08/07/2017 17:09
Isolés sur le climat, les États-Unis tentent d'arracher au G20 la possibilité de se lancer dans un processus de promotion des énergies fossiles, divergeant de l'Accord de Paris signé par la quasi-totalité de la planète.
>>G20 : les États-Unis isolés sur le climat, selon Berlin

Les dirigeants des pays du G20 à Hambourg, en Allemagne, le 7 juillet 2017.
Photo : AFP/VNA/CVN

Les dirigeants des pays les plus puissants du monde réunis depuis vendredi 7 juillet doivent publier l’après-midi du samedi 8 juillet leur communiqué commun, et la partie consacrée au climat sera une de celles les plus scrutées en raison de la position américaine.

Un brouillon de communiqué obtenu par l'AFP acte le divorce entre les États-Unis et les autres pays : "Nous prenons note de la décision des États-Unis de se retirer de l'Accord de Paris" conclu fin 2015.

Mais les États-Unis tentent d'imposer un autre passage qui serait beaucoup plus polémique, selon deux sources : "les États-Unis vont travailler étroitement avec d'autres partenaires pour faciliter leur accès et leur utilisation plus propre et efficace des énergies fossiles, et les aider à déployer des énergies renouvelables et d'autres sources d'énergie propre".

Cela reviendrait à entériner le fait que les États-Unis se lanceraient en cavalier seul dans un processus unilatéral de promotion des énergies fossiles, à contre-courant de la tendance générale, et qu'ils pourraient entraîner dans leur sillage d'autres pays, affaiblissant ainsi potentiellement la volonté mondiale exprimée dans l'Accord de Paris.

Processus parallèle

"C'est inquiétant", a réagi pour l'AFP Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France présent à Hambourg, pour qui si cela se confirme "ce serait un sévère recul, car on avait réussi à éviter de parler d'énergies fossiles +propres+ lors de la COP21", ayant abouti à l'accord de Paris. "Les États-Unis tentent de créer un processus parallèle et tirer ainsi leur épingle du jeu", selon lui.

Friederike Röder de l'ONG One a également relevé un éventuel départ en cavalier seul des Etats-Unis : "si la démarche des États-Unis dans la lutte contre le changement climatique est sincère, ils doivent soutenir des actions multilatérales et non pas unilatérales, comme l'Accord de Paris".

Selon une source proche des négociations, les négociateurs français seraient à la manœuvre pour empêcher les États-Unis d'imposer ce passage, mais, interrogée par l'AFP, l'Élysée n'a pas voulu commenter.

Évoquant la session de travail du G20 consacrée au climat, Angela Merkel a déclaré qu'"il y a eu beaucoup d'interventions sur l'approvisionnement durable en énergie et sans surprise la plupart (des intervenants) ont rappelé leur attachement à l'accord de Paris".

"Ce sera intéressant de voir comment nous formulons demain le communiqué final et exprimons les divergences dans ce domaine en raison de la volonté les États-Unis de sortir de l'Accord de Paris", a-t-elle ajouté.

La chancelière allemande Angela Merkel et le président américain Donald Trump à Hambourg, le 6 juillet.  

Photo : AFP/VNA/CVN


Accord irréversible

"Il y a un certain nombre de scénarios à l'étude. Il est trop tôt pour dire ce qu'il en ressortira. On en discute dans quelques minutes", a déclaré une source diplomatique anonyme.

La nuit promet en effet d'être compliquée pour les sherpas, ces négociateurs qui vont tenter de proposer un communiqué acceptable par tous les chefs d'État.

"On travaille sur un paragraphe en parties : une partie sur laquelle tout le monde est d'accord, un deuxième paragraphe sur la position américaine et uniquement sur la position américaine par rapport à la sortie de l'accord de Paris, et un troisième où les 19 autres membres du G20 restent dans l'Accord de Paris", résume la source diplomatique.

"C'est un texte qui n'est pas encore consolidé. Sa structure montre qu'il y a les États-Unis d'un côté, les autres, de l'autre", analyse-t-elle.

Le projet de texte vu par l'AFP ajoute que les dirigeants des autres pays considèrent eux l'accord de lutte contre le réchauffement comme "irréversible", laissant entendre qu'il serait toujours possible de négocier un retour dans l'accord pour l'États-Unis, s'ils devaient reconsidérer un jour leur position.

Cette option a été évoquée notamment par la Première ministre britannique Theresa May vendredi 7 juillet.

"C'est important pour le monde entier et je pense que c'est toujours possible. L'Accord de Paris ne sera pas renégocié. Mais je souhaite que les États-Unis trouvent un chemin pour y revenir", a-t-elle déclaré à la BBC.
 
AFP/VNA/CVN
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