13/12/2016 18:16
C'est une première en France : les futurs parents d'un bébé sur le point de naître, confrontés dans leur famille à plusieurs cancers foudroyants, vont pouvoir congeler son cordon ombilical pour pouvoir le soigner plus tard, une démarche contestée et dont l'intérêt scientifique n'est pas prouvé.
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Les parents d'un enfant à naître à Nice, dont la famille compte plusieurs cas de cancers foudroyants, ont été autorisés par la justice à conserver le cordon ombilical du bébé à des fins thérapeutiques pour lui-même.
Photo : AFP/VNA/CVN

Le couple, qui attend la naissance de son premier enfant "dans les heures ou jours à venir", a obtenu du tribunal de Grasse l'autorisation de confier à une société privée la conservation des cellules de son cordon, a dit son avocat, Emmanuel Ludot, confirmant une information du Parisien et de RTL.
 
En France, le cordon ombilical est considéré comme un déchet médical, sauf dans le cas où la femme enceinte décide d'en faire don après son accouchement. Le don est anonyme et gratuit et est fait à la collectivité. La loi Leonetti relative à la bioéthique prévoit, par dérogation, un don dédié à l'enfant né ou aux frères ou sœurs de cet enfant en cas de nécessité thérapeutique avérée et dûment justifiée lors du prélèvement.
 
Dans son ordonnance datée du 21 novembre, le tribunal de Grasse a autorisé le couple à "prélever et conserver les cellules hématopoïétiques du sang du cordon et du sang placentaire ainsi que les cellules du cordon et de placenta (...) au regard des nécessités thérapeutiques dûment justifiées".
 
"Ce qui est une première, c'est d'agir par anticipation. Le cancer n'est pas là mais on sait qu'il y a un risque avéré", a expliqué l'avocat du couple d'une quarantaine d'années. Les parents redoutent de transmettre à leur enfant "un patrimoine génétique lourd" : selon leur avocat, la famille de la mère a connu plusieurs cas de cancers foudroyants du pancréas tandis que, du côté du père, lui-même "en mauvaise santé", des cancers du foie ont été rapportés.
 
"C'est peut-être un futur cadeau que je fais à mon enfant de pouvoir demain se soigner grâce à ça (...) j'aurais regretté de ne pas le faire, même si demain ça ne fonctionne pas", a témoigné la future mère sur RTL lundi matin 12 décembre.

"Illusion scientifique"
 
Cette démarche "n'a pas de sens médicalement parlant", a toutefois réagi Luc Douay, professeur d'hématologie à l'Université Pierre et Marie Curie à Paris : "Il n'existe pas aujourd'hui d'éléments scientifiques permettant de penser que le cordon ombilical contient des cellules qui pourront un jour traiter n'importe quel type de pathologie, notamment cancéreuse, ou régénérer des tissus."
 
L'Agence de biomédecine, qui supervise le don de sang de cordon et les banques dans laquelle ce sang est conservé, rappelle également sur son site web que "conserver le sang du cordon de son enfant dans une banque pour le soigner avec ses propres cellules au cas où il serait malade plus tard ne repose actuellement sur aucun fondement scientifique validé par un consensus d'experts".
 
"La loi privilégie l'intérêt collectif à l'intérêt particulier", déplore pour sa part Emmanuel Ludot, qui rappelle qu'"il n'y a pas de statut juridique du cordon : par défaut la loi estime qu'il appartient à la mère, le père en est totalement écarté". "L'enfant, alors que c'est son corps, se trouve dépourvu de son cordon à peine a-t-il vu le jour", juge-t-il.
 
Le député-maire d'Antibes (LR), Jean Leonetti, auteur de la loi relative à la bioéthique, s'est de son côté inquiété "d'une transgression éthique et d'une illusion scientifique". "On essaie de calmer l'angoisse des parents en leur donnant l'illusion qu'en gardant le cordon, ils vont pouvoir le sauver de toutes les pathologies possibles", a-t-il commenté.
 
Le parlementaire a ajouté que les voies de recherche actuelles sur les cellules souches ne portent pas sur le sang de cordon. "J'espère que ça ne donnera pas l'idée à d'autres et que ça ne fera pas jurisprudence", a-t-il conclu.
 
Le sang de cordon est actuellement utilisé pour traiter des malades atteints de maladies du sang (leucémies, lymphomes) et remplace la greffe de moelle osseuse dans certaines indications.

AFP/VNA/CVN

 
 

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