05/01/2019 14:15
Après avoir goûté le charme ensorcelant de Huê, la Cité impériale, vieille de 200 ans, le touriste pourra pousser quelque 130 km plus au sud pour faire connaissance avec l’ancien port international de Hôi An, son aîné de deux siècles.
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La vieille ville de Hôi An, province de Quang Nam (Centre), a été inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO le 4 décembre 1999.
Photo: Saigontourist/CVN

Contrairement à son homologue Phô Hiên (province de Hung Yên) qui ne laisse plus que de rares traces dans le Nord du Vietnam, Hôi An (province centrale de Quang Nam) constitue notre unique vieille concentration urbaine qui soit restée intacte, patrimoine culturel et historique sans prix, vivant musée d’art et d’architecture, témoin d’une période de commerce extérieur florissant.

L’autre nom de Hôi An, Faïfo, est mentionné pour la première fois dans les mémoires de Christoforo Borri qui vivait dans le Centre du Vietnam de 1618 à 1621. Quel est le sens du mot Faïfo? L’interprétation selon laquelle Faïfo aurait été la déformation de la question posée par un étranger "Có phai phô không?" (Est-ce la rue, la cité?) est plutôt fantaisiste. Il serait plus raisonnable de penser que Faïfo est une variante phonétique de Hoài Phô (rue, port de Hoài) ou Hai Phô (rue, port maritime), autre nom de Hôi An.

Deux contrées rivales

Ancien port du Champa, Hôi An émergea vers le XVIe siècle pour atteindre son apogée au XVIIe siècle.

Le Vietnam, sous l’autorité nominale de la dynastie des Lê postérieurs (1428-1789), était divisé en deux contrées rivales: le Nord ou Tonquin (Ðàng Ngoài) administré par le clan shogounal des Trinh, et le Sud ou Cochinchine (Ðàng Trong) gouverné par le clan shogounal des Nguyên.

Chaque région développa son propre centre de commerce extérieur, Phô Hiên au Nord et Hôi An au Sud, pour profiter de la nouvelle extension du commerce international dans l’Asie du Sud-Est aux XVIe et XVIIe siècles.

Dans le sillage des découvertes de nouvelles terres au XVe siècle, les puissances occidentales s’infiltraient en Asie orientale. Des bateaux marchands, d’abord du Portugal, puis de Hollande, d’Angleterre et de France, accostaient à Hôi An et d’autres ports du Vietnam.

Il y a quelques centaines d’années, Hôi An était un port maritime international animé.
Photo: CTV/CVN

Hôi An subit l’influence de la politique commerciale de la Chine et du Japon. Pratiquant celle de la porte fermée, la Chine des Ming n’a permis à ses bateaux de commercer avec le Sud-Est asiatique qu’à partir de 1567 tout en continuant à interdire l’exportation au Japon de certains produits.

Pour tourner cet interdit, le Shogounat japonais a laissé les bateaux shuinsen (munis d’une autorisation spéciale) voyager vers le Sud-Est asiatique pour acquérir les produits chinois. Cette manœuvre dura jusqu’à 1636. Pendant cette période-là, les échanges nippo-vietnamiens se firent essentiellement par Hôi An.

Hôi An à la période coloniale

En Chine, les Ming furent renversés en 1649 par les Qing; nombre de Chinois fidèles aux Ming émigrèrent au Sud-Est asiatique, en particulier à Hôi An où vinrent aussi commercer des marchands de Taïwan (Chine). Hôi An eut un quartier chinois qui a laissé des sièges de congrégation et des temples, un quartier japonais dont les vestiges comprennent un pont, des tombeaux et une stèle.

Les Hollandais, les Anglais, les Français… établirent des comptoirs à Hôi An qui fut également une des portes d’entrée du catholicisme occidental au Vietnam.

À partir du XVIIIe siècle, les changements politiques dans le pays et le monde ainsi que les changements topographiques de la région ont relégué Hôi An dans l’ombre. Ðà Nang (Tourane), à 32 km de Hôi An, prendra sa relève comme port.

Dans l’ensemble, Hôi An d’aujourd’hui a conservé ses traits du XIXe siècle. Mais de nombreux vestiges parlent d’un passé plus ancien. Que faire pour préserver l’ancien et développer le nouveau, marier l’histoire et la vie, conserver ce musée vivant? Tel est l’urgent problème qui se pose en ce temps d’économie de marché.
 
Huu Ngoc/CVN
(Février 1994)
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