16/12/2019 09:05
Syndicats et gouvernement campaient dimanche 15 décembre sur leurs positions au onzième jour de grève dans les transports contre la réforme des retraites, les débats se cristallisant sur la question de Noël, à l'avant-veille d'une journée de manifestations qui s'annonce très suivie.
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Un voyageur Gare de l'Est à Paris, le 13 décembre. Photo : AFP/VNA/CVN

"Si le gouvernement retire son projet et (qu') on discute sérieusement sur comment améliorer le système (...) et bien tout se passera bien. Sinon, les grévistes décideront de ce qu'ils ont à faire jeudi 12 décembre ou vendredi 13 décembre ", a déclaré sur BFMTV le numéro 1 de la CGT Philippe Martinez à cinq jours du début des congés de fin d'année.

Réponse sur le même plateau quelques instants après du ministre des Comptes publics Gérald Darmanin : "la République ne peut pas subir de chantage". Déjà dimanche matin 15 décembre, le Premier ministre Édouard Philippe avait sévèrement critiqué les grévistes menaçant de poursuivre leur mouvement à Noël, les enjoignant de "prendre leurs responsabilités". De son côté, le leader de la CFDT, Laurent Berger, entré dans la contestation la semaine dernière seulement pour protester contre l'introduction d'une mesure d'âge dans la réforme, a souhaité qu'il n'y ait "pas de blocage des transports à Noël".

Après un dimanche 15 décembre encore très compliqué, lundi 16 décembre, la situation sera toujours "très perturbée" sur le front SNCF, avec un tiers des TGV prévus, un quart des Transilien et quatre TER sur dix. A Paris, 8 lignes de métro resteront fermées et il faudra compter sur un RER A sur 2 et un RER B sur 3, uniquement aux heures de pointe. Sur le fond, les débats se sont concentrés dimanche sur la question de l'"âge d'équilibre" à 64 ans, confirmé mercredi par le Premier ministre. Cela signifie que chacun pourra continuer à partir à la retraite à 62 ans, mais au prix d'un malus sur sa pension, ceux partant après 64 ans après 2027 bénéficiant au contraire d'un bonus.

"Il faut sortir de la loi immédiatement cette idée de travailler plus longtemps, mais c'est inévitablement ce à quoi conduit ce système par points", a dit Yves Veyrier, numéro un de FO, estimant qu'il s'agit là d'une "très mauvaise idée du président de la République". "C'est très simple : pour que la CFDT porte un autre regard sur ce projet de loi, le gouvernement doit accepter de retirer +l'âge d'équilibre+. Un point, c'est tout", a résumé M. Berger au Journal du dimanche. Comme en réponse, le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer a assuré dimanche 15 décembre que "+l'âge pivot+ n'est pas le totem de la réforme".

Martinez pas invité à Matignon

Cette question sera sans aucun doute au cœur des discussions qui doivent s'ouvrir entre M. Philippe et les syndicats réformistes. Matignon les a en effet invités "le plus tôt possible la semaine prochaine". S'il a confirmé avoir été convié, M. Berger n'a annoncé aucune date dimanche.

Prévisions des perturbations sur le réseau RATP pour le lundi 16 décembre.
Photo : AFP/VNA/CVN

Quant à Philippe Martinez, dont la centrale mène la contestation depuis le 5 décembre avec une intersyndicale CFT-FO-Solidaires-FSU pour obtenir le retrait pur et simple de la réforme, il reconnu avoir été appelé par le premier ministre jeudi soir 12 décembre, mais sans qu'un rendez-vous soit pris. Quoiqu'il en soit, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a reconnu qu'une telle concertation sera "difficile" à organiser avant la mobilisation de mardi 17 décembre.

Cheminots, étudiants, contrôleurs aériens, fonctionnaires, professions de santé, avocats, magistrats, enseignants sont attendus dans la rue à l'appel de tous les syndicats. "Peut-être" le gouvernement attend-t-il "de voir combien il y a aura de manifestants mardi", a ironisé M. Martinez. La mise en cause du haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye est resté dans tous les esprits ce weekend, fragilisé par un cumul de fonctions et des soupçons de conflits d'intérêts après des omissions dans sa déclaration d'intérêts. Il a rectifié cette dernière en déclarant 13 mandats dont 11 bénévoles, soit dix de plus, et revu certaines rémunérations à la hausse.

Philippe Martinez est "pratiquement sûr" que Jean-Paul Delevoye doit partir. "C'est un homme qui réfléchit, il devrait prendre lui même la décision" a-t-il dit. Édouard Philippe et l'ensemble des membres du gouvernement qui se sont exprimés ces derniers jours lui ont apporté leur soutien, arguant de sa "bonne foi". La réunion du collège de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) prévue mercredi 18 décembre pourrait changer la donne si elle décidait de saisir la justice.

AFP/VNA/CVN
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