13/10/2018 11:17
L’historien français Philippe Papin est membre de l’École française d’Extrême-Orient. Il est auteur d’un superbe ouvrage qui retrace l’histoire du Vietnam et en particulier de Hanoï.
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Couverture du livre "Histoire de Hanoï" de Philippe Papin.
Photo: CTV/CVN

Philippe Papin m’a envoyé son ouvrage Histoire de Hanoï, accompagné de quelques mots: "Il ne t’apprendra rien du tout, car c’est un livre destiné au grand public en France".

Il s’est trompé. Son livre m’a beaucoup appris, pas seulement à moi. Il présente un grand intérêt pour le grand public - touristes et voyageurs en chambre -, et aussi pour les fervents de l’histoire.

Pour avoir écrit un livre-album sur Hanoï, je puis mesurer en connaissance de cause ce qu’il avait fallu à ce vietnamologue de temps et de labeur pour mener à bien son entreprise de pionnier, les livres d’histoire vraiment sérieux sur Hanoï étant très rares, même en vietnamien.

Trois vagues de la vietnamologie française

Philippe Papin appartient à la troisième vague de la vietnamologie française, celle d’après les guerres d’Indochine.

La première serait celle des illustres membres et collaborateurs de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), entre autres, G. Coedes, M. Colani, P. Lévy, L. Cadière, P. Huard, M. Durand, Nguyên Van Huyên, Nguyên Van Tô, Trân Van Giáp, qui œuvraient au Vietnam au temps de la colonisation française.

La seconde vague comprenait les chercheurs de la période des guerres d’Indochine, parmi lesquels J. Chesneau, G. Condominas, J. Dourmes, Haudricourt, P.R. Feray, C. Foumiau, G. Boudarel, Lê Thành Khôi…

Philippe Papin, ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, membre de l’EFEO, marié à une Vietnamienne, vit depuis dix ans à Hanoï. Il en a passé six à explorer les anciennes archives de la ville, surtout celles concernant les villages suburbains et les vieilles rues. Il a lancé la précieuse collection "Bibliothèque vietnamienne", bilingue franco-vietnamienne, avec reproduction des textes en idéogrammes chinois et vietnamiens.

La rue Hàng Gai d’antan.
Photo: CTV/CVN

Il a enseigné à l’Université de Hanoï et publié les résultats de ses recherches, en particulier sur "Une nouvelle orientation de la recherche historique sur le village vietnamien", "Les terres communales et les pouvoirs villageois à la fin du XIXe siècles", etc. Sa réédition d’Une campagne au Tonkin du médecin major Hocquard (publié en 1889-1891) avec ses annotations très élaborées constitue une mine de documents.

Ces multiples travaux préludent à l’élaboration de l’Histoire de Hanoï. Le lecteur en mal d’exotisme peut y trouver de quoi assouvir sa faim. "Hanoï: ces deux brèves syllabes évoquent une Calypso orientale qui retient les visiteurs par le miroir de ses lacs, par ses temples qui surgissent au détour des ruelles colorées et ses maisons couleur d’ambre que dissimulent à peine les flamboyants et les badamiers. Ses crieurs publics, ses porteurs de palanches, ses marchandes ambulantes surprennent celui qui arpente la cité pour la première fois et se laisse immanquablement prendre à ses sortilèges. Hanoï est terre d’antiques légendes… Dans le Hanoï socialiste d’aujourd’hui, les cicatrices des trente années de guerre sont en train de s’effacer mais la succession chaotique des temps et des cultures reste visible".

Le romantisme qui fait le charme de certains passages ne nuit en rien à la rigueur scientifique de l’ouvrage qui dénote la méticulosité du chercheur et son souci de dépasser l’histoire événementielle. L’originalité méthodologique des travaux de Papin sur Hanoï réside dans le retour aux éléments de base. Non content de procéder par en-haut en recourant aux sources officielles de l’administration coloniale, il explore l’immense volume d’archives souvent inexploitées des villages suburbains et des anciennes rues tout en menant des enquêtes sur place.

Différentes phases de l’évolution de Hanoï

L’histoire de la capitale est intégrée dans l’histoire du pays tout entier à travers une périodisation simple et rationnelle, préhistoire et protohistoire, domination chinoise et genèse de la capitale (du début au Xe siècle), - affirmation de la vocation métropolitaine (XIe-XIVe siècles), - de l’apogée de la monarchie confucéenne à la cité marchande (XVe-XVIIe siècles), - à l’heure française (1875-1945), - depuis la Révolution de 1945.

Au fil des quatre cents pages illustrées de photos d’un grand intérêt documentaire, le lecteur revit et comprend les différentes phases de l’évolution de la ville du dragon.

L’auteur éclaircit plus d’un point litigieux de l’histoire, fournit des renseignements inédits, donne une nouvelle interprétation à plusieurs faits anciens. Pourquoi Dinh Bô Linh a fixé la capitale à Hoa Lu, genèse de la Cité aux IXe et Xe siècles, pourquoi les "Trente-six rues et phuong", tradition médicale de la famille Phi rue Lan Ông, rôle du lí truong (chef de rue) au début de l’administration française, ce que représentait la feuille satirique Vit Duc (Canard) aux années 1930…, quelle riche matière historique! D’autre part, le chercheur est ravi de pouvoir lire dans l’ouvrage les mots vietnamiens avec leurs signes diacritiques et les mots chinois imprimés en idéogrammes, sans parler des annotations très fouillées.

Merci à Papin pour son magnifique cadeau à ma ville natale. En terminant, je ne puis m’empêcher de lui faire une suggestion pour la prochaine édition: revoir l’expression "thuriféraire du régime" accolée au nom du Dr Nguyên Khac Viên, dont l’intégrité morale ne fait pas de doute parmi les intellectuels avisés, même parmi ses honnêtes ennemis politiques.
 
Huu Ngoc/CVN
(Septembre 2001)
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