01/01/2017 16:14
Créée en 2013, la chaîne de cafétérias The KAfe a marqué une réelle réussite pour toutes les startups vietnamiennes. Mais ce premier succès n’a pas garanti pas sa survie, puisqu’après deux ans d’activité, la PDG et fondatrice annonçait sa démission.
Pendant la haute saison, The KAfe était presque toujours bondée.
Photo : CTV/CVN

En octobre 2015, le monde des startup vietnamiennes bruissait du cas The KAfe, la chaîne de cafétérias de Hanoï, qui bénéficiait de conseils en gestion du fonds Hongkongais New Asia Partners et de 5,5 millions de dollars de Cassia Investment. Sa PDG et fondatrice, Dào Chi Anh, est rapidement devenue l’une des figures des startup vietnamiennes.

Au début, l’idée de The KAfe était réellement novatrice puisqu’elle appliquait le concept européen des cafétérias, de l’architecture à la conception du menu. Selon Dào Chi Anh, la différence de The KAfe tenait à ce qu’il était un projet répondant aux critères de développement durable, l’objectif étant que la chaîne possède ses propres moyens de production agricole pour ses matières premières.

Connaissant une réussite certaine à Hanoï, peu après l’intervention du fonds Hongkongais, The KAfe s’est implantée à Hô Chi Minh-Ville en ouvrant 4 établissements, avec de grandes ambitions : ouvrir de 12 à 26 autres restaurants dans le pays avant mi-2016.

Crises successives jusqu’à la défaillance irrémédiable

Jusqu’à fin 2015, The KAfe n’a connu que des succès. À Hanoï, de 80 à 100% des tables étaient fréquemment remplies, en particulier le soir. Le nom de la chaîne était vantée de temps à autre par les journaux et magazines, en tant que modèle de restauration moderne. Cependant, divers problèmes sont apparus progressivement.

Tout d’abord, le mauvais rapport qualité-prix. Tout le monde a constaté que les plats ne méritaient pas un prix si élevé. En plus, la cuisine n’était pas stylée et originale comme prévu. Ses clients, majoritairement des jeunes, ne pouvait supporter les prix et choisissait souvent d’autres endroits plus adaptés à leurs possibilités financières.

Ensuite, l’implantation de The KAfe à Hô Chi Minh-Ville a été faite sans réelle analyse du marché méridional. Trois mois après, le nombre de clients était toujours minime, la mégapole du Sud possédant déjà d’autres cafés et restaurants plus familiers, et surtout bien moins chers.

Évidemment, les partenaires et investisseurs ne comptait pas investir des capitaux dans le développement d’une petite chaîne. Comme beaucoup d’autres, la croissance rapide de The KAfe motivait leur implication. Donc lorsque le chiffre d’affaires a commencé à baiser, certains fonds se sont retirés : les actions ont été vendues aux différents intéressés, et le conseil d’administration est devenu instable.

Un coin de The KAfe de la rue Lê Loi, à Hô Chi Minh-Ville.
Photo : CTV/CVN

En avril 2016, quelques forums parlaient déjà de scandale avec The KAfe. Le nombre de clients à Hanoï chutait fortement, et les établissements d’Hô Chi Minh-Ville couraient vers un sort plus définitif. La chaîne commençait à manquer de fonds de roulement et de trésorerie. En juin 2016, deux fournisseurs de denrées alimentaires ont déclaré publiquement que The KAfe leur devait plusieurs milliards de dôngs d’arriérés. Pour ne rien arranger, les responsables de The KAfe donnèrent des réponses divergentes, de sorte que les paroles de Dào Chi Anh renforcèrent l’idée de l’existence de problèmes de gestion. Un plus tard, en septembre, les deux établissements de Hô Chi Minh-Ville fermaient définitivement.

Leçons à tirer pour les startup vietnamiennes

Les statistiques ont révélé que 75 à 90% des startups connaissent des défaillances. Par exemple, le fameux livreur de plats à domicile TinyOwl a dû fermer toutes ses boutiques après avoir une somme totale de 120 millions de dollars de capitaux d’investisseurs risque. De même, la startup Bangalore, qui exploitait les nouvelles technologies alimentaires Dazo, vient de s’arrêter en raison de l’impossibilité de mobiliser des fonds. Au Vietnam, le type de startup dans les secteurs non technologiques comme The KAfe est totalement nouveau, et court  de plus grands risques que les autres.

Selon Shikhar Ghosh, professeur à l’École de Commerce de l’Université de Harvard, la première cause des faillites des startup du secteur de l’alimentation est la chute de la qualité, notamment de services, parallèlement à l’apparition d’importants conflits d’intérêt. Pour lui, le cœur du problème est l’instabilité du conseil d’administration.

Selon Nguyên Ba Ngoc, gérant de NBN Media, la progression trop rapide de The KAfe a abouti en fait à une course continuelle entre l’appel aux investisseurs et la réalisation des objectifs. Le rythme s’est accéléré jusqu’au moment où la startup n’est plus arrivée à conserver sa solvabilité, aussi la faillite était-elle inévitable.

La fondatrice Dào Chi Anh (gauche) lors de l’émission télévisée +Chào buôi sang+ consacrée aux meilleurs jeunes PDG du Vietnam.
Photo : CTV/CVN

Le magazine Vietnam Finance suppose que les administrateurs de The KAfe étaient trop sûrs d’eux, de sorte qu’ils n’ont pas su voir les limites de la startup, ni les leurs. Il ajoute que les Vietnamiens confondent souvent les deux notions : entreprenariat - fonder une entreprise, même très petite - et startup - entreprise de forte croissance fondée sur une innovation remarquable en termes de concept, de marché, de clients..., aussi ne savent-ils pas forcément maîtriser l’envergure de leur entreprise.

«J’ai eu beaucoup d’idées, mais les investisseurs ont leurs propres logiques et exigences, qui était parfois irréalisable. Je comprends maintenant qu’il faut être plus assertif et entreprenant  lors de chaque négociation avec les investisseurs. Si je pouvais revenir au tout début, je chercherais des investisseurs expérimentés, plutôt que choisir les plus pressés de placer leurs fonds», confie Dào Chi Anh.

Depuis le départ de Dào Chi Anh et de son équipe, la marque The KAfe n’a pas disparu. Ses cafétérias sont toujours ouvertes à Hanoï et à Hô Chi Minh-Ville, mais sous une autre direction. Selon le Registre national des entreprises, son capital social vient d’être multiplié par 15 depuis le départ de Dào Chi Anh, soit 245 milliards de dôngs en octobre, et la chaîne est devenue une société à capitaux étrangers. Une fin lamentable pour l’une des startups les plus réputées du Vietnam.

Dang Duong/CVN

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