17/10/2021 10:10
Le métier ancestral de dorure de Kiêu Ky, un village suburbain de Hanoï, a été reconnu en mars "Patrimoine culturel immatériel national du Vietnam". Une distinction qui en dit long sur la quintessence d’un artisanat vieux de trois siècles.
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La dorure, un métier extraordinaire vieux de plus de trois siècles du village de Kiêu Ky. 
Photo : VNA/CVN
 

Situé dans le delta du fleuve Rouge, le village de Kiêu Ky (district de Gia Lâm, banlieue de Hanoï) est connu depuis longtemps pour un produit artisanal introuvable ailleurs : la dorure. Un métier extraordinaire vieux de plus de trois siècles qui fait la fierté des villageois.

La tradition veut que sous le règne du roi Lê Canh Hung (1740 - 1786), le jeune Nguyên Quy Tri, originaire de la province de Hai Duong, réussit au concours suprême national (tenu à la cour du Palais royal) avant d’être élu membre permanent de l’Académie nationale. Lors d’une mission en Chine, il apprit le métier de dorure qui produisait de l’or en feuilles minces afin de dorer des objets de culte, des panneaux transversaux, des sentences parallèles…

De retour au pays, Nguyên Quy Tri choisit de transmettre ce métier original aux paysans du village de Kiêu Ky, dans la banlieue de Thang Long (Hanoï actuelle), souhaitant sa floraison au Vietnam. Une fois son souhait accompli, le maître partit sans laisser de traces. Reconnaissants envers lui, les artisans de Kiêu Ky décidèrent de le vénérer comme l’ancêtre du métier, et de prendre la date où il s’en alla, le 17e jour du 8e mois lunaire, comme l’anniversaire de sa mort.

À Kiêu Ky, on célèbre aussi annuellement l’anniversaire du métier de dorure, le 12e jour du 1er mois lunaire. L’occasion pour les familles artisanes, munies d’offrandes sacrées, de procéder au temple Trang à une cérémonie dite Khai Trang (inauguration de la dorure à coups de marteau).

La renaissance d’un métier tricentenaire

Avant la guerre d’Indochine (1945), ce métier connut un développement heureux, à la faveur de la construction des édifices royaux, mandarinaux et religieux qui était alors en pleine boom. Et Dông Ky était en pleine capacité de fournir de l’or en feuilles minces au service de la dorure des statues de bouddha, des autels, des objets de culte, des tableaux transversaux, des sentences parallèles, des trônes, des chaises à porteurs (filanzanes)... et aussi des peintures en laque poncée.

Pendant la guerre qui dura trois décennies, ce métier ancestral se perdit peu à peu et failli disparaître. Après la réunification du Vietnam (en 1975), notamment après l’ouverture du pays au monde, l’économie nationale un essor vigoureux. Le réaménagement des vestiges historiques, des ouvrages culturels, des édifices religieux comme dinh (maison communale de village), chua (pagode), dên (temple)… se déroula continuellement, aux quatre coins du pays.

Sans oublier la restauration d’ouvrages architecturaux d’envergure dont la cité royale de Huê, l’opéra de Hanoï, le temple de la Littérature, le musée de Hô Chi Minh, et aussi des hôtels de luxe…L’occasion pour le village de métier de Dông Ky de littéralement renaître de ses cendres.

En 2010, Hanoï célébra en grande pompe le Millénaire de la capitale de Thang Long - Hanoi. Kiêu Ky fut parmi les cinq villages de métiers choisis pour exposer leur savoir-faire à la Fête des métiers artisanaux tenue au parc de Bach Thao, dans le centre-ville. "Ce fut un honneur pour notre village de pouvoir montrer à tout le monde nos articles couverts de dorure", se rappelle avec un brin d’orgueil Nguyên Anh Chung, président de l’Association des doreurs de Kiêu Ky qui rassemble quelque 400 artisans.

Ce village compte actuellement une cinquantaine de familles artisanes dont plusieurs pratiquent une production d’envergure. Hormis le marché national, les articles de Dông Ky s’exportent aussi à l’étranger, notamment en Asie et en Europe.  

Un processus de production méticuleux

 
La dorure est un travail des plus méticuleux.
Photo : VNA/CVN

À l’approche du village, retentissent les bruits particuliers - ceux des marteaux battant les feuilles quy (faites du papier do très tenace) placées en couches. La production d’or en feuilles extrêmement minces pour la dorure s’avère compliquée, avec de multiples maillons de travail méticuleux. Imaginez qu’à partir d’un “chi” (unité de mesure équivalant à 3,6 grammes d’or), on doit obtenir, à l’aide d’un marteau spécifique, une superficie totale d’un mètre carré. 

Tout d’abord, il faut fabriquer des diêp (carrés d’or chacun d’un cm²). Grâce aux coups de marteau, on étire la petite barre d’or, avant de la couper en diêp. Ensuite, ceux-ci sont mis chacun sur une feuille quy (en forme de carrés de 4 cm de côté). Placées une à une en couches, jusqu’au nombre de 500 unités, ces feuilles quy sont ensuite emballées dans une pièce d’étoffe. Les préparatifs achevés, l’artisan met le tout sur un bloc de pierre plat (sorte d’enclume) avant de procéder à son battage à coups de marteau. Pour la première tranche de battage, l’objectif est que le diêp (carré d’or d’un cm²) soit étendu petit à petit jusqu’à ce qu’il couvre la feuille quy entièrement (4 cm²).

Ca fait, encore une fois, l’artisan coupe chaque feuille quy (déjà couverte d’une fine couche d’or) en douze, puis pratique le même procédé : mettre chacune de ces parties sur une nouvelle feuille quy (de 4 cm²), emballer quelque 500 feuilles quy dans une pièce d’étoffe, puis entamer la 2e tranche de battage.

"Chez nous, un artisan expérimenté peut étendre un +chi+ (soit 3,6 grammes d’or) jusqu’à ce qu’il couvre quelque 980 feuilles quy, soit un mètre carré. Pour chaque tranche de battage, environ 400 coups de marteau sont nécessaires, soit une heure entière", explique Nguyên Van Hiêp, chef d’un atelier familial à Kiêu Ky. Et d’ajouter que le produit fini est fragile. "La couche d’or est tellement mince et légère qu’un léger souffle de vent l’emporte".

Selon l’artisan, avec les fines feuilles d’or de Kiêu Ky, on peut dorer les articles en bois, en céramique, en métal, ou en laque poncée … La dorure est, elle aussi, un travail des plus méticuleux. Pour sa pratique, le doreur ne peut utiliser qu’un outil très mince en bambou pour enlever la fine couche d’or de la feuille quy, avant de la déposer avec soin sur l’article.     
  
"Cette année, notre atelier a reçu de nombreuses commandes d’achat d’or en feuilles de la part de villages de métiers spécialisés dans les statues en bois, en céramique, en gravure sur bois, en laque poncée…De plus, on produit des articles d’ornement et des souvenirs   destinés à l’exportation", vante Nguyên Van Hiêp. Chaque mois, son atelier consomme jusqu’à 10 tael d’or (360 grammes). Un avenir brillant, c’est ce dont tous les artisans de Kiêu Ky sont convaincus.       
Nghia Ðàn/CVN

 
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