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Notre morale traditionnelle, fortement confucianisée, tient les cheveux, comme toute autre partie du corps humain, pour sacrés parce qu’ils émanent de "la substance matérielle du père et du sang de la mère", littéralement tinh cha huyêt me.
>>Une tradition tirée par les cheveux
>>À Thanh Hoa, une femme à la chevelure exceptionnelle

Belles femmes vietnamiennes aux cheveux longs.
Photo: CTV/CVN

Les abîmer d’une façon ou d’une autre, c’est faire acte d’impiété filiale. Dans la cérémonie d’exhumation pour donner à un mort sa tombe définitive, trois ans après son enterrement, les ossements doivent être complets. L’adoption de la chirurgie et de la crémation relève du sacrilège.

L’occupation française étant consacrée par les traités de 1833-1888, le processus de modernisation des mœurs, à commencer par l’habillement et l’apparence physique, s’est accéléré au début du XXe siècle, les hommes bien avant les femmes.

Cheveux en chignon enroulés dans un turban

Au cours de la première décennie de ce siècle, les hommes continuaient à nouer leurs longs cheveux en chignon enroulés dans un turban. Mue par d’autres mobiles, la coupe des cheveux à cette époque possédait un caractère de défi, de renversement idéologique revêtant une valeur de symbole au même titre que les skinheads en Occident. Elle prit même un aspect politique avec les manifestations paysannes en 1908 dans le Centre du Vietnam contre les impôts excessifs. Les contestataires portaient les cheveux courts en signe de ralliement.

La coupe des cheveux a fini par triompher dans les années 1930 grâce au concours de plusieurs circonstances: réformes préconisées par des lettrés néo-confucianistes (le mouvement Duy Tân ou Rénovation, le Dông Kinh nghia thuc ou École libre du Tonkin pour la bonne cause, mesure administrative coloniale obligeant les élèves à avoir les cheveux courts - deuxième décennie), influence de la presse sur l’opinion publique - deuxième et troisième décennies).

En matière de coiffure aussi, les tendances évoluent au fil du temps.
Photo: CTV/CVN

Ce n’est qu’en 1939 que le grand lettré confucianiste et francophone Nguyên Van Tô, futur membre du gouvernement de Hô Chi Minh, s’est résigné à se débarrasser de son chignon après avoir été pendant longtemps l’objet de dérision du journal humoristique Phong Hóa.

La coupe des cheveux a causé pas mal de drames de conscience. Au cours de la deuxième décennie, plusieurs parents ont organisé une cérémonie spéciale pour demander pardon à leurs ancêtres parce qu’ils devaient faire couper les cheveux de leurs enfants afin de leur permettre d’entrer à l’école primaire.

Caractère sacré des cheveux

Pour toutes les cultures, les cheveux ont un caractère sacré. Rappelons que le personnage biblique Samson devait une force surhumaine à sa chevelure. Trahi par Dalila qui lui coupa les cheveux pendant son sommeil, il retrouva sa force quand ses cheveux repoussèrent, renversant les colonnes du temple philistin et s’ensevelissant avec une foule d’ennemis.

Point n’est étonnant que les cheveux des saints soient adorés comme reliques. La manière de couper les cheveux indique l’identité sociale de l’individu. Les samouraïs tenaient à leur propre arrangement de cheveux.

Au début de la monarchie en France, seuls le roi et les princes pouvaient porter les cheveux longs. La dynastie manchoue des Qing obligeait les Chinois à porter une tresse de cheveux pendant sur la nuque. Les marginaux (prisonniers, moines) ont la tête rasée. Les ermites portent des cheveux longs et embroussaillés ainsi que les femmes vietnamiennes endeuillées pendant les funérailes. Les Amérindiens gardaient comme trophées les scalps de l’ennemi.

Pour certains peuples, les cheveux poussant autour de la tête représentent les rayons de soleil, le divin. Dans le même ordre d’idées, la masse de cheveux ou la bossette au-dessus de l’occiput des statues de divinités indiennes (y compris les bouddhas) représentent la force illuminatrice.

De tout temps, la chevelure sert de parure naturelle à la femme. Plus d’un vers du roman en vers Truyên Kiêu (Histoire de Kiêu), chef-d’œuvre de la littérature vietnamienne écrit par Nguyên Du, évoque les cheveux en parlant de beauté féminine, d’amour et d’union conjugale: mây thua nuoc tóc (les nuages sont moins beaux que ses cheveux), tóc thê da châm ngang vai (les cheveux coupés pour le serment d’amour ont repoussé, frôlant les épaules), kêt tóc xe to (nouer les cheveux et tordre les fils de soie de l’hyménée).

Si étrange que cela puisse paraître, les cheveux faisaient au Vietnam, avant la Révolution de 1945, l’objet d’un petit commerce assez florissant. Les femmes qui avaient des cheveux clairsemés achetaient au marché de Dông Xuân des faux chignons et des cheveux pour rembourrer leur coiffure. Les femmes du village de Triêu Khúc à Hà Dông, en banlieue de Hanoï, se spécialisaient dans le commerce de cheveux: elles allaient de village en village troquer du sucre de riz germé contre des cheveux, leurs clients étaient des enfants auxquels les mères donnaient des amas de cheveux qui tombaient quand elles se peignaient.

Dans les années 1920-1930, Manufrance a fait fortune en vendant aux Parisiennes 100.000 résilles fabriquées avec des cheveux importés du Vietnam. Depuis, c’est passé de mode.
 
Huu Ngoc/CVN
(Avril 2008)
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