04/06/2018 09:04
La Française Mélina Boughedir a été condamnée dimanche 3 juin à Bagdad à la perpétuité pour avoir rejoint le groupe État islamique (EI), une peine qui équivaut à 20 années de réclusion au regard de la législation irakienne.

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Mélina Boughedir avec son fils dans les bras dans un tribunal de Bagdad le 19 février. Photo: AFP/VNA/CVN


Âgée de 27 ans, Mme Boughedir avait été déclarée libérable en février à l'issue d'un premier procès pour "entrée illégale" en Irak. Alors que ses avocats ont accusé Paris de chercher à empêcher tout retour de ses ressortissants devenus jihadistes, elle a cette fois été reconnue coupable.

Sous le coup de la loi antiterroriste dans ce deuxième procès, la Française était passible de la peine capitale, prononcée il y a deux semaines à peine à l'encontre d'un Belge, Tarik Jadaoun, surnommé le "nouvel Abaaoud", en référence à son compatriote Abdelhamid Abaaoud, l'un des organisateurs présumés des attentats du 13 novembre 2015 en France (130 morts).

Elle a échappé à la peine capitale mais elle devient la deuxième Française condamnée à la perpétuité en Irak, moins de deux mois après Djamila Boutoutaou, 29 ans. Toutes deux ont plaidé avoir été dupées par leurs maris, aujourd'hui introuvables.

Mme Boughedir a comparu dimanche 3 juin pendant près d'une heure en robe et voile noirs, sa plus jeune fille dans les bras, les trois aînés ayant déjà été rapatriés en France.

"Mon mari m'a dupée"

"Je suis innocente", a-t-elle lancé au juge en français, tandis qu'un traducteur l'assistait. "Mon mari m'a dupée et ensuite, il a menacé de partir avec les enfants".

"Je suis contre les idées de l'État islamique", et "je condamne les actes de mon mari" --lui aussi Français--, a-t-elle encore plaidé, assurant ne pas avoir de nouvelles depuis qu'il est "parti un jour chercher de l'eau".

La Française a été arrêtée durant l'été 2017 à Mossoul, "capitale" durant trois ans du "califat" autoproclamé en Irak, jusqu'à sa reprise en juillet dernier par les troupes irakiennes.

La peine qu'elle doit désormais purger --qui équivaut à 20 années de réclusion au regard de la loi irakienne-- débute à la date de son arrestation.

 

L'avocat français de Mélina Boughedir, William Bourdon, à Paris, le 26 avri.
Photo: AFP/VNA/CVN

Dimanche 3 juin, durant le procès, son avocat irakien a plaidé "l'acquittement de toutes les charges", affirmant que sa cliente avait été "forcée par son mari, qui était plus un geôlier qu'un époux".

"Pas la fin de l'histoire"


Mais après le premier jugement, dont la clémence tranchait avec le sort habituellement réservé aux étrangers accusés d'avoir rejoint l'EI, la Cour de cassation de Bagdad avait estimé que Mélina Boughedir avait suivi "en connaissance de cause" son mari.

Et dimanche, après avoir de nouveau interrogé Mme Boughedir, le président du tribunal a affirmé que "les preuves rassemblées" étaient "suffisantes pour condamner la criminelle à la perpétuité".

Interrogés par l'AFP à Bagdad, ses avocats français William Bourdon, Martin Pradel et Vincent Brengarth se sont dits "soulagés qu'elle n'ait pas été condamnée à mort". Toutefois, a ajouté Me Bourdon, leur cliente, "angoissée et effondrée", va interjeter appel.

"Ce n'est pas la fin de l'histoire", a-t-il prévenu, jugeant qu'il existait "évidemment des raisons extra-judiciaires" à cette condamnation.

Jeudi 31 mai, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait appelé Bagdad à juger cette "terroriste" de l'EI ayant "combattu contre l'Irak".

Condamnée "par avance"

Une qualification qui "la condamnait par avance à une condamnation lourde", a déploré dimanche Patrick Baudouin, avocat et président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH).

Alors que Paris cherche à ce qu'elle "ne revienne pas de sitôt en France", selon Me Bourdon, les conseils et la famille de Mélina Boughedir plaident pour qu'elle rentre dans son pays, où "un juge d'instruction a signifié par un mandat d'arrêt qu'il souhaitait la voir dans son bureau".

En France, la jeune femme est visée par un mandat de recherche délivré dans le cadre d'une information judiciaire ouverte à Paris le 2 août 2016, pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle", selon une source judiciaire.

Dans une récente lettre ouverte à M. Le Drian, son trio d'avocats avait dénoncé une "volonté à tout prix, et au sacrifice des principes fondamentaux, que (leur) cliente ne revienne pas", et fustigé une "ingérence inacceptable".

Dans ce dossier, Paris a "une position impitoyable qui rejoint (celle de) la justice en Irak", ont-ils répété dimanche.

Quelques dizaines de Français soupçonnés d'avoir rejoint l'EI sont actuellement retenus en Irak et en Syrie avec plusieurs dizaines de mineurs, d'après une source proche du dossier.

Plus de 300 personnes --dont une centaine de ressortissantes étrangères-- ont été condamnées à mort en Irak, et autant à la perpétuité, pour avoir rejoint l'EI qui a un temps tenu près d'un tiers du pays et de larges pans de la Syrie, selon des sources judiciaires.

La plupart des femmes condamnées sont Turques ou originaires des anciennes républiques d'Union soviétique.

AFP/VNA/CVN

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