27/10/2018 09:19
Les États-Unis sont le plus grand marché importateur de produits du Vietnam alors que la Chine est son premier marché à l’exportation. Sur le long terme, leur bataille commerciale pourrait avoir des répercussions négatives sur les exportations vietnamiennes.
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La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis continue de s’intensifier. Une nouvelle salve de sanctions américaines contre la Chine est entrée en vigueur le 24 septembre 2018. Cette fois, le président américain Donald Trump impose des taxes douanières à hauteur de 10% sur 200 milliards de dollars de produits chinois, un chiffre qui devrait atteindre 25% d’ici janvier 2019.

À ceci il faut rajouter les droits punitifs déjà imposés cet été sur 50 autres milliards de dollars d’importations chinoises. En représailles, la Chine annonce de nouveaux droits de douane sur 60 milliards de dollars de biens américains. Au total, la moitié des marchandises chinoises vendues aux États Unis sont taxées.

Les États-Unis sont le plus grand marché importateur de produits vietnamiens.
Photo: VNA/CVN

Effets sur l’économie vietnamienne

En tant qu’économies dépendant beaucoup des activités d’exportation, le Vietnam, les Philippines et l’Indonésie seraient les pays d’Asie du Sud-Est les plus touchés en cas d’escalade dans les tensions commerciales sino-américaines, selon une récente étude du Financial Times.

Bien que l’économie vietnamienne soit dynamique et ait connu une croissance de plus de 7% au 2e trimestre de cette année, elle dépend aussi fortement des exportations. Celles-ci ont quadruplé en dix ans, entre 2008 et 2017. Le pays est en tête au sein de l’ASEAN en matière de fourniture de produits aux États-Unis. Et cette dernière décennie, ceux-ci ont toujours été au premier rang des importateurs de marchandises du Vietnam. La bataille commerciale entre Washington et Pékin risque également d’aggraver le déficit commercial sino-vietnamien dans le contexte où la 2e puissance mondiale devra trouver de nouveaux débouchés pour ses produits. À quoi s’ajoute un risque d’augmentation des procès et barrières au commerce de la part de la partie américaine.

L’économie vietnamienne étant comparativement modeste et très liée aux mastodontes américains et chinois, il est clair qu’elle sera profondément affectée par les guerres commerciales. Mais finement anticipée, la bataille commerciale Chine - États-Unis pourrait aussi faire des gagnants. Certains pays tiers, dont le Vietnam, peuvent espérer tirer profit de la réorganisation des flux commerciaux.

Influences à la fois positives et négatives

Cependant, il existe le risque de voir le surplus de produits chinois se déporter vers le Vietnam car ne pouvant accéder au marché américain pour des raisons de prix peu compétitifs du fait des taxes. De plus, il faut prévoir que la Chine devra consommer ce qu’elle ne peut exporter et que, par conséquent, cela peut entraver les exportations vietnamiennes vers la Chine, alors que celles-ci ont connu une croissance de 30% l’année dernière.

Selon le Dr Trân Toàn Thang, chef de la section de l’économie mondiale du Centre national d’information et de prévention, relevant du ministère du Plan et de l’Investissement, cette bataille commerciale devrait avoir des influences à la fois positives et négatives sur l’économie vietnamienne. Côté positif, le pays aura l’occasion d’élargir ses parts de marché aux États-Unis suite à la limitation des importations chinoises. La délocalisation des investisseurs implantés en Chine vers le Vietnam entraînera aussi une hausse de l’investissement direct étranger. Cependant, les opportunités ne seront pas importantes, car les produits exportés par la Chine vers les États-Unis ne sont pas, pour l’essentiel, des produits phares du Vietnam.

Les entreprises vietnamiennes doivent être prêtes à faire face aux changements occasionnés par la guerre commerciale sino-américaine.
Photo: VNA/CVN

Les effets négatifs seront, en revanche, très importants. Pour les économistes, l’affaire est entendue: les guerres commerciales sont néfastes à la croissance mondiale, conduisant à une baisse des besoins en produits vietnamiens. D’après Trân Toàn Thang, les impacts négatifs devraient s’aggraver sur la période 2021-2023, alors que la baisse commencera dès 2019. La croissance des exportations vietnamiennes devrait connaître un repli de 0,3 point en 2019 et ses importations de matières premières pour la production, marqueur de la santé des entreprises, baisser de 0,6 point. Durant la période 2022-2023, le Produit intérieur brut (PIB) du Vietnam pourrait connaître une diminution de 0,3%. Cette année, l’objectif d’une croissance de 6,8% est toujours en ligne de mire. Par ailleurs, la croissance devrait faire face à d’autres défis dans les années à venir, sous la pression des évolutions du taux de change entre le dông et le dollar.

En fait, les nouveaux tarifs douaniers américains affectent plus de 800 marchandises chinoises dont la majorité sont des produits de hautes technologies et à haute valeur ajoutée telles qu’automobiles, composants d’avions, disques durs, téléphones et télévisions. Il est possible qu’il y ait une délocalisation des activités de ces investisseurs étrangers de la Chine vers le Vietnam, afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des matières premières chinoises et d’éviter la copie de modèles des produits ou la contrefaçon qui inondent ce pays. “Les secteurs vietnamiens  du cuir et de la chaussure devrait faire face à de grands défis dus aux tensions commerciales sino-américaines croissantes”, a estimé Diêp Thành Kiêt, vice-président de l’Association du cuir et de la chaussure du Vietnam (Lefaso). Selon la Lefaso, si on ne contrôle pas étroitement et rigoureusement les fonds d’investissements étrangers - notamment chinois - injectés dans le secteur de la maroquinerie au Vietnam, les défis pour ce dernier seront grands.

En effet, les investissements chinois au Vietnam s’accom-pagnent rarement de transferts de technologies et, en plus, nuisent parfois à l’environnement. À quoi s’ajoute le risque d’augmentation des procès commerciaux intentés par la partie américaine. “Cela a pour but d’éviter la situation selon laquelle les entreprises importeraient massivement au Vietnam des produits de chaussures semi-finis venant de Chine pour les achever et apposer le +made in Vietnam+ avant de les exporter aux États-Unis. Ce serait très grave et dangereux pour la filière”, a souligné Diêp Thành Kiêt. “Dans le passée, certains modèles de chaussures en cuir produits au Vietnam se sont vus taxés par l’Europe du fait que, suite à des mesures anti-dumping frappant les produits chinois, le continent ait connu un afflux massif de chaussures en cuir +made in Vietnam+. Cette histoire peut se répéter avec les États-Unis”, a-t-il alerté.

Actuellement, les États-Unis sont en tête des marchés importateurs de produits vietnamiens de maroquinerie, représentant 38% du total. Pour 2018, un taux de 40% est attendu.
 
Thê Linh/CVN

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