16/06/2019 16:21
Si la pression sur la Fed pour baisser les taux d'intérêt est montée d'un cran ces dernières semaines de la part des marchés comme de Donald Trump, la banque centrale ne devrait pas appuyer sur la détente mercredi 19 juin.

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Jerome Powell, président de la Réserve fédérale, le 1er mai à Washington. 
Photo: AFP/VNA/CVN 


À l'issue d'une réunion de deux jours, le Comité monétaire de la banque centrale américaine (FOMC) pourrait donner des signes indiquant qu'il est prêt à agir vite sur les taux si un ralentissement se matérialisait.

Le plus évident serait d'ôter le mot "patient" de son communiqué officiel qui sera publié à 18h00 GMT mercredi 19 juin, a notamment estimé Kathy Bostjancic, économiste en chef d'Oxford Economics pour les 
États-Unis.

Jerome Powell, président de la Réserve fédérale, "devra afficher une orientation très accommodante lors de sa conférence de presse pour apaiser les marchés financiers qui réclament des baisses de taux", a-t-elle assuré.

Selon les indications des produits à terme comptabilisés par CME Group, déjà un quart des investisseurs croient à une baisse des taux d'un quart de point de pourcentage dès mercredi 19 juin, et une écrasante majorité la voient au plus tard pour la prochaine réunion du FOMC le 31 juillet.

Les craintes liées à la guerre commerciale avec la Chine font redouter une nette décélération de la croissance américaine, voire une récession dans les prochains mois.

Ces inquiétudes ont aussi été nourries par des chiffres du marché du travail mitigés, avec 75.000 créations d'emplois "seulement" en mai, contre plus de 151.000 en moyenne les trois mois précédents.

Début juin, la menace de la Maison Blanche d'imposer des droits de douane sur toutes les importations du voisin mexicain, pour l'obliger à être plus ferme contre l'immigration clandestine, a vraiment effrayé les investisseurs. L'indice Dow Jones a d'ailleurs immédiatement repris des couleurs dès qu'un accord a levé cette menace.

Sur-réaction des marchés 

Mais pour Joe Gagnon, du Peterson Institute for International Economics (PIIE), "les marchés ont sur-réagi par rapport à la guerre commerciale et il est impossible que la Fed baisse les taux mercredi 19 juin".

L'année a commencé sur les chapeaux de roues pour la première économie mondiale, avec 3,1% de croissance en rythme annuel au premier trimestre. Et après des ventes au détail relativement robustes en mai, les projections pour l'expansion du PIB au deuxième trimestre tournent autour de 2,1%, selon la Fed d'Atlanta, ce qui est encore solide.

"Les risques pour les perspectives de l'économie sont clairement orientés à la baisse", souligne toutefois Joe Gagnon, ancien économiste à la Fed.

Jerome Powell lui-même a laissé entendre début juin que la banque centrale se tenait prête à faire un geste vers des taux plus bas si nécessaire.

"Nous surveillons de près l'impact que peuvent avoir les développements (de la guerre commerciale) sur les perspectives de croissance de l'économie américaine et, comme toujours, nous agirons de manière à soutenir l'expansion", a déclaré M. Powell à Chicago.

La Fed a relevé les taux d'intérêt neuf fois depuis fin 2015 pour les situer actuellement entre 2,25% et 2,50%.

Mais pour le président Donald Trump, c'est trop, surtout lorsque cela se répercute sur le coût de la dette fédérale alors que son administration emprunte à tour de bras.

"La Fed ne m'a pas écouté" et "a fait une grosse erreur" en relevant les taux d'intérêt trop vite, a récemment tempêté le milliardaire républicain sur CNBC.

Si M. Powell, qu'il ne cesse de critiquer, n'avait pas rehaussé les taux fin 2018, le Dow Jones serait supérieur de 10.000 points, a encore assuré sur ABC le président, qui mesure volontiers son succès à l'aune du célèbre indice boursier.

L'absence d'inflation donne aussi des arguments à l'hôte de la Maison Blanche pour réclamer haut et fort des taux plus bas. Celle-ci n'était qu'à 1,5% en avril, selon l'indice PCE, bien en-dessous de la cible de 2%, niveau que la Fed estime sain pour l'économie.

Lors de sa précédente conférence de presse il y a six semaines, le patron de la Fed avait indiqué que cette pause dans l'inflation était "temporaire". Mais, comme l'affirme John Ryding du cabinet de consultants RDQ, "cette histoire de facteurs transitoires commence à trouver le temps long".

Traditionnellement, la Fed abaisse ses taux lorsque l'inflation est trop lente, afin de doper l'activité et les prix, en rendant le crédit meilleur marché, et les relève pour juguler l'inflation et empêcher une surchauffe.

La Fed publiera aussi mercredi 19 juin de nouvelles prévisions économiques.


AFP/VNA/CVN 

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