22/08/2018 08:47
Plus d'un million de personnes sont actuellement hébergées dans des camps mis en place pour les déplacés au Kerala, ont annoncé mardi 21 août les autorités de cet État du Sud de l'Inde frappé par une mousson particulièrement violente qui a fait environ 420 morts.
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Une localité de l'État de Kerala, dans le Sud de l'Inde, frappée par des inondations, le 21 août. Photo: AFP/VNA/CVN

La baisse progressive du niveau des eaux après les inondations, rendue possible par l'affaiblissement des précipitations ces derniers jours, met en évidence l'ampleur des destructions dans cette région luxuriante prisée des touristes en saison sèche.

"Le nombre de personnes dans les camps humanitaires est maintenant de 1.028.000", réparties entre plus de 3.200 sites, a dit Subhash T.V, porte-parole du gouvernement local. Les secouristes ont découvert mardi 21 août huit nouveaux corps, portant le bilan quelque 420 morts depuis le début au mois de juin de la mousson, l'une des plus violentes en un siècle.

Les autorités du Kerala ont déclaré avoir désespérément besoin de fonds. Les Émirats arabes unis leur ont promis une aide de 100 millions de dollars, soit davantage que les 97 millions annoncés par le gouvernement indien. Le Premier ministre de la province du Kerala a demandé une aide gouvernementale de 375 millions de dollars, affirmant que les dégâts sont estimés à 3 milliards de dollars.

Des dons du reste de l'Inde, de pays étrangers mais aussi de la plus grosse fortune d'Asie, Mukesh Ambani, ont permis de récolter des dizaines de millions de dollars supplémentaires. Le Dalaï-Lama a pour sa part envoyé 15.000 dollars d'aide, selon le gouvernement de la province.

Retrouvailles

Les opérations de secours se concentrent désormais dans les zones les plus touchées comme la ville de Chengannur où la pluie tombe encore. Selon l'armée, des milliers de personnes sont coincées dans leur maison, inondée depuis dix jours. L'eau potable et les vêtements secs manquent cruellement.

À proximité d'une route inondée, la militaire Jingy Joseph était assise pieds nus avec sa fille de quatre ans, Angelina, soulagée de l'avoir retrouvée. Elle était postée à l'autre bout du pays lorsque les eaux ont envahi la maison de ses parents, où se trouvait sa fille. "J'ai perdu tout contact avec eux pendant quatre jours et j'ai dû lancer un appel sur Facebook", a-t-elle raconté. Sa vidéo est devenue virale sur l'internet indien.


Des volontaires s'activent pour venir en aide aux victimes des inondations au Kerala, le 20 août. Photo: AFP/VNA/CVN

À travers le Kerala, les largages de provisions et médicaments aux zones sinistrées se poursuivaient à l'aide d'hélicoptères et même de drones. Les pluies ont détruit ou endommagé plus de 10.000 kilomètres de routes, selon les autorités locales. Les précipitations ont aussi détruit 50.000 habitations, a expliqué Shashi Tharoor, un député du Kerala et ancien haut responsable de l'ONU.

Catastrophe prévisible?

Pour plusieurs spécialistes de l'environnement, cette catastrophe était prévisible dans cette région à l'écosystème particulièrement riche et fragile. D'après eux, l'extension de la présence humaine (urbanisation, mines, industries...) a engendré la disparition de lacs et zones humides, capables d'absorber l'excès d'eau de la mousson.

"Modifier l'organisation de l'usage de la terre est difficile dans tout pays en raison des droits de propriété privée et des importantes sommes d'argent en jeu", a analysé Muralee Thummarukudy, responsable de réduction des risques de catastrophe aux Nations unies.

Pour l'écologiste Madhav Gadgil, qui avait suggéré en 2011 une interdiction des activités minières et industrielles au Kerala, l'action de l'homme a joué un rôle-clé dans ce désastre. "Malheureusement, nos gouvernements d'États sont en collusion avec des intérêts privés qui ne veulent pas que les lois environnementales soient appliqués", a-t-il estimé.

Des critiques nuancées par le Département de l'environnement et des changements climatiques du Kerala: "nous avons débuté une restauration écologique des zones humides et avons aussi interdit le plastique", a indiqué une responsable qui n'a pas souhaitée être nommée.

"Nous faisons de notre mieux. C'est la furie de la nature, vous ne pouvez blâmer personne", a poursuivi cette même source. Le gouvernement indien a décrété "l'état de catastrophe naturelle".

AFP/VNA/CVN


 
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