21/10/2017 08:07
Mine sérieuse, attitude appliquée dans leurs costumes, ils s’étirent, balancent les bras à l’unisson, au rythme d’une musique douce. Se livrer à des exercices pour rester en forme et motivés au travail : la pratique n’est pas rare au Japon.
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Les employés d’une société de technologie de l’information à Tokyo qui exercent ensemble dans leur bureau après le déjeuner.  Photo : AFP/VNA/CVN

La société d’infor-matique Adoc International, située dans la banlieue de Tokyo, a commencé d’appliquer il y a trois ans ce rituel du «rajio taiso», littéralement gymnastique radiophonique, des exercices initialement réalisés à l’écoute d’un programme mêlant mélodie au piano et instructions, diffusé sur les radios nationales à partir de la fin des années 1920.

«Nous avons choisi le +rajio taiso+ car c’était la série d’exercices la plus simple à mettre en place», explique Clifton Lay, employé du Département des ressources humaines. «La plupart des Japonais et personnes qui ont grandi au Japon sont déjà familiers de ce type de mouvements et n’ont aucun problème pour les effectuer».

Pour démarrer la matinée ou l’après-midi d’un bon pied, les salariés suspendent donc leurs tâches plusieurs fois par semaine pour un bref intermède sportif.

Stretching collectif non obligatoire

La pratique du «rajio taiso», vieille de près d’un siècle, fut à l’origine empruntée à une compagnie d’assurance américaine. Elle s’est ensuite rapidement répandue à travers le Japon, sur les lieux de travail et dans les écoles.

Les chaînes de radio et TV publiques NHK y consacrent chacune trois minutes de leur antenne chaque jour, en proposant différentes déclinaisons selon que l’on souhaite renforcer sa puissance musculaire, gérer un handicap ou s’entretenir à un âge avancé.

Cette diffusion, jugée trop militariste, avait été interdite temporairement par les Alliés après la défaite du Japon dans la Seconde guerre mondiale, avant d’être réintroduite en 1951.

Aujourd’hui, à partir de sondages et autres données, une association de promotion du «rajio taiso» estime à 26-28 millions le nombre de Japonais qui s’y adonnent au quotidien.

Un employé de la Société de fabrication d'équipement électrique Fujikura vérifie sa tension artérielle dans la salle de santé de cette société à Tokyo.
Photo : AFP/VNA/CVN

Le constructeur d’automobiles Toyota dispose de sa propre version, tandis que les employés de Sony, de l’ouvrier du bas de l’échelle aux plus hauts dirigeants, sont conviés à une séance de stretching collectif à 15h00, non obligatoire toutefois.

Outil destiné à renforcer le dévouement pour l’entreprise, valeur incontournable au Japon, ces séances collectives de gym sont aussi de plus en plus un moyen de s’assurer de la longévité au travail des employés.

«La population japonaise vieillit rapidement et il y a de moins en moins d’enfants, c’est un très gros risque pour les compagnies», rappelle Kenichiro Asano, qui veille à la santé des effectifs de la société d’équipement électrique Fujikura.

«Garder les salariés en forme est une stratégie d’entreprise importante. La santé est un levier à part entière qui permet d’atteindre une gestion optimale de la compagnie», insiste-t-il.

Travailler debout

Chez Fujikura, un espace détente permet de se livrer à des exercices de suspension à des barres horizontales, tandis qu’une salle est mise à disposition pour procéder à des examens.

«Se peser chaque jour, prendre sa tension artérielle, compter son nombre de pas, ou mesurer le niveau de fatigue sont autant de données qui nous permettent de savoir si la santé de l’employé va dans le bon sens, et aussi par conséquent de lui donner des informations et des conseils personnalisés», estime M. Asano.

Le géant du commerce en ligne Rakuten a lui préféré opter pour des bureaux modulables : il en a installé 12.000 à son siège tokyoïte, afin de laisser le choix à chacun de travailler debout ou assis, à sa guise.

«Je me fatigue vite quand je reste assis trop longtemps, donc c’est agréable de pouvoir se lever de temps en temps», confie un ingénieur, Liu Xiaolu.

Loin d’être anecdotique, la question de la santé au travail devrait être une priorité, selon Koichiro Oka, professeur de sciences comportementales à l’Université Waseda de Tokyo.

«Un manque d’exercice pendant la semaine peut conduire à des maladies cardiaques, du diabète et d’autres problèmes», même si on se rattrape le week-end, prévient-il.

AFP/VNA/CVN

 
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