13/01/2018 15:37
Les États-Unis restent pour l'instant dans l'accord historique de 2015 sur le nucléaire iranien mais Donald Trump a lancé vendredi 12 janvier un ultimatum aux Européens afin qu'ils l'aident à le durcir dans les prochains mois s'ils veulent éviter un retrait pur et simple de Washington.

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Le président américain Donald Trump lève le poing avant de monter à bord de son avion le 12 janvier.
Photo : AFP/VNA/CVN 


Le président américain a confirmé la suspension des sanctions économiques contre l'Iran levées dans le cadre de l'accord conclu avec Téhéran et les autres grandes puissances (Chine, Russie, France, Allemagne et Royaume-Uni). Mais la Maison-Blanche a prévenu qu'il s'agit "de la dernière suspension".

"C'est la dernière chance", a lancé Donald Trump dans un communiqué, exigeant un "accord" avec les Européens pour "remédier aux terribles lacunes" du texte, que tous les autres signataires défendent mordicus car il est censé empêcher l'Iran de se doter de l'arme atomique.

"En l'absence d'un tel accord" avec les Européens, les 
États-Unis réimposeront les sanctions liées au nucléaire iranien, a-t-il prévenu, ce qui signerait la mort immédiate du pacte conclu il y a deux ans et demi à Vienne. "Et si à tout moment j'estime qu'un tel accord n'est pas à notre portée, je me retirerai de l'accord" de 2015 "immédiatement", a-t-il menacé.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a aussitôt dénoncé "des tentatives désespérées de saboter un accord multilatéral solide" qui, a-t-il insisté, "ne peut être renégocié".

Concrètement, l'ultimatum américain laisse 120 jours, jusqu'à la prochaine échéance de suspension des sanctions, pour trouver une entente avec les Européens sur "un accord de suivi" visant à durcir les conditions du texte initial, a expliqué un haut responsable de l'administration américaine. Et ce, sans inclure dans le processus les Iraniens, pourtant signataires de l'accord de Vienne.

Parallèlement, Donald Trump a appelé une nouvelle fois le Congrès américain à adopter une loi durcissant unilatéralement les exigences à l'égard de l'Iran et permettant à Washington de rétablir automatiquement les sanctions sur le nucléaire si Téhéran ne respecte pas ces conditions.

Autant de demandes jugées "irréalistes" par le groupe de pression Diplomacy Works, créé par l'ex-secrétaire d'
État américain John Kerry pour défendre l'accord de Vienne.

Donald Trump juge que le pacte conclu par l'administration de son prédécesseur démocrate Barack Obama n'est pas assez sévère et qu'il a mené la communauté internationale à fermer les yeux sur l'action "déstabilisatrice" de l'Iran au Moyen-Orient et sur le développement de missiles balistiques par Téhéran.


Des sanctions en cachent d'autres
 

Carte de l'Iran et de ses installations nucléaires et caractéristiques de l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien.
Photo : AFP/VNA/CVN 


Le président républicain avait donc refusé mi-octobre de "certifier" devant le Congrès que le régime iranien respectait l'accord. Mais jusqu'ici, cette "non-certification" est restée symbolique.

S'il a accepté, à contre-c
œur, de signer une "dernière" fois leur suspension, il a aussi choisi de maintenir la pression en imposant de nouvelles sanctions ciblées non liées au programme nucléaire - ce que les autorités iraniennes considèrent comme une manière indirecte de les empêcher de profiter des nombreuses retombées positives attendues de l'accord.

Le Trésor américain a ainsi sanctionné, vendredi 12 janvier, 14 personnes ou entités iraniennes pour des "violations des droits de l'homme" ou en lien avec le programme balistique de Téhéran.

Ces mesures visent notamment le chef de l'Autorité judiciaire Sadegh Amoli Larijani. Selon un haut responsable de l'administration Trump, cela revient à frapper "le sommet du régime" et "aura des conséquences politiques sérieuses".

La prison de Rajaee Shahr, où "sont emprisonnés de nombreux Iraniens qui ont récemment protesté contre leur gouvernement", dans une vague de manifestations qui a fait 21 morts, est aussi visée.

Reste à connaître les conséquences des annonces américaines.

Berlin et Londres ont défendu vendredi 12 janvier l'accord nucléaire, tout en précisant prudemment vouloir "discuter" avec leurs partenaires européens.

Réunis jeudi 11 janvier à Bruxelles, les Européens avaient de nouveau fait bloc autour de l'accord de Vienne, rappelant que l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) confirme régulièrement son respect par Téhéran.

L'Union européenne va mener des consultations internes, a affirmé un porte-parole vendredi 12 janvier, précisant que l'UE était "engagée dans la continuation de la mise en 
œuvre pleine et effective" du pacte scellé en 2015.

Mais les ministres européens ont aussi évoqué les nombreux autres sujets de contentieux, comme pour mieux signifier à Washington qu'ils entendent ses critiques véhémentes. Ils ont fait part à Mohammad Javad Zarif de leurs "préoccupations" sur les missiles balistiques, sur les récentes manifestations, ou encore sur le soutien iranien au régime du président syrien Bachar al-Assad, au Hezbollah libanais et à la rébellion houthie au Yémen.

L'Allemand Sigmar Gabriel s'est prévalu d'un accord de principe de la part de Mohammad Javad Zarif pour commencer un "dialogue" sur "un changement de comportement dans la région". "Ceci n'a rien à voir avec l'accord sur le nucléaire", a-t-il expliqué, "mais il y a un besoin urgent de le faire".

 

AFP/VNA/CVN

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