27/07/2019 15:20
Journée de folie sur le Tour: la 19e étape a été arrêtée avant terme pour cause de route impraticable mais le maillot jaune est passé sur les épaules du prodige colombien Egan Bernal (Ineos), le plus fort dans l'Iseran.
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Le Colombien Egan Bernal après la 19e étape du Tour de France, le 26 juillet.
Photo: AFP/VNA/CVN

À situation extrême, décision d'exception. Faute de ligne d'arrivée, aucun coureur n'a été déclaré vainqueur de l'étape. Mais les efforts consentis dans l'Iseran, le plus haut col du Tour, ont été pris en compte dans ce Tour incroyable, qui s'est sans doute joué dans ce deuxième des trois actes alpestres.

À la veille de la dernière étape de montagne à Val Thorens et à deux jours de l'arrivée à Paris, Bernal compte une marge de 48 secondes sur le Français Julian Alaphilippe, qui a perdu son maillot jaune, et de 1 min 16 sec sur le vainqueur sortant, le Gallois Geraint Thomas, coleader de l'équipe Ineos au départ.

Une violente averse de grêle suivie d'un éboulement ont rendu la route tout à fait impraticable à la sortie d'un tunnel, peu avant Val d'Isère, à 20 km de l'arrivée prévue à Tignes. Confrontés à une situation inédite, le jury des commissaires a tranché: les temps ont été pris au sommet de l'Iseran, le "toit" du Tour à l'altitude de 2.770 mètres.

À ce moment-clé, Bernal, le jeune "condor" (22 ans) venu des Andes, planait sur la course. Avec plus d'une minute d'avance sur le groupe des favoris (Thomas et Kruijswijk notamment) et plus de deux minutes sur le porteur du maillot jaune, le Français Julian Alaphilippe.

Dans la descente, le Colombien de l'équipe Ineos a vu revenir le Britannique Simon Yates. Les deux hommes, qui ignoraient tout des dégâts causés sur la route en contre-bas, ont été arrêtés en plein effort à l'avant de la course.

L'Iseran col maudit

Ils ont vu ensuite arriver leurs poursuivants, tout aussi étonnés qu'eux. Ils ont pris place dans les voitures d'équipes avant de rejoindre, bien plus tard, leurs hôtels respectifs.

"C'était infranchissable", a expliqué ensuite le directeur du Tour Christian Prudhomme. "Dans un premier temps, des orages de grêle très localisés sur
5 km mais très violents, des grêlons comme des balles de ping-pong. Ensuite, une coulée de boue de 50 cm d'épaisseur sur 20 m de long. La route était coupée
".

"On a fait en sorte de prévenir les coureurs le plus vite possible. On n'avait pas le choix, on les envoyait sinon au carton. Il n'y avait que ça à faire", a ajouté le directeur du Tour. "Ils ne pouvaient pas comprendre sur le moment mais, après, quand ils ont vu les images...".

Portrait d'Egan Bernal, nouveau maillot jaune du Tour de France.
Photo: AFP/VNA/CVN
L'Iseran, que le Tour de France a rarement emprunté dans son histoire, a tout d'un col maudit. Le plus haut col routier n'avait pu être franchi en 1996, alors que la course devait le franchir dans l'autre sens. La raison? la neige, qui avait déjà rendu la route impraticable.

Pinot en pleurs

Pour les Français, la journée - décisive - a été noire. Thibaut Pinot, diminué par une lésion à la cuisse gauche, a été contraint à l'abandon après une heure de course. "Il a évité une chute il y a deux jours et il a tapé le guidon", a expliqué son directeur sportif Philippe Mauduit.

"J'ai pris un petit coup à l'arrivée à Nîmes, mais je ne suis pas sûr que ce soit ça", a déclaré en fin d'après-midi Pinot, en pleurs. "Je me suis toujours battu, j'y croyais. J'avais toujours espéré avoir cette petite part de chance, je sentais depuis dimanche (28 juillet), après les Pyrénées, que j'étais capable de le faire. Mais on ne le saura jamais. Cela va prendre du temps" (de s'en remettre).

Pour ce qui est de la course, Alaphilippe, en jaune depuis la première semaine, a payé l'addition dans l'Iseran. Il a lâché prise face au rythme imposé par l'équipe Ineos (Van Baarle, Poels) qui a lancé Bernal vers la victoire finale.

"J'ai été battu par plus fort que moi, c'est comme ça", a déclaré Alaphilippe. "Je ne peux pas avoir de regrets".

Il ne reste plus au Colombien qu'à franchir sans encombre la dernière étape de montagne, samedi 27 juillet, à Val Thorens, pour être quasi-certain de devenir le premier Colombien vainqueur du Tour.

Pour l'essentiel, une course de côte puisque trois coulées de boue dans la descente du Cormet de Roselend, dont l'une a endommagé la route, ont contraint en soirée les organisateurs à raccourcir l'étape de 130 à 59 km. Christian Prudhomme le soulignait dans l'après-midi: "Contre la nature, on ne peut rien faire". 
AFP/VNA/CVN

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