02/12/2019 18:09
Le Parlement a accepté dimanche 1er décembre la démission du gouvernement d'Adel Abdel Mahdi dans un Irak en deuil, y compris dans les régions sunnites jusqu'ici à l'écart de la contestation, alors que les violences ont fait un nouveau mort à Bagdad.
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Le Premier ministre irakien démissionnaire, Adel Abdel Mahdi, le 23 octobre à Bagdad.
Photo : AFP/VNA/CVN

Dans le même temps, la mobilisation populaire contre le pouvoir se poursuit, dans le Sud chiite mais aussi dans le Nord sunnite, jusqu'ici resté à l'écart, après un déchaînement de violence ces derniers jours.

L'Assemblée, qui s'est réunie en ce premier jour de la semaine, a annoncé qu'elle allait demander au président de la République Barham Saleh de nommer un nouveau Premier ministre. En attendant, M. Abdel Mahdi (77 ans), un indépendant sans base partisane ni populaire nommé il y a 13 mois, reste à son poste pour gérer les affaires courantes.

Policier condamné à mort 

Dimanche 1er décembre, pour la première fois en deux mois de manifestations endeuillées par plus de 420 morts et près de 20.000 blessés, un officier de police a été condamné à mort pour avoir tué deux manifestants à Kout, au sud de Bagdad.

Les autorités, qui accusent depuis le 1er octobre "des tireurs non identifiés" de viser indifféremment manifestants et forces de sécurité, ont reconnu par endroits un "usage excessif de la force".

Elles ont aussi limogé en quelques heures un militaire qu'elles avaient dépêché pour "restaurer l'ordre" à Nassiriya, la ville d'origine de M. Abdel Mahdi mais qui y a ouvert les portes du chaos jeudi 28 novembre.

Le calme est revenu samedi soir 30 novembre dans cette ville, après sa reprise en main par les dignitaires tribaux qui ont fait sortir leurs combattants en armes.

Dimanche 1er décembre, les tribus de la ville sainte chiite de Najaf, elle aussi entrée dans une spirale de violences avec l'incendie mercredi soir 27 novembre du consulat d'Iran, tentaient d'intercéder pour que les tirs cessent.

Là, aux abords du mausolée d'une figure tutélaire d'un parti chiite, des hommes en civil ont tiré sur les manifestants qui avaient incendié une partie du bâtiment.

Après la mort depuis jeudi 28 novembre d'une vingtaine de personnes, pour beaucoup sous les tirs de ces hommes, les habitants redoutent que la situation ne dégénère plus encore.

La démission du gouvernement n'est qu'une "première étape", ont répété à l'envi les manifestants dimanche 1er décembre sur les places de Bagdad et des grandes villes du Sud.

Un manifestant irakien brandit le drapeau national, dans la ville sainte de Najaf, le 1er décembre.
Photo : AFP/VNA/CVN
 
Alors que les cercles politiques ont déjà fuité des noms, comme des ballons d'essai, tous sont rejetés sur la place Tahrir de Bagdad. "Nos martyrs ne sont pas tombés pour les partis, mais pour la patrie", s'est emporté un protestataire.

Alors que M. Abdel Mahdi est le premier chef de gouvernement à se retirer avant la fin de son mandat, l'Irak, dont la Constitution ne prévoit pas la possibilité d'une démission, entre dans l'inconnu.

Au Parlement, le député Sarkawt Shams Eddine a raconté qu'il n'y avait eu aucun vote : "le chef du Parlement a demandé si quelqu'un objectait à la démission du Premier ministre et personne ne l'a fait".

Dans les rues, les défilés se sont transformés en processions funéraires, y compris à Mossoul, grande ville sunnite du Nord, où des centaines d'étudiants vêtus de noir se sont rassemblés.

Les provinces sunnites, reprises au groupe État islamique (EI) il y a deux ans, s'étaient tenues à l'écart du mouvement jusqu'ici. Si leurs habitants se plaignent des mêmes maux que dans le Sud, ils redoutent d'être taxés de nostalgiques de Saddam Hussein ou de l'EI, accusations déjà portées ailleurs contre les manifestants par leurs détracteurs.

Après deux mois de contestation, Zahra Ahmed, étudiante à Mossoul, estime toutefois que "c'est le minimum" à faire "pour les martyrs de Nassiriya et Najaf", deux villes du Sud où près de 70 manifestants ont été tués ces trois derniers jours.

"Tout l'Irak est présent, maintenant le gouvernement doit répondre aux revendications", a renchéri Hussein Khidhir, étudiant en sciences de l'Éducation.

Vendredi 29 novembre, une autre province sunnite, Salaheddine, avait déclaré trois jours de deuil. Dimanche 1er décembre, huit provinces du Sud chiite ont observé ce deuil.
 
AFP/VNA/CVN
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