23/05/2018 15:30
Un jihadiste belge qui avait menacé dans des vidéos la Belgique et la France a été condamné à mort mardi 22 mai par la justice irakienne, qui l'a présenté comme "l'un des terroristes étrangers les plus importants" jugés pour appartenance au groupe État islamique (EI).

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Photo distribuée le 23 janvier par la justice irakienne montrant le jihadiste belge Tarik Jadaoun, également connu sous le nom de Abou Hamza al-Belgiki. Photo: AFP/VNA/CVN


Tarik Jadaoun, Belge d'origine marocaine né en 1988, avait rejoint l'EI sous le nom de guerre d'Abou Hamza al-Belgiki. Il avait appelé dans des vidéos à frapper l'Europe et avait été surnommé le "nouvel Abaaoud", en référence à son compatriote Abdelhamid Abaaoud, l'un des organisateurs présumés des attentats du 13 novembre 2015 en France (130 morts).

Dans un communiqué publié peu après le verdict, le porte-parole du Conseil suprême de la magistrature, le juge Abdel Sattar Bayraqdar l'a présenté comme "l'un des terroristes étrangers les plus recherchés pour avoir combattu en Syrie et en Irak dans les rangs du groupe terroriste" EI.

Tarik Jadaoun a désormais 30 jours pour faire appel et, passé ce délai, la peine de mort pourra être appliquée.

Le porte-parole du ministère belge des Affaires étrangères, Didier Vanderhasselt, a de son côté affirmé à l'AFP que son pays souhaitait "que la peine de mort soit transformée en détention à perpétuité", en raison de son opposition de principe à la peine capitale.

La condamnation de M. Jadaoun vient s'ajouter à celle de plus de 300 personnes -dont une centaine de ressortissantes étrangères- ayant écopé de la peine capitale en Irak pour avoir rejoint les rangs du groupe ultraradical qui a un temps tenu près d'un tiers de l'Irak et de larges pans de la Syrie.

Un nombre comparable a été condamné à la prison à perpétuité, selon des sources judiciaires.

La plupart des femmes condamnées sont Turques ou originaires des anciennes républiques d'Union soviétique. Une Allemande et une Française ont été récemment condamnées à la perpétuité. Une deuxième Française risque la peine de mort dans un autre procès, tandis que deux ressortissants russes ont écopé de la peine capitale.

 

Des membres des forces irakiennes célèbrent la reprise de la ville de Mossoul jusque-là aux mains du groupe État islamique (EI), le 8 juillet 2017.
Photo: AFP/VNA/CVN


Quasi-quotidiennement, des centaines d'Irakiens comparaissent et les verdicts vont de l'acquittement à la peine de mort, en passant par la perpétuité ou plusieurs années de prison.

Moins de dix minutes

Lors de l'ouverture de son procès, le 10 mai, Tarik Jadaoun avait plaidé "non coupable" et affirmé aux juges qu'il s'était "fourvoyé".

Mardi matin 22 mai, le jeune homme a été amené dans le box de bois grillagé des accusés vêtu de l'uniforme beige des détenus, le crâne rasé et une imposante moustache noire lui barrant le visage, a constaté un journaliste de l'AFP.

Cette fois, il ne s'est pas défendu: le juge lui a d'abord lu la liste des chefs d'accusation, notamment son rôle de combattant au sein de l'EI et son entrée illégale sur le territoire irakien, avant de lui demander s'il souhaitait ajouter quelque chose. "Non", a rétorqué M.Jadaoun.

Le juge a alors indiqué qu'il prononçait "la pendaison jusqu'à ce que mort s'ensuive conformément à l'article 4 de la loi antiterroriste".

L'Irak, quatrième pays au monde en terme d'exécutions selon Amnesty, a déjà exécuté des ressortissants étrangers ou binationaux pour des actes commis au sein d'organisations extrémistes comme Al-Qaïda. Mais, à ce jour, aucun ressortissant d'un pays occidental condamné à mort pour appartenance à l'EI n'a été exécuté.

Pour avoir violé les frontières du pays, Tarik Jadaoun a aussi été condamné à trois années de prison et plus de 2.000 euros d'amende.

À l'énoncé du verdict, M.Jadaoun a semblé se décomposer, les gardiens lui couvrant le visage et l'emmenant vers un véhicule des forces irakiennes pour le ramener en prison.

En tout, l'audience a duré moins de dix minutes, selon le journaliste de l'AFP.

Lors de l'ouverture du procès, M. Jadaoun s'était vu attribuer un avocat commis d'office.

"Désolé"

S'exprimant en arabe, il avait toutefois assuré lui-même sa défense et plaidé non coupable d'appartenance à l'EI et d'"attaques" menées avant son arrestation le 23 août 2017 à Mossoul (Nord), plus d'un mois après la reprise de la "capitale" irakienne du groupe ultraradical.

Il avait reconnu être entré en Irak en juin 2015 depuis la Turquie et avoir passé une semaine à Raqa, l'autre "capitale" de l'EI, en Syrie.

"Je n'étais pas combattant, je dirigeais une section d'infirmiers de l'EI, je soignais tout le monde", avait-il assuré, se disant "désolé".

"Je me suis fourvoyé et j'en appelle à votre bienveillance", avait-il ajouté. "Je n'avais pas le choix", avait-il encore dit, notamment au sujet des vidéos de menaces. "Un des plus hauts dirigeants de l'EI m'a demandé de faire ces vidéos".

Lors des interrogatoires précédant le procès, Tarik Jadaoun avait reconnu avoir formé "les +lionceaux du califat+, une soixantaine d'enfants de huit à 13 ans, à l'entraînement sportif et au maniement des armes".

 

AFP/VNA/CVN

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