26/02/2017 09:51
Le village de Gia ou Yên So se trouve à quelque 25 km au nord-ouest de la capitale. Ce village, réputé autrefois pour la culture des cocotiers, préserve toujours les caractères des fêtes villageoises d’antan. Huu Ngoc nous fait y revenir, à l’époque des années 1990.
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Le village de Yên So était réputé dans les années 1990 pour la culture des cocotiers.  Photo : CTV/CVN

«Bơi Đăm, rước Giá, hội chùa Thầy»
(Régates de Dam, processions de Gia, festivités de Thây).
C’est ainsi qu’une vieille chanson populaire monte en épingle les fêtes populaires printanières de trois villages des environs de Hanoï dont celle du village de Gia ou Yên So. La fête de Gia était célébrée annuellement du 10e au 16e jour du 3e mois lunaire. Mise en veilleuse pendant plusieurs décennies, elle a été relancée grâce au regain économique. Le 9 août 1995 (10e jour du 3e mois lunaire), pour ne pas la manquer, je suis parti très tôt de Hanoï, avec une dizaine d’amis suédois épris de l’ancienne culture vietnamienne.

Le village de Gia ou Yên So, à quelque 25 km au nord-ouest de la capitale, nous séduit à première vue par ses nombreux et superbes cocotiers, chose assez rare dans le delta du fleuve Rouge. On dirait un village du Sud Vietnam. Selon une hypothèse, tous les noms des anciens villages terminés par So désignent d’anciens camps de prisonniers Cham. Il paraît que les Cham de Yên So auraient planté des cocotiers pour assouvir leur nostalgie des paysages du Sud. Certains historiens rejettent cette explication jugée fantaisiste.

Le village de Yên So en fête

Après avoir traversé Gia aux maisons cossues, nous arrivons au bord de la rivière Day, juste à temps pour admirer un spectacle pittoresque. Sur la digue herbeuse haute de plus de 10 m, la procession du texte de l’invocation rituelle progresse à pas solennels, dans une orgie de couleurs et de bruits de tam-tam et de cymbales. Les rites, quoique simplifiés par rapport à ceux décrits par mon regretté Professeur d’histoire Nguyên Van Huyên(1) n’en demeurent pas moins impressionnants.

En tête du cortège marche un homme armé d’une lance et un autre soufflant dans une conque. Viennent ensuite des personnes portant des oriflammes carrées des «Cinq éléments», des parasols jaunes, des objets cultuels, des armes hiératiques, le palanquin sacré précédé par un orchestre traditionnel et suivi de deux patriarches vêtus de la robe bleue de cérémonie. Les porteurs sont habillés en rouge. Signalons encore 36 petits garçons en noir tenant à la main de petits drapeaux jaunes.

Nous suivons la procession qui descend l’autre pente de la digue pour nous rendre à l’imposante maison communale de Gia bâtie sur les lais de rivière. La cérémonie du sacrifice aux drapeaux a lieu dans la vaste cour, rassemblant des centaines de gars solides en veste rouge. Ceux-ci exécutent ensuite une danse de drapeaux en spirale, reconstituant une bataille d’autrefois : il s’agit pour le général agitant une grande bannière de briser l’encerclement.

La fête villageoise de Yên So se tient chaque année au 10e au 16e jour du 3e mois lunaire.    Photo : CTV/CVN

Le culte d’un génie régional

Nous profitons d’une accalmie pour visiter le sanctuaire où trônent trois statues : le Génie tutélaire du village Ly Phuc Man, flanqué de ses deux femmes, une princesse et une paysanne indigène. Derrière le sanctuaire se trouve la Maison des stèles. Cinq pièces monolithes qui datent de 1620, 1663, 1728, 1803 et de 1855 racontent l’histoire du Génie et donnent des renseignements sur le passé de la commune.

Le Fonds suédo-vietnamien pour la promotion de la culture a soutenu M. Hân, l’instituteur du village, dans la traduction des inscriptions des stèles du chinois classique en écriture vietnamienne romanisée, en vue de leur publication. Ly Phuc Man (vrai nom : Pham Tu) est un personnage historique déifié. Vaillant guerrier du VIe siècle, il servait le roi Ly Nam Dê qui réussit à fonder une brève dynastie interrompant la longue domination chinoise de 1.000 ans (179 av. J.-C- 938). Pham Tu s’est distingué particulièrement en tenant en respect les peuples des frontières Nord et Sud (les Cham), considérés alors comme «barbares». Le roi le récompensa en lui donnant la main de sa fille, le nom de sa famille Ly et le surnom de «Vainqueur des barbares» (Phuc Man).

Le culte de Ly Phuc Man est typique du syncrétisme religieux au Vietnam. Un vestige du culte du soleil : pendant la danse en spirale, les drapeaux tournent dans le sens contraire des aiguilles de la montre. Une survivance du culte de la fécondité : dans le texte de l’invocation rituelle, texte qui varie selon les circonstances, la population paysanne prie pour la prospérité.

Le culte du héros national est ancré dans la tradition des Viêt, héros déifié par la population locale puis reconnu comme génie par un ou des brevets royaux. Il est censé être le protecteur du village. L’influence du confucianisme (drapeaux, objets de culte, rituel du sacrifice...) et du bouddhisme (une très belle pagode près de la maison communale) est visible. Par la même occasion, nous avons fait le pèlerinage des deux temples.
 
(1995)
Huu Ngoc/CVN

Notes : (1) Nguyên Van Huyên, Docteur ès lettres de Paris, membre de l’École française d’Extrême-Orient, ministre du gouvernement de Hô Chi Minh, a écrit Contributions à l’étude du Génie tutélaire annamite Ly Phuc Man.


 
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