17/12/2017 16:55
Van ly Hoàng Sa - ou archipel de Paracel - a été sous la gestion du Vietnam pendant deux siècles. C'est ce que montre l'ensemble des gravures xylographiques des rois Nguyên, reconnu "Patrimoine documentaire mondial".
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Gravure xylographique datant des Nguyên (1802-1945). Photo : TP/CVN

Le Vietnam a affirmé sa souveraineté sur l'archipel de Paracel (Hoàng Sa en vietnamien, ce qui signifie  "les îles au sable doré") pendant presque deux siècles. Une  souveraineté matérialisée par des stèles posées sous la dynastie des Nguyên (1802-1945). Une réalité écrite noir sur blanc sur les gravures xylographiques de la dynastie des Nguyên, classées par l’UNESCO dans la liste du Patrimoine documentaire mondial.

Conservé au Centre national des archives IV (2, rue Yêt Kiêu, Dà Lat, province de Lâm Dông, sur les hauts plateaux du Centre), l'ensemble des gravures xylographiques (en écriture démotique sino-vietnamienne) de la dynastie des Nguyên totalise 34.619 pièces, avec 55.320 faces gravées.

Selon Nguyên Xuân Hùng, directeur dudit Centre : "Il s’agit des annales de l’histoire du Vietnam au cours des siècles. Parmi celles-ci, 17 pièces avec 19 faces gravées concernent les archipels de Hoàng Sa (Paracel) et Truong Sa (Spratly), qui décrivent clairement la position géographique, les particularités et les ressources naturelles de ces deux archipels, ainsi que le processus d'établissement et d'exercice du droit de souveraineté sous la dynastie des Nguyên".

Témoignage incontestable

Dans l’ouvrage gravé  Dai Nam thuc luc tiên biên (Les annales du Dai Nam - ancien nom du Vietnam - marquant les événements historiques de 1558 à 1777), il est noté dans le 10e tome : "Aux larges de la commune de Vinh An, district de Binh Son, province de Quang Ngai, se distinguent plus de 130 bancs de sable  distants les uns des autres, le tout s’étendant sur environ dix mille lieues. D’où leur nom commun de Van ly Hoàng Sa, (littéralement "les bancs de sable dorés longs de dix mille lieues").

"Ces gravures xylographiques témoignent que la souveraineté du Vietnam sur les archipels de Hoàng Sa et Truong Sa s’est exercée continuellement sous le règne des Nguyên", affirme le directeur Nguyên Thê Hùng. Comme preuve, le 8e tome des Annales du Dai Nam écrit : "En été de l’Année du Chat (1711), le Seigneur Nguyên Phuc Chu a envoyé ses hommes cadastrer les îles de Truong Sa".

Le 22e tome précise : "En 1803, un an après son accession au trône, le roi Gia Long (1762-1820) a décidé de récréer la flottille de Hoàng Sa, dirigée par le caporal Vo Van Phu… En 1815, sous l’ordre du roi Gia Long, elle a été envoyée établir le cadastre de l’archipel de Hoàng Sa".

La Docteur Pham Thi Huê présente des gravures xylographiques des Nguyên (1802-1945). Photo : TP/CVN

La pose des "stèles de souveraineté nationale" à Hoàng Sa est réalisée en 1836, sous le règne du roi Minh Mang (1791-1841), comme il est écrit sur des gravures : "Sous l’ordre du roi, Pham Huu Nhât et son équipage se dirigent vers l’archipel. Ils emportent avec eux une dizaine de stèles de bois, chacune de cinq mètres de haut et 50 cm de large. Sur sa façade est gravée cette inscription : +En l’année du Singe, 17e année du règne du roi Minh Mang, les marins dirigés par Pham Huu Nhât sont envoyés à Hoàng Sa pour assurer la garde de l’archipel, le cadastrer et planter des stèles marquant la souveraineté du Dai Nam+".

Selon le responsable du Centre national d’archives IV, il y a aussi une gravure racontant de tristes événements survenus dans l’archipel, que les commerçants occidentaux surnommaient "la zone du diable".  "En 1830, un bateau français a fait naufrage à l’est de l’archipel de Hoàng Sa. Le chef du détachement du port de Dà Nang a envoyé des bateaux emportant de l’eau douce vers le lieu de l’accident pour sauver les victimes et les conduire dans un port". 

Patrimoine documentaire mondial

"L’ensemble des gravures xylographiques des Nguyên a été reconnu par l’UNESCO patrimoine documentaire mondial le 31 juillet 2009. C’est le premier patrimoine du genre en Indochine", a informé la Docteur Pham Thi Huê, qui était cette année-là directrice du Centre national d’archives IV. Et de raconter que l’établissement des dossiers à présenter à l’UNESCO a nécessité deux ans.

Ces gravures xylographiques sont un type de document très rare dans le monde. "Chaque tablette en bois gravée est non seulement une page de l’histoire d’une valeur incommensurable, mais aussi un chef-d’œuvre à part entière", explique la Docteur. Pour Nguyên Thanh Châu, ex-professeur de l’Université de Dà Lat, les gravures xylographiques des Nguyên furent fabriquées au fur et à mesure des annales écrites par le Bureau de l’historiographie de la dynastie, au XIXe et début du XXe siècle.

L’ensemble comprend 34.619 tablettes en bois sur lesquelles sont gravés en relief des textes en écriture démotique sino-vietnamienne renversée. Certains concernent les normes sociales et les lois à observer, les autres glorifient la vie, les bienfaits et les exploits des souverains, des événements et des jalons historiques, des combats contre des rebelles ou des envahisseurs étrangers.
 
Avant d’être gravés, les textes étaient tous examinés et avalisés par les rois, avant qu'ils soient confiés aux mains de xylographes talentueux. Les bois utilisés étaient plaqueminier, poirier ou jujubier ... qui sont à la fois tendres, lisses et de couleur  ivoire. Les lettres gravées en relief sont d'une rare finesse.
Les plus vieilles tablettes datent de presque 200 ans. Elles ont longtemps été conservées au temple de Quôc Tu Giam, à Huê. En 1959, elles ont été transportées à Dà Lat où l’on a construit pour elles un entrepôt spécial. 

Thuy Hà - Nghia Dàn/CVN
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