23/11/2020 00:00
Les fouilles archéologiques dans la Cité impériale de Thang Long révèlent l’histoire cachée de la capitale. Le Pr. agrégé - Dr Tông Trung Tin, président de l’Association d’archéologie du Vietnam, nous fait part des recherches lors d’une interview accordée au Courrier du Vietnam.
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Le Pr. agrégé - Dr Tông Trung Tin.
Photo : Linh Thao/CVN

Vous êtes à la tête des fouilles archéologiques de la Cité impériale de Thang Long. Pourriez-vous nous présenter les jalons importants de ces travaux et les résultats remarquables obtenus ?

La Cité impériale de Thang Long a fait l’objet des fouilles archéologiques parmi les plus importantes en 2002 et 2004, puis en 2008 et 2009. Elles ont permis d’affirmer sa valeur historique et culturelle inestimable et, en 2010, le secteur central du site a été reconnu patrimoine mondial par l’UNESCO. Du fait que le site est riche de strates culturelles de différentes dynasties qui se super-posent, l’UNESCO propose la continuation des travaux archéologiques, en particulier dans le secteur central.

Sur la recommandation de l’UNESCO, le gouvernement vietnamien s’est engagé à y poursuivre et intensifier la recherche archéologique. Et depuis 2011, les fouilles sont mises en œuvre, de pair avec des études approfondies. L’Institut d’archéologie du Vietnam et le Centre de conservation du patrimoine de Thang Long - Hanoï prennent en charge des travaux élargis dans le secteur central, plus précisément sur le domaine du palais Kinh Thiên. 

Ainsi, depuis près de dix ans, les travaux sur environ 8.000 m2 continuent de rapporter de bons résultats. Nous avons trouvé des couches d’une épaisseur moyenne de 2 à 3 m, situées à une profondeur de 1 à 6 m. Superposées, elles appartenaient à différentes périodes historiques successives : de la période Dai La (VIIe - IXe siècles) jusqu’à celle de la dynastie des Nguyên (XIXe - XXe siècles). Elles ont révélé de nombreux vestiges en briques de divers types d’architecture tels que fondations de piliers, cours, allées, traces de puits, conduites d’eau... datant de plus de 1.000 ans.

En plus des reliques de construction, a également été découvert un riche ensemble d’objets anciens en pierre (fondations de piliers, piliers de balustrade) ou en d’autres matières : faïence, poterie, porcelaine, métal...

Quels sont les éléments les plus remarquables pour vous ?

Je suis impressionné par les vestiges enfouis dans le sol, en particulier par la richesse et la diversité des reliques des dynasties des Ly et Trân. Par exemple, les monuments du palais des Ly respectent extrêmement la symétrie. Leurs techniques de construction sont méticuleuses et soignées. Leur architecture octogonale, leur système de conduites d’eau, de grande taille, sont aussi particuliers avec une structure très compliquée et tout est construit en briques. Sous la dynastie des Trân, ce sont des traces de l’architecture de fondations marquée par des bandes décoratives en forme de fleurs d’agrume qui sont uniques. 

Autre remarque intéressante, c’est l’artisanat de la céramique. La dynastie des Ly a une technologie de production d’envergure et unique de l’époque. Les motifs de décoration de couleur bleue des dynasties Trân et Lê ont également permis d’identifier un grand centre de fabrication au service des besoins domestiques, voire du commerce extérieur vers le Japon et plusieurs pays de l’Asie du Sud-Est. Les objets en terre cuite les plus trouvés sont les têtes de dragons et de phénix, et les motifs décoratifs en forme de feuilles de Bodhi illustrant l’influence de l’élément bouddhique dans l’architecture royale. 

Des traces de vestiges trouvées lors des fouilles archéologiques du secteur central de la Cité impériale de Thang Long.
Photo : AAV/CVN

Avec ces vestiges révélés, comment se dresse l’image de la Cité impériale de Thang Long ?

Selon les annales historiques, Thang Long fut la capitale de plusieurs monarques du Vietnam. Chaque dynastie construisit des centaines de palais avec de nombreux types de structures et de décorations en vue de marquer sa puissance et sa prospérité. Cependant, à cause des guerres et du temps, les traces de l’ancienne capitale ne subsistent presque plus sur la surface de la terre. Aujourd’hui, nous ne pouvons que voir des escaliers gravés de dragons de pierre de la dynastie des Lê postérieurs au palais Kinh Thiên, les portes d’entrée Doan Môn et Bac Môn, la tour du drapeau...

Grâce aux travaux archéologiques, et maintenant aux fouilles, les visiteurs peuvent voir, de leurs propres yeux, les vrais vestiges de l’ancienne capitale de Thang Long, les couches culturelles de nombreuses époques empilées, les reliques des époques entrelacées... Les vestiges restants dévoilent également l’architecture royale antique avec des motifs décoratifs de dragon, de phénix, de fleur de lotus, de chrysanthème, de vagues, nuages ou feuilles de Bodhi... Chaque objet et chaque motif décoratif ont d’innombrables variations en fonction de chaque époque. Et les experts estiment qu’il s’agit d’un immense trésor artistique reflétant l’histoire et la culture du Vietnam.

Propos recueillis par Bùi Phuong/CVN
 
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