour tenter d'empêcher pafois violemment l'arrivée de migrants, le 1er mars. Photo : AFP/VNA/CVN

Plus tôt, aux cris de "rentrez en Turquie", des habitants de l'île ont empêché une cinquantaine de migrants, dont plusieurs enfants, d'accoster avec leur canot après plusieurs heures en mer, ont constaté des photographes de l'AFP.

Dans le port de Thermi, certains ont lancé des insultes au représentant local du HCR, d'autres s'en sont pris aux journalistes et photographes, les frappant et jetant des appareils photo à la mer.

"Nous n'avons rien contre les réfugiés mais (...) ceux qui se préparent à venir ici doivent comprendre que c'est la manière dont nous allons les recevoir désormais. C'est le seul moyen de les empêcher de venir", a expliqué Despoina, une habitante de Thermi.

De son côté, Niki Tsirigoti, habitant de Mytilène, principale ville de Lesbos, s'insurgeait : "C'est inacceptable de renvoyer les réfugiés et les migrants. Ce sont des êtres humains, les autorités doivent prendre la situation en main".

Sur la route du camp surpeuplé de Moria, où plus de 19.000 migrants sont déjà hébergés, un autre groupe d'habitants munis de chaînes et de pierres a tenté d'empêcher les bus de la police transportant des demandeurs d'asile, arrivés dimanche 1er mars, d'accéder au centre de réception et d'enregistrement, selon l'Agence de presse grecque ANA.

"La colère des gens de Moria est juste", a estimé le maire du Sud de Lesbos Taxiarchis Verros. "Moria ne peut pas supporter d'autres arrivées".

En quête d'appui occidental dans son offensive militaire en Syrie contre le régime de Damas, le président turc Recep Tayyip Erdogan a ouvert les portes de l'Europe aux migrants, qui, par milliers, femmes et enfants compris, affluaient dimanche 1er mars en coupant à travers champs en direction de la frontière avec la Grèce.

"Crise migratoire sans fin" 

Un zodiac transportant 27 migrants, dont des enfants, s'apprête à accoster sur l'île de Lesbos, en Grève, le 29 février. Photo : AFP/VNA/CVN

Samedi soir 29 février, les Nations unies avaient chiffré à 13.000 le nombre de migrants massés le long des 212 km de frontière entre les deux pays, qui borde le fleuve Evros.

"C'est une invasion", estime Giorgos Karampatzakis, le maire de Marassia dans cette région frontalière du Nord-Est du pays.

Les frontières sont "gardées et parfaitement protégées", a assuré pour sa part le ministre de la Défense grec Nikos Panagiotopoulos, depuis le poste-frontière de Kastanies.

Là, face aux milliers de migrants massés derrière les grillages, dont certains lançaient des projectiles, la police grecque a fait usage dimanche 1er mars de grenades lacrymogènes et canons à eau, ont constaté des journalistes de l'AFP

En 24 heures, les autorités ont bloqué "l'entrée illégale" de 15.500 migrants le long du fleuve Evros, selon une source gouvernementale dimanche.

En outre, près de 200 migrants ont été arrêtés pendant le week-end dans cette région, a ajouté cette source.

Le gouvernement grec a également mis en place un système d'envoi automatique de textos aux téléphones mobiles étrangers approchant la frontière, avec le message suivant : "Personne ne peut traverser les frontières grecques. Ceux qui tentent d'entrer illégalement seront bloqués".

"Il y a des milliers (de migrants) à la frontière et il n'y a pas de chemin retour pour eux", constate Yannis Siskoglou, un habitant de Marassia, localité près de la frontière. "C'est une crise migratoire sans fin. Que fait l'Europe ?".  

AFP/VNA/CVN
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