15/02/2020 13:30
Les M’nông vivent principalement au milieu des hauts plateaux du Centre, notamment dans les provinces de Dak Lak et Lâm Dông. Ils sont célèbres pour leurs épopées qui sont perpétuées de génération en génération.
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Les M’nông sont fiers de leur trésor immatériel dont les gongs et épopées.
Photo : CTV/CVN

À partir des années 1980, l’attention des ethnographes, historiens et folkloristes vietnamiens s’est centrée sur la région du Tây Nguyên, hauts plateaux du Centre peuplés de minorités ethniques possédant une riche tradition épique. Dès 1927, au temps de la colonisation française, L. Sabatier avait fait œuvre de pionnier dans ce domaine en recueillant et traduisant en français la Chanson de Dam San des Êdê. Un quart de siècle plus tard, son compatriote D. Antomarchi avait publié une épopée Rhadé, Dam Dzi, présentée par G. Condominas.

Une chanson de 7.000 vers

L’exploration intensive du trésor folklorique du Tây Nguyên a mis au jour des dizaines d’épopées. Ce sont des œuvres vivantes, vécues par la communauté, racontées au travers des récitals énoncés par les narrateurs qui, souvent âgés et malades, risquent de disparaître sans successeurs. Ces "aèdes" ont rassemblé les chansons et récits de différentes localités tout comme les anciens rhapsodes grecs (rhaptein = coudre + ode = chant). La tâche urgente qui s’impose est de recueillir le plus rapidement possible leurs récits en vers qui, récités, durent plusieurs journées pour chaque épopée, de les traduire et de les publier.

C’est avec une curiosité mêlée d’admiration que je savoure les 500 pages du Nkoch Rnoi Dek Kon Sau Me Chêp (La Chanson de la lignée de Mère Chêp), épopée M’nông qui vient d’être publiée à Dak Lak (racontée par Dieu Klung et Dieu Jach, recueillie par Truong Bi, traduite en vietnamien par Diêu Kâu avec la collaboration du Pr. Phan Dang Nhât et le financement du Fonds suédo-vietnamien pour la promotion de la culture).

Les M’nông habitent les provinces de Dak Lak et de Lâm Dông depuis fort longtemps. Ils se rattachent au groupe môn-khmer de la famille ethno-linguistique austro-asiatique. La société garde encore l’empreinte du matrilinéaire, le mari habite souvent chez la femme. Les M’nông pratiquent le culte des esprits associé plus ou moins à l’agriculture. Ils adorent le Génie de l’Éléphant et surtout la Mère Riz. Ils se liment les incisives et distendent leurs lobes d’oreille pour y introduire des parures, morceau d’ivoire ou de bambou. L’essartage est primordial dans leurs agricultures traditionnelles.

Les M’nông habitent les provinces de Dak Lak et Lâm Dông depuis fort longtemps.
Photo : CTV/CVN

La Chanson de la lignée de Mère Chêp raconte en 7.000 vers l’histoire de Tiang Kon Rong, le héros le plus représentatif des M’nông, vaillant (bu Kranh), et téméraire (bu nành).

À travers la vie d’un individu, se profile l’histoire des 53 lignées M’nông avec leur cosmogonie, et leurs mythes, leur genre de vie, leurs mœurs et coutumes. L’atmosphère du bon (village) respire l’abondance, l’allégresse des festivités et des banquets sans fin, sans doute l’expression d’un rêve collectif.

À l’origine, il y avait grillons et sauterelles,
À l’origine, il y avait Ciel et lune,
À l’origine, il y avait terre et herbe
À l’origine, il y avait herbe et arbres
À l’origine, il y avait canne à sucre et bois
À l’origine, il y avait des étoiles au ciel
Les abeilles commençaient à bâtir leur nid sur les arbres,
On abattait les arbres pour faire des haies
Il y avait Dame Chêp qui a accouché de Dame Chap
Il y avait Dame Chap qui a accouché de Dame Chau...


Épopée-souche M’nông

L’épopée passe en revue les mères lointaines, puis les mères directes de la mère du héros Tiang, le mari et les fils de cette dernière. Tiang, né de l’éclosion d’un œuf, est appelé Tiang Kon Tàp. Adulte, il trouve que ce nom ne lui convient pas. Il va à l’aventure, dans 30 régions, renaissant chaque fois dans le sein d’une autre femme pour adopter un autre nom. Avec 36 mères et plus de 200 frères et sœurs, il ne peut trouver de nom convenable. La 37e fois, Tiang a usé d’un stratagème pour pouvoir naître dans le sein de Bong : il a employé des feuilles d’armoise (ngai) pour envoûter Bong et son frère Rong et les faire s’accoupler. Tiang renaît de cet inceste avec enfin un nom qui lui convient, Tiang Kon Rong. Donner le nom à un enfant est un rite sacré.

Le héros se montre exemplaire dans les trois tâches de la vie humaine : se marier, travailler (culture et élevage), et faire la guerre. Tiang a participé à une centaine de guerres qui peuvent être réparties en trois catégories : guerre pour récupérer les objets précieux qui lui appartenaient (boîte d’argent, armure en fer, gong…), guerre pour ravir une femme et l’épouser, et guerre de vengeance. La guerre est la plus grande occupation du héros qui doit rassembler les forces de la communauté tribale. La fédération tribale crée des conditions pour la formation possible des nations. La Chanson de la lignée de Mère Chêp peut être considérée comme l’épopée-souche M’nông qui condense et inspire des épopées locales ou fragmentaires. Dominée par le merveilleux et l’héroïque, elle fait partie d’un art synthétique amalgamant récitatif, poésie, musique et gestes expressifs. Les vers libres, allitérations et propositions qui se répètent, créent un rythme simple et entraînant, évoquant les grandeurs et les misères d’une humanité à l’aube de la civilisation.
 
Huu Ngoc/CVN
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