10/12/2020 11:00
Le service de livraison de repas DoorDash, qui a fait mercredi 9 décembre une entrée fracassante à Wall Street, a le vent en poupe aux États-Unis, mais ses milliers de livreurs peinent à gagner le salaire minimum et doivent "jongler" entre différentes applications pour s'en sortir, selon le témoignage de l'un d'eux près de Los Angeles.
>>Le service de livraison de nourriture DoorDash fait un pas important vers Wall Street

DoorDash a fait mercredi 9 décembre une entrée fracassante en Bourse.
Photo : AFP/VNA/CVN

Le téléphone de Devon Gutekunst retentit pour lui signaler une offre de DoorDash. Au volant de sa voiture personnelle, il la regarde d'un air dédaigneux. "5,50 USD pour 4,6 miles (7,5 km) et ils veulent la livraison dans 30 minutes. Ca équivaut à 11 dollars de l'heure (9,10 euros environ), c'est trop peu", lâche le Californien de 27 ans rencontré par l'AFP.

"Notre salaire minimum à Los Angeles, c'est 15 USD de l'heure. Alors je n'accepterai jamais quelque chose en-dessous de ça. Mon minimum personnel, c'est 18 USD de l'heure. Je gagne souvent davantage car j'ai une stratégie", explique-t-il. Sa tactique est simple : "rester local pour gagner plus d'argent", en limitant ses déplacements, en l'occurrence dans l'ouest de Los Angeles et les villes balnéaires chics de Marina Del Rey et Santa Monica.

Et surtout "jongler" entre DoorDash et les applications concurrentes (Grubhub, Uber Eats, Postmates, etc.), très à la mode avec la pandémie, qui a contraint les restaurants californiens à fermer leurs salles. "Il est impossible de gagner sa vie seulement avec DoorDash. Donc je suis en même temps sur trois autres applications et je passe de l'une à l'autre" pour obtenir "un revenu décent". Son objectif ce jour-là est d'au moins 160 USD. Très sélectif, il refuse en moyenne plus de 90% des livraisons proposées par DoorDash.

Au plus fort de la pandémie et du confinement en Californie, "entre mai et août, je gagnais bien, il y avait beaucoup plus d'activité. C'est un peu plus calme maintenant. Ou alors c'est qu'il y a trop de livreurs sur le marché", analyse Devon. Le jeune homme, qui a fait des études de cinéma, ne prévoit pas "de faire ça à plein temps". "En ce moment, vous gagnez de quoi payer le loyer et la nourriture, mais je ne conseille pas d'en faire son métier", témoigne-t-il.

"Par exemple, DoorDash n'a envoyé hier aucune offre pendant quelques heures. Ça ne peut pas marcher si vous essayez d'en vivre. Moi je m'en sors avec mes applications multiples, c'est le secret, mais je ne comprends pas comment une société qui est valorisée aujourd'hui en Bourse", pour des dizaines de milliards d'USD, "paye moins que le salaire minimum". "Je ne suis pas d'accord avec ça", insiste le Californien, qui a aussi été chauffeur pour les services Uber et Lyft.

AFP/VNA/CVN


 
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