04/10/2018 11:41
"Les discussions sur les sanctions ont repris, et mes médicaments les plus vitaux sont devenus introuvables", se lamente Massoud Mir, atteint de thalassémie, une maladie génétique répandue en Iran.

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Un pharmacien iranien, le 11 septembre à Téhéran. Photo: AFP/VNA/CVN


En plus de vivre au quotidien avec leurs maladies, de nombreux Iraniens comme M. Mir subissent les conséquences du retour, depuis août, de sanctions américaines, des difficultés générales de l'économie, et d'une chute spectaculaire de la monnaie nationale.

Sur ces sanctions unilatérales, liées au dossier du nucléaire iranien, la Cour internationale de Justice (CIJ) s'est prononcée mercredi en faveur de Téhéran en ordonnant --sans grande chance de succès-- aux États-Unis de supprimer "toute entrave (...) à la libre exportation vers l'Iran de médicaments et de matériel médical, de denrées alimentaires et de produits agricoles".

Depuis le rétablissement des sanctions américaines, il devient effectivement difficile de trouver à Téhéran certains médicaments utilisés dans le traitement de maladies comme la sclérose en plaques ou le diabète.

Le médicament indispensable à M. Mir est fabriqué en Suisse. Utilisé contre l'excédent de fer dans l'organisme, il est maintenant rationné par le gouvernement et n'est disponible que sur le marché noir, à un coût exorbitant.

Les autorités iraniennes ont reconnu officiellement la pénurie et ont mis fin aux subventions pour certains produits importés.

"Nous sommes à court de 80 produits pharmaceutiques", a indiqué Mohammad-Naïm Aminifard, un membre de la commission parlementaire sur la santé, cité par l'agence Isna.

En Iran, 96% des médicaments consommés sont produits localement, selon le Syndicat des industries pharmaceutiques iraniennes. Mais le pays importe plus de la moitié des composants indispensables à leur fabrication.

Les sanctions bancaires et l'effondrement du rial iranien face au dollar rendent difficile voire impossible d'envisager une quelconque auto-suffisance.

Rationnements

Pour ceux qui ont à leur charge des proches malades, la pénurie de médicaments constitue un fardeau supplémentaire.

 

Un pharmacien iranien dans l'enceinte d'un hôpital de Téhéran, le 11 septembre. Photo: AFP/VNA/CVN


Ali, électricien d'une trentaine d'années, a été licencié par son entreprise pour s'être absenté trop souvent afin de rendre visite à son fils, hospitalisé pour un cancer. Son employeur suivant a fait faillite et l'actuel, une firme irano-néerlandaise, ne peut plus importer d'équipements et a cessé de payer ses salariés.

Cet homme s'est rendu à la "pharmacie 13 Aban", très fréquentée, dans le centre de Téhéran, avec l'espoir de trouver un antifongique, pour soigner les effets secondaires du traitement anticancer suivi par son fils.

Il en est reparti les mains vides. "Ils m'ont dit que, même s'ils le pouvaient, ils ne m'en donneraient pas assez à cause des rationnements. Mon fils peut mourir s'il est en retard ne serait-ce que d'un jour dans la prise de son médicament", maugrée-t-il.

Les responsables de cette pharmacie étatique spécialisée dans les maladies rares n'ont pas souhaité s'exprimer.

D'autres pharmaciens de la capitale ont déclaré qu'il y avait "une pénurie sensible" sur certains anticoagulants, bêtabloquants ou traitements contre les problèmes de tension artérielle.

"Les équivalents locaux coûtent moins cher mais ne sont pas aussi efficaces", relève un de ces pharmaciens. "Si les sanctions se poursuivent, la situation va empirer", dit-il.

Selon Meysam Ramezani, président de l'Association iranienne des malades de thalassémie, cité par l'agence Tasnim, sept décès ont été recensés en mars en raison, "soit d'un manque d'injections, soit à cause de médicaments de mauvaise qualité".

Prix exorbitants

Sur les réseaux sociaux, les Iraniens désignent de nombreux coupables: les États-Unis, pour leurs sanctions dévastatrices, le gouvernement, pour sa mauvaise gestion économique, et les industries pharmaceutiques, pour leurs prix exorbitants.

Les États-Unis se sont retirées en mai de l'accord nucléaire conclu en 2015 par l'Iran et des grandes puissances, réimposant entre autres des sanctions sur les transactions financières et les importations de matières premières.

"À ma connaissance, il n'existe aucune déclaration officielle condamnant le commerce de médicaments avec l'Iran", déclare à l'AFP Hamidreza Vafayi, chirurgien, pour qui le refus des banques de travailler avec l'Iran constitue le principal défi.

Dernièrement, le groupe pharmaceutique danois Novo Nordisk a annulé la construction d'une usine de production d'insuline de 70 millions d'euros qu'il avait annoncée en grande pompe en 2016, avec l'espoir de fournir en médicaments de nombreux malades du diabète en Iran.

Massoud Mir se souvient lui avec colère de la manière dont les entreprises pharmaceutiques avaient exploité la situation en stockant des produits et en manipulant les prix lors des sanctions imposées entre 2010 et 2016.

"En 2011, ils n'arrêtaient pas de dire qu'il n'y avait pas de médicaments sur le marché à cause des sanctions. Par contre, je pouvais juste sortir de la pharmacie et m'en procurer chez un revendeur de rue à des prix exorbitants", se remémore-t-il. "Ceux qui ne peuvent pas payer n'ont plus qu'à mourir lentement".

 

AFP/VNA/CVN

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